‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 47 sur 241 · Mac Call Theal, History of S. Africa (i834-i854). p · texte numérisé non relu

Mac Call Theal, History of S. Africa (i834-i854). p

2. Le passage suivant de V Autobiography de sir Harry Smith (11^ p. 94-5), qui alors organisait la « province of the Queen Adelaide»^ donne une idée de Tétonneinent et de la colère causés dans la colonie par la dépêche de lord Glenelg : « Mais voilà qu'en plein, milieu de mon œuvre et de mes espérances, la politique la plu» extravagante que machiavélisme pervers ait jamais inventée, mit fin aux projets formés pour le bénéfice de cent mille barbares sousmes ordres, ainsi qu'à la paix et à la tranquillité que la colonie escomptait (car les habitants de la frontière commençaient à jouir d'un état de sécurité qui était vraiment la sécurité). Le ministre des colonies, lord Glenelg, homme excellent, digne et capable, mais dominé par un ignoble parti, qui s'affublait d'un masque d& sainteté et de philanthropie, ordonna de restaurer la barbarie dans la province de la Reine Adélaïde, de dégager les Cafres de leur serment de fidélité et de rétablir la sauvagerie dans toute sa pléni - ^ude. »

L'INVASION GAFRE 99

pour l'un des documents capitaux de Thistoire de l'Afrique australe. L'effet en fut immense dans la colonie ; plus que toutes les autres vexations, elle jeta les Boers dans le désespoir.

Non seulement le gouvernement anglais en restreignant l'usage de leur langue et en les privant de toute participation aux affaires publiques, les traitait en étrangers dans leur propre pays ; non seulement il les avait appauvris par la manière dont il avait aboli l'esclavage ; non seulement il donnait aux Hottentots toute licence pour commettre des désordres, mais voilà que maintenant, mis en demeure de prendre parti entre eux, sujets britanniques, et les Cafres, c'était pour ces derniers, que séduit par les conseils de la London Missionary society, il se déclarait.

Les Cafres avaient brûlé leurs maisons, emmené bœufs, moutons, chevaux, avaient massacré à coups de sagaie près de cinquante des leurs et provoqué indirectement par la misère et la maladie, conséquences de l'invasion, beaucoup d'autres décès.

Eux cependant venaient, pendant près de huit mois, de janvier à septembre, de rester en armes, de contribuer — non d'ailleurs sans de nouvelles pertes — à refouler l'ennemi et à rétablir la paix. Les officiers anglais avaient réquisitionné leurs voitures et abattu pour nourrir les troupes la plus grande partie des bestiaux repris aux Cafres. Ils avaient donné leur temps, leurs biens, leurs vies et n'avaient reçu aucune indemnité.

Ils pouvaient du moins espérer que les nouveaux territoires qu'on allait leur distribuer entre la Fish et la Keiskama les rémunéreraient partiellement et qu'à la faveur delà nouvelle organisation des districts frontières, ils pourraient vivre en paix.

Or qu'apprenaient-ils ? C'est qu'on les considérait à

Londres comme les agresseurs, que le terrain conquis, non seulement par eux récemment entre la Keiskama et la Kei, mais seize ans auparavant, en 1819, entre la Fish et la Keiskama, allait être rendu aux Cafres, et que la frontière allait être ramenée à cette Fish river, dont les défauts stratégiques étaient manifestes.

L'avenir n'était que trop clair ; quand bon leur semblerait, les Cafres renouvelleraient leurs invasions de 1799, de 1811, de 181^, de i834. Un gouverneur anglais, sir John Cradock, ne les avait-il pas depuis longtemps qualifiés de <( perturbateurs de la paix et de la prospérité de cette colonie » ?

Aussi bien, enhardis par la haute protection, dont ils se savaient par les missionnaires amis l'objet en Angleterre, encouragés par la faiblesse d'Andries Stockenstrom \ nommé par lord Glenelg lieutenantgouverneur des districts orientaux, ils recommençaient leurs méfaits, vols de bestiaux et assassinats de colons.

Des projets d'émigration étaient depuis quelques années discutés pjar les Boers. On verra dans les chapitres suivants qu'un premier groupe d'émigrants franchit l'Orange dès i833 et qu'un autre groupe s'en fut dès i834 faire une reconnaissance préliminaire au Natal. Mais le départ en masse s'opéra seulement quand la décision de lord Glenelg fut connue et commença à porter ses conséquences. Elle fit décidément pencher d'un certain côté le fléau oscillant de la balance.

William Cornwallis Harris, qui parcourut les districts orientaux de la colonie à l'époque où l'émigration s'y organisait, ne met pas en doute que « ce mouvement

I. En i836, il fit devant la commission d'enquête de la Chambre des Communes une déposition, qui abondait dans les idées de lord Glenelg, dont il conquit ainsi la faveur.

inouï et plein de périls » ait eu pour raison principale « l'insufiBsance de protection du gouvernement anglais [aux colons] contre leurs voisins fourbes et audacieux, les Cafres, dont les incursions de pillage ont désolé leurs plus riches domaines et ruiné des centaines de colons de la frontière * » .

Le commissaire Henry Cloete, qui, on le verra plus loin, a séjourné au Natal de i843 à i855 et s'est entretenu fréquemment avec les Boers des causes de leur départ, Tattribuait également à la dépêche de lord Glenelg^. Et le jeune William Gladstone, perspicace autant que hardi, osa dire, le lo juillet i838 en pleine Chambre des Communes, que la véritable cause de l'émigration des Boers était Tiûsécurité dans laquelle on les avait laissés '.

Les Boers n'émigrèrent pas pour pratiquer leur religion à leur guise et adorer Dieu selon leur rite, comme les ancêtres huguenots de quelques-uns d'entre eux l'avaient fait cent cinquante ans auparavant. Leurs motifs de départ furent plus terre à terre. Ils allaient vivre ailleurs, parce qu'ils ne pouvaient plus vivre en sûreté dans leur propre pays.

« Nous nous plaignons, dit Pieter Retief dans son Manifeste du 22 janvier 1887, ^^^ pillages constants que depuis des années les Cafres et autres catégories d'hommes de couleur nous ont infligés et en particulier de la dernière invasion de la colonie, qui a désolé les districts frontières et ruiné beaucoup de ses habitants. »

Si peu confortables que fussent leurs demeures, ils ne quittèrent pas la colonie sans tristesse et sans regret.

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