Ibid., p
Le 8 mars i848, il fut décrété que la nouvelle colonie serait gouvernée par un fonctionnaire (le major Warden), qui représenterait le haut commissaire britannique dans l'Afrique australe (sir Harry Smith lui-même) et qui résiderait à Bloemfontein, qu'un commissaire civil résiderait dans chacun des trois districts de Bloemfontein, Winburg et Caledon river, entre lesquels la colonie était partagée, avec mission de rendre la justice, de recueillir les taxes et de surveiller les chefs indigènes, enfin que tout blanc, en état de porter les armes, serait, le cas échéant, tenu de participer à la défense du pays*.
Le major Warden, que deux ans de séjour à Bloemfontein avaient instruit des dispositions réelles de la majorité des Boers, hasarda quelques objections et insista sur la nécessité d'augmenter le corps d'occupation. Mais sir Harry Smith lui répondit : « Mon cher ami, sachez que les Boers sont mes enfants ; je ne veux pas d'autres soldats qu'eux ; les troupes vont immédiatement retourner à Capetown. » Et il ne laissa à Bloemfontein qu'une section de cinquante à soixante hommes.
C'était le lieutenant qui avait raison et le chef qui se trompait. Sir Harry Smith se croyait toujours en i835; il s'imaginait que son ancienne popularité, sa bienveillance et l'honnêteté de ses intentions suffiraient à aplanir toutes les difficultés ^ Mais depuis treize ans, les colons, ses anciens compagnons d'armes, étaient devenus d'autres hommes. Leur émigration forcée, leur
1. Correspondence relative to the Kafir tribes [II], p.. 65-66.
2. Smith écrivait dans un mémoire, daté du camp de Blinkwater, le 12 mars i852, et composé pour défendre sa politique, après qu'il eut été révoqué par lord Grey : « Son Excellence me reproche de n'avoir pas réussi h me concilier les habitants hollandais. Je dirai
lent cheminement sur le veld des plateaux transorangien et transvaalien, leurs passages réitérés des Drakensbergen, leurs combats sanglants contre les Matabélés et les Zoulous, la fondation d'une République au Natal et son renversement par les troupes anglaises, bref leurs tribulations et leurs misères, leurs victoires et leurs insuccès avaient développé au plus haut point leur esprit d'indépendance.
Si la proclamation du 3 février i848 avait satisfait le petit groupe des Boers anglophiles, voisins de l'Orange, -elle avait irrité au plus haut point ceux qui s'étaient dispersés au Nord de Winburg, et qui se considéraient comme absolument indépendants. Moins de deux mois après la publication de sa proclamation, le 3o mars i848, Smith est déjà contraint de signaler à son ministre l'agitation causée « par quelques démagogues violents, dénués de ressources, sans cœur, qui ont entrepris d'exciter et d'irriter davantage encore de pauvres gens, sans giteS). La veille, le 2g mars, il avait lancé un manifeste tour à tour affectueux et menaçant, pour conjurer les Boers de ne pas céder à de mauvais conseils'. Mais en vain.
Andries Pretorius, qui après avoir définitivement aban-
sans scrupule, que pendant bien des années, j'ai été très populaire parmi eux... Je ne saurais être responsable de ce qu'ils n*ont pas adhéré au régime, alors qu'ils prétendaient désirer le faire, et si rhonnêteté des intentions, et la bienveillance des manières sont impuissantes à se concilier les gens, je suis irresponsable de ce résultat, ainsi qu'incapable de gagner la bienveillance de qui que ce soit par d'autres moyens. » Autobiography, II, p. 4 10.