I. Dépêche de Craig. Annixal register, 1796, p
Elphinstone ayant reçu leur approbation, la capitulation fut signée dans la soirée du i5 par Sluysken et les. membres du Conseil *.
Le i6 septembre, les troupes anglaises entrèrent dans la ville du Cap.
La colonie avait capitulé moyennant Jes conditions, suivantes : les troupes hollandaises devenaient prisonnières de guerre., mais les officiers pouvaient rester au Cap ou rentrer en Europe, à condition de s'engager sur l'honneur à ne pas servir contre l'Angleterre tant que dureraient les hostilités. Les colons ' conservaient tous leurs droits, y compris celui d'exercer à leur gré leur religion. Aucune taxe nouvelle ne serait levée, et même, en raison de l'état de pauvreté de la colonie, les anciens impôts seraient aussi réduits que possible. Toutes les propriétés appartenant à la Compagnie des Indes orientales seraient remises aux fonctionnaires anglais, mais les propriétés privées seraient toutes respectées^.
Dans les treize articles, plus l'article additionnel dont se compose le traité du i5 septembre 1796, il n'est pas une seule fois question du stathouder de Hollande. Le contraste entre le langage si conciliant des ofiSciers anglais, lors de leur arrivée en juin et leur attitude après la victoire, trahissait bien le véritable et secret objet de cette campagne.
Les Anglais durent leur succès à leur supériorité militaire, d'abord. Tandis que les forces hollandaises s'élevaient à 2 700 hommes environ, les leurs atteignirent dans la première quinzaine de septembre le chiffre de 5 000 hommes. La conquête fut encore favorisée par la complicité secrète qu'ils rencontrèrent chez
I. Dépêche de Clarke. Annual register, 1790, p. 70-71. a. Articles of capitulation, 76i(i., 1795, p. 72-78.
les fonctionnaires de la colonie. Ceux-ci, dès le jour où Tamiral Elphinstone mouilla dans Simon's bay, éprouvèrent des sentiments complexes. Ils ne voulurent pas se conformer aux ordres qui leur étaient donnés par le stathouder déchu. Ils sentirent qu'il serait honteux de leur part de livrer sans combattre la colonie aux Anglais. Ils se conduisirent donc en apparence, comme s'ils étaient résolus à une défense à outrance. Aux sollicitations courtoises puis aux sommations de reddition, qui lui furent adressées par le général anglais, le Commissaire Sluysken répondit toujours, négativement. Des troupes furent correctement rangées en bataille aux points qui devaient être défendus, à Muizenberg et à Wynberg. Les fonctionnaires de la colonie firent donc tous les gestes de la défense, mais ils les firent sans conviction. La passion politique l'emporta en eux sur le sentiment patriotique. Entre les partis qui divisaient alors la Hollande, ils s'étaient rangés du côté orangiste ; ils détestaient le jacobinisme. Or, repousser les Anglais, n'était-ce pas risquer de livrer la colonie à une flotte française qui pouvait apparaître à l'horizon d'un jour à l'autre? Les Anglais, d'ailleurs, se présentaient non en conquérants mais en protecteurs bien intentionnés, entre les mains de qui la colonie serait remise comme un fideicommis jusqu'au jour de la restauration du stathouder. Pourquoi ne seraient- ils pas sincères?
Les fonctionnaires hollandais n'opposèrent donc qu'une ombre de résistance, et se laissèrent arracher de bon gré leur capitulation.
Ces sentiments furent partagés à des degrés divers par les trois hommes qui jouèrent le principal rôle dans ces événements: leCommissaire général Sluysken, le colonel Gordon et le lieutenant-colonel De Lille.
Sluysken, quoique orangiste de cœur, ne laissa rien
paraître de ses opinions intimes ; il tint une conduite extérieure absolument correcte.
Gordon était Ain loyal serviteur de la maison d'Orange et un adversaire résolu des révolutionnaires. Quand, en 1779, il était arrivé sur les bords du grand fleuve de l'Afrique australe, dont on connaissait dépuis longtemps l'existence, mais qu'on n'avait point encore exploré, il avait choisi pour le désigner le nom d'Orange, c'est-àdire de la maison souveraine à laquelle il était dévoué. Ce voyage, qui avait été raconté par son compagnon William Paterson*, lui avait valu une certaine notoriété parmi les géographes d'Europe -.
Depuis l'arrivée des Anglais jusqu'à la capitulation, la conduite de Gordon resta équivoque. A aucun moment, ce chef suprême de toutes les forces militaires de la colonie ne parut au feu et on put dire plus tard ajuste litre qu'il tira l'épée du fourreau dans une seule circonstance : pour commander à ses troupes de livrer leurs armes. Il crut à la sincérité des promesses d'Elphinstone et de Craig. Il dut après la capitulation avoir une immense déception, en s'apercevant qu'il n'était plus question de Guillaume d'Orange et que la colonie était devenue anglaise, puisque le 5 octobre 1790, il se suicida.
Quant au lieutenant-colonel De Lille, poussé par sa haine des Jacobins et séduit vraisemblablement par des promesses avantageuses, il favorisa presque ouvertement les projets des Anglais. Il paraît fort probable
I. Paterson, A narrative of four journeys into the couniry of the Hottentots and Caffraria, in-4''. Londres, 1789, p. ii3. Nous ne croyons pas que Gordon ait jamais publié lui-même de relation de son voyage. — Cf. nos Études sur l'Afrique^ p. 268-69.
a . Proceedings of the Association for promoting the discovery oj the interior parts of Africa^ in-4°. Londres, 1790, p. 6.
qu'il eut des rapports secrets avec l'amiral Elphinstone. Le 8 août, on l'a vu, il s'enfuit de Muizenberg au premier coup de canon et, le lendemain de même. Il s'éleva contre lui un tel mouvement d'indignation populaire, qu'il dut se cacher pour se soustraire aux voies de fait. Le 27 octobre 1796, moins de six semaines après la capitulation, le gouverneur anglais du Cap le nomma à une fonction publique, faveur que l'on peut considérer comme une récompense de sa conduite.