La reddition du Cap a la République batave
ENiSoS.
Un article des préliminaires de paix signés le i®*" octobre 1801 à Londres entre lord Hawkesbury, ministre des Affaires étrangères et Otto, l'agent que le Premier Consul entretenait à Londres pour saisir l'occasion de nouer des négociations, stipulait que « la Grande-Bretagne devrait rendre toutes ses conquêtes à l'exception de Ceylan, qui avait appartenu à la Hollande et de l'An tille espagnole de Trinidad * » . Le Cap devait donc faire retour à la Hollande. L'article 6 du traité d'Amiens (25 mars 1802) confirmait cette restitution : « Le Cap de Bonne-Espérance appartiendra en pleine souveraineté à la République batave, comme il était avant la guerre ^ » Dès qu'en Hollande, la restitution du Cap parut probable, le « Conseil des possessions et établissements asiatiques w, qui, en 1800, avait remplacé le « Comité du commerce et des possessions de l'Inde orientale », lequel avait lui-même succédé le i®"" mars
I. Martin Philippson, La paix d'Amiens et la politique de Na-* poléon 1er. Revue historique, 1901, t. 76, p. 290. 3. Annual register, 1802, p. 609.
1796 au Conseil des dix-sept Directeurs de la Compagnie des Indes orientales, arrêta que la colonie serait administrée par un gouverneur, le lieutenant- général Jan Willem Janssens, assisté d'un conseil de quatre membres. Jacobus Abraham de Mist, membre du Conseil des possessions et établissements asiatiques et •auteur d'un rapport très remarqué sur la future administration du Cap, fut chargé, à titre de Commissaire général, de recevoir la colonie des mains des officiers anglais et d'installer les fonctionnaires hollandais (i*^*" avril 1802) \
Toutefois la reddition du Cap à la République batave «ubit des délais ^ Il avait été convenu entre le gouverneur anglais, général Dundas et le Commissaire général hollandais De Mist, que le 3i décembre 1802 au soir les postes anglais seraient relevés par des troupes hollandaises et que, le i®*" janvier i8o3 au matin, le drapeau batave serait hissé sur le château du Cap à la place du •drapeau britannique.
Or le 3i décembre 1802 à midi un navire anglais arriva au Cap, apportant de Londres une lettre du secrétaire d'Etat des Colonies, datée du i4 octobre 1802, et ordonnant au général Dundas de suspendre l'évacuation jusqu'à nouvel ordre. Le Premier Consul tardait à exé- <îuter les clauses du traité d'Amiens et le cabinet Adding- -ton, qui avait des raisons sérieuses de douter de sa sin-
1. Heinrich Lichtenstein, Reisen im sûdlichen Africa in den Jahren i8o3, i8o4, i8o5 und 1806, Berlin, 181 1, I, p. 4-
2. L'article 12 du traité d'Amiens est ainsi conçu : « Les évacuations, cessions, restitutions stipulées par le présent traité doivent être exécutées... sur le continent et dans les mers d'Amérique «t d'Afrique en trois mois. » Le traité ayant été signé le a 5 mars
1802, le Cap aurait dû être remis à la République batave le 25 juin i8oa.
cérité, avait jugé prudent, de conserver le Cap comme un gage. Au reçu de cette dépêche, le général Dundas et son collègue le vice -amiral sir Roger Curtis font précipitamment descendre les troupes, des transports où elles étaient déjà installées dans les embarcations, en ayant soin, pour éviter de donner l'éveil, d'exécuter la manœuvre sur le flanc des navires tournés vers la haute mer ; ils jettent à terre toutes leurs troupes, les font rentrer dans l'intérieur du château, et alors seulement informent le commissaire De Mistdu contre-ordre qu'ils viennent de recevoir*. Les Hollandais, hors d'état de reprendre le château de vive force, n'eurent qu'à donner au général Dundas acte du fait accompli.
Cependant comme ce premier message traversait l'Atlantique, les rapports politiques entre la France et l'Angleterre se détendaient. Un nouvel ordre daté du i6 novembre 1802 invita le général Dundas à transmettre le gouvernement du Cap aux fonctionnaires hollandais. Le navire, porteur de ce second message, arriva au Cap le 19 février i8o3, et le 20, à l'heure de la relève des postes, les gardes descendantes anglaises furent remplacées par des gardes montantes bataves-.
3. — L'alliance forcée de la République bat ave AVEC LA République française.
Le Cap de Bonne-Espérance fut gouverné par la Ré-
I. Annual regisler, i8o3, p. 276. — Philippson, Revue historique, 1901, l. 75, p. 3i4.
3. Annual register, i8o3, p. 276. Le rédacteur de ce recueil dit par erreur que Tordre d'évacuation du 16 novembre 1802 arriva immédiatement après le contre-ordre du i4 octobre. — Pbilippson» Revue historique^ t. 76, p. 49- — Mac Call Theal, Hist. of South Africa (1795-1834), p. 75-78.
publique bâta ve du 20 février i8o3 au 23 janvier 1806. Il ne s'y produisit pendant cette période aucun fait qui ait contribué à l'expansion des Boers. Bien au contraire, il régna entre le gouvernement et les colons une entente, dont on n'avait pas eu d'exemple pendant les cent quarante trois ans qu'avait duré la domination de la Compagnie des Indes orientales. Le gouverneur Janssens, appréciant la valeur militaire des Boers, cherchait à se les attacher et ne laissait passer aucune occasion de leur adresser quelque parole flatteuse.
Si le Cap avait conservé un gouvernement animé du même esprit de conciliation, les colons n'auraient pas eu de motif pour émigrer dans les régions inconnues de l'Orange et du Vaal et l'histoire moderne de l'Afrique australe eut été complètement modifiée.
Mais pendant qu'ils vivaient dans la sécurité, leur avenir se décidait en Europe, par suite de la participation forcée de la République batave, leur métropole, aux événements politiques qui s'y succédaient. L'article II du traité de Lunéville avait été formulé en ces termes : « Le présent traité de paix... est déclaré commun aux Républiques Batave, Helvétique, Cisalpine et Ligurienne. Les parties contractantes se garantissent mutuellement l'indépendance des dites républiques et la faculté aux peuples qui les habitent d'adopter telle forme de gouvernement qu'ils jugeront convenable*. »
Mais en dépit d'un texte aussi formel, le Premier Consul ne permit pas à la République batave de recouvrer son indépendance.
A peine signée, la paix d'Amiens parut fragile. Bona-
I . Traité de paix entre la République française et Sa Majesté TEmpereur et le Corps germanique, signé à Lunéville le 9 février . 1801. De Martens, Recueil des principaux traités. Gœiiingue y 1801,
t. VII, p. 542.
parte n'en était visiblement pas satisfait ^ En Angleterre les amis du cabinet Addington ne l'acceptaient que comme un pis aller et George III la qualifiait d' «essai», d'earper/me/if a/ /}eace^.
La guerre semblant imminente, la République bâta ve constituait dans le système ofTensif et défensif de Bona parte contre la Grande-Bretagne un élément précieux, et dont il entendait disposer à son gré. Il se garde bien d'en retirer les troupes françaises qui, sous le nom de <( troupes auxiliaires bataves » , restent cantonnées dans le Sud du pays, à Bois-le-Duc, à Breda, à Berg op Zoom^. Il suit de très près les événements de Hollande et coupé court à toute menée révolutionnaire qui pourrait contrecarrer sa politique : « Je vous prie, citoyen ministre, écrit-il à Talleyrand* le 1 4 vendémiaire an XI (6 octobre 1802), d'envoyer sur le champ un courrier extraordinaire à la Hayç au citoyen Semon ville ^, pour lui faire connaître que^ sous quelque prétexte que ce soit, je ne souffrirai pas qu'il y ait aucun mouvement en Hollande, ni aucun changement dans le gouverne-
1. Il faut remarquer le ton de V Allocution du Premier Consul à une députation du Corps législatif venant le féliciter sur la paix d'Amiens, le i5 germinal an X (5 avril 1803). Bonaparte ne manifeste aucune satisfaction de la paix, ne parle à la députation que duGon- <X}rdat et termine ainsi : « Le peuple français apprendra avec une vive satisfaction qu'il n'y aura pas un seul de ses législateurs qui n'ait voté la paix des consciences et la paix des familles, plus importantes pour le bonhçur du peuple que celle sur laquelle vous venez de féliciter le gouvernement. » Correspondance de Napoléon /«•", 4. VII, no 6026.