I. — Chaka
Le trait du caractère de Chaka, qui a le plus frappé les Européens en rapport avec lui, notamment Farewell et Isaacs \ trait sur lequel ils ne cessent d'insister dans leurs relations, c'est sa cruauté *. Le nom de Chaka évoque dans leur esprit celui des tyrans que l'histoire traditionnelle représente comme les plus sanguinaires : Néron et Attila. Isaacs, qui a souvent eu l'occasion de l'observer pendant les scènes de meurtre, décrit ainsi son attitude : « Il prenait un plaisir physique à répandre le sang ; ses yeux pétillaient de plaisir, sa puissante poitrine exultait, tout son corps trahissait la joie de voir répandre le sang innocent ; ses mains se crispaient ; ses membres herculéens manifestaient par leurs mouvements le désir de participer à l'exécution de ses victimes '. »
Il ne justifiait jamais ses arrêts, il ne prenait souvent même pas la peine de les formuler oralement : un simple mouvement de la tête ou du doigt désignait le condamné aux exécuteurs. Isaacs assista le 5 novembre 1826 à la scène suivante : Trois cents indigènes arrivent et saluent Chaka de compliments hyperboliques : « Toi qui es grand comme le monde ! » Un silence. Chaka fait un signe, les bourreaux saisissent trois individus par
I. D.es détails biographiques sur ces premiers colons européens du NataU Isaacs, Farewell, King, Fynn, seront donnés au chapitre suivant.
a. « Chaka est un des caractères les plus monstrueux qui existe; Attila n'est rien auprès de lui. » Farewell, Account of Chaka ^ inséré dans Owen, Narrative of voyages to explore the shores of Africa, Arabia and Madagascar y 2 vol. in-8. Londres. i833, II, p. 889^