‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 9 sur 241 · I. /6ïd., p · texte numérisé non relu

I. /6ïd., p

3. Armual register, 1806, p. 583. — Lichtenstein, Reisen, II, p. 590-91.

es

Les historiens anglais ne parlent jamais de cette convention sans vanter la libéralité de leur gouvernement. Possédant déjà le Cap par droit de conquête, disent-ils^ il a cependant voulu Tacheter à la Hollande et a eu la générosité de le lui payer cinq millions de livres sterling. Présentés ainsi, les faits ne sont pas rigoureusement exacts.

Le prince d'Orange n'était pas libre de disposer de cette somme à son gré. Par le premier article additionnel de la convention du t3 août i8i4, il était tenu de la dépenser pour « augmenter et fortifier la ligne de défense des Pays-Bas... consolider et établir finalement d'une manière satisfaisante l'union des Pays-Bas avec la Hollande sous la maison d'Orange * » .

Or, on sait qu'en i8i4 les alliés avaient créé le royaume des Pays-Bas pour former une barrière contre la France. L'Angleterre, en particulier, craignait de la part de cette dernière un retour offensif en Belgique. En achetant cinq millions le Cap qu'elle possédait déjà, elle paraissait fort libérale, mais en fait c'était un moyen détourné d'obliger le prince souverain des Pays-Bas à dépenser une somme égale pour fortifier la ligne de défense des Pays-Bas contre la France et en faveur de la Grande-Bretagne".

La position géographique du Cap de Bonne-Espérance sur le globe en faisait la valeur. En cette fin du xYin**

1. De Martens, Nouveau, recueil de traités, II, i8i4-i8i5, p. 6o- 6i.

2. Malgré nos recherches, nous n'avons pas réussi à trouver à quelle date et dans quelles conditions cette somme de cinq millions do livres sterling a été payée par l'Angleterre aux Pays-Bas. Il est impossible qu'un versement aussi important n'ait pas laissé de traces dans les Archives britanniques et néerlandaises. Il serait intéressant de publier les documents se rapportant à ce fait.

siècle et en ce commencement du xix®, où non seulement l'isthme de Suez n'était pas percé, mais où l'Egypte avait cessé par la faute du gouvernement barbare du pacha turc et des beys de servir de passage entre l'Europe et l'Extrême-Orient, c'était une station de première importance sur les routes maritimes du globe.

Or depuis ses succès sur la France dans l'Indoustan et depuis la victoire remportée par Clive à Plassey sur le nabab du Bengale le 28 juin 1767, l'Angleterre était devenue une grande puissance asiatique. La possession du Cap s'imposait à elle comme elle s'était imposée cent cinquante ans auparavant à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, maîtresse de Ceylan et des îles de la Sonde. Il le lui fallait occuper pour que les équipages de ses flottes eussent un lieu de ravitaillement entre Sainte-Hélène et l'Inde et surtout pour qu'aucune autre puissance ne pût à la faveur de ce point d'appui arrêter ses navires entre l'Atlantique et l'Océan Indien.

Cette conquête eut cependant deux conséquences imprévues. Elle devint le point de départ d'une expansion coloniale qui s'est étendue jusqu'à 3 000 kilomètres dans l'intérieur du continent africain, jusqu'à l'un de ces lacs mystérieux, dont les géographes depuis Ptolémée se transmettaient la notion. En outre le gouvernement anglais, en suivant au Cap une politique que les colons européens ont jugée inacceptable, a provoqué l'exode d'une partie d'entre eux, et donné naissance à une nationalité, dont on exposera dans les chapitres suivants la lente formation.

En 1806, le Cap est définitivement conquis par les Anglais ; en i836, une partie de leurs nouveaux sujets jugent qu'il leur est impossible de continuer à vivre sous leur domination, et plutôt que de s'y résigner, quittent leurs demeures, leurs pâturages, les lieux auxquels ils sont accoutumés depuis l'enfance, pour s'enfoncer dans l'intérieur du continent.

Il faut rechercher les causes de cet acte très grave, -qui, depuis trois quarts de siècle, domine toute la politique de r Afrique australe.

I. — Assurément certains Boers étaient animés d'un «esprit de malveillance à l'égard de leurs nouveaux maîtres.

En revenant d'un long voyage dans le pays des Betchouanas, au Nord du fleuve Orange, l'explorateur William Burchell arriva le 18 mars 181 2 à la maison d'un certain Jacob van Wijk, dans VAchter Sneeuwberg. Des hommes, des femmes et des enfants en sortent ; Burchell les accoste aA ec les salutations d'usage auxquelles ils répondent froidement ; puis au lieu de le prier de descendre de cheval et d'entrer, ils commencent « sur un ton d'insolence intolérable, à défiler tout un chapelet de questions impertinentes », auxquelles il répond patiemment. Supposant qu'en restant à cheval, il donne

à croire qu'il ne veut pas s'arrêter, il met pied à terre. Ses interlocuteurs rentrent alors dans la maison, il les. suit, mais au lieu de lui offrir un siège, ils recommencent leurs questions sur la nature et la faune du pays, qu'il venait de parcourir. « Voyant, dit Burchell, qu'on s'abstenait de toute politesse, et ayant des preuves suffisantes du vrai caractère de cette famille, je mis fin à la conversation, en m'enquérant de la direction dé Graaff Reinet et de la distance qui m'en séparait, résolu à quitter un lieu, où les habitants étaient si inférieurs en bienveillance aux sauvages, dans les Araafe desquels nousavions été reçus avec une joie ingénue et une bonne volonté sincère. J'ordonnai à mes Hottentots de refaire notre paquetage ; les bœufs furent rechargés par les. pauvres diables abattus et désappointés, car ils avaient espéré, et ce n'était assurément pas exorbitant, rapprendre le goût du pain et changer leur ordinaire qui consistait depuis longtemps en viande sans sel. »

Burchell attribue à sa nationalité cet accueil peu empressé : « J'étais un Engelsche Heer, et il est assez probable qu'ayant découvert que le voyageur qui approchait de leur maison était un Anglais, ils m'avaient pour ce motif fait cette réception malhonnête '. »

Cet esprit d'opposition de certains Boers contre les Anglais se manifesta en octobre i8i5 d'une manière bien plus grave que par de simples impolitesses à l'égard d'un voyageur. Quelques habitants des districts d'Uitenhage et de Graaff Reinet essayèrent de soulever leurscompatriotes contre le gouvernement.

Cette insurrection est connue sous le nom de a rébel-

I. Burchell, Travels in the interior of Southern Africa, II, p. io4- 107. — Toutefois, Burchell reconnaît avoir rencontré parfois des hôtes serviables, les field cornets Gerrit Maritz et Snyman notamment, en juillet 181 1, I, p. 2^1.

lion de Slachters Nek » , du nom d'une colline située en face du confluent de laGreat Fish river et de la Baviaan river et sur laquelle se déroulèrent deux des principaux épisodes* (carte 3). Un incident fortuit la provoqua.

Un Boer nommé Frederick Cornelis Bezuidenhout, qui habitait la vallée de la Baviaan, ayant été invité à venir se justifier devant la cour du landdrost et des beemraaden ^ d'abord, puis devant la Commission of circuit^, siégeant à Graaff Reinet, d'une axîcusation de mauvais traitement contre un de ses serviteurs hottentots et n'ayant pas comparu, fut condamné par défaut à un mois de prison. Mais quand l'anrfer-^/ier/^ou commissaire se présenta le lo octobre i8i5 accompagné d'un détachement de troupes pour l'arrêter, Frederick Bezuidenhout commença par tirer sur les soldats, puis il se réfugia dans une grotte naturelle, qu'il supposait inexpugnable. Mais il y reçut une balle qui le tua net.

Or Frederick Bezuidenhout avait un frère, Johajines, qui, non seulement affligé mais encore profondément irrité par cet événement, exprima devant les Boers qui

1. Tous les documents relatifs à ces événements ont été publiés dans The rébellion of iSiS* generally known as Slachters 7Vc/f, a complète collection of ail the papers connected with the trial of the accased, with many important annexures, edited by H. C. V. Leibbrandt, in-8°. Le Gap, igoa. Tous les faits qui suivent sont empruntés à ce recueil de textes.

2. Les attributions de la cour du landdrost et des beemraaden seront expliquées au chapitre suivant, p. 54-

3. La Commission of circuit, composée de deux ou de plusieurs membres de la haute cour de justice du Gap, était ambulante, comme son nom l'indique. Elle était chargée d'inspecter les landdrosts et de recueillir dans les districts ruraux toutes les informations susceptibles d'intéresser le gouvernement. Elle constituait de plus une juridiction supérieure à la cour du landdrost et des beemraaden. Gette institution avait été créée par le gouverneur lord Galedon le i6 mai i8ii.

assistèrent en grand nombre aux funérailles, la ferme intention de se venger. Toutefois un peu calmé par les sages conseils à^uxi Jield cornet^, nommé van Wijk, il ne serait peut-être point passé des paroles aux actes sans les excitations d'un certain Hendrik Frederick Prinslo. Cet individu, dont le père, Marthinus Prinslo avait en 1799 participé lui aussi à un mouvement insurrectionnel promptement réprimé par le gouvernement, crut avoir trouvé dans la mort tragique de Frederick Bezuidenhout l'occasion de soulever ses compatriotes contre les Anglais. Des conciliabules se tinrent à la fin d'octobre et au début de novembre i8i5 entre Johannes Bezuidenhout, Cornelis Faber son beau-frère, Hendrik Prinslo, et quelques autres irréconciliables, tels que les deux frères Stephanus Cornelis et Abraham Carel Bothma, Theunis Christian de Klerk, Adriaan Engelbrecht, Andries Meijer. Le plan des conjurés consistait à affranchir de la domination anglaise non pas toute la colonie (ils n'étaient point si ambitieux), mais la région orientale, en attaquant les postes militaires de Van Aard, Swart Water, Paul Bester, Plat House, Piet Goosens, et en refoulant les troupes du gouvernement jusqu'à la baie d'Algoa. (Voir la carte 3).

Ils projetaient de constituer une république dans laquelle leur individualisme s'épanouirait à l'aise. Vingt ans auparavant, en 1790, les colons du Graaff Reinet avaient ainsi vécu pendant quelques mois complètement indépendants du gouvernement du Cap. Plus tard, dans

I. Gomme nous Tavons dit au chapitre i, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales avait dès le xvii« siècle organisé les colons en milices. Les oi&ciers, qui commandaient ces milices et qui étaient choisis parmi les plus capables d'entre les colons, portaient les litres de veld cornets et de veld commandants (en anglais Jîeld cornets ot field commandants).

le courant du xix® siècle, des républiques boers conformes à cet idéal furent fondées en difierents points de l'Afrique australe, telles que la République du Natal en i84ô, la République de la Klip rivier en 1847, ^®* Républiques Stella et Goosen en 1882, la Nieuwe Republiek (capitale Vrijheid) en i884, qui n'eurent qu'une durée éphémère, telles encore que la République sud africaine en 1802 et l'État libre d'Orange en i854, dont l'existence fut beaucoup plus longue et qui disparurent seulement, comme l'on sait, en mai 1902.

Les fauteurs dé l'insurrection cherchèrent à obtenir non seulement le concours de leurs compatriotes, mai^ encore celui des tribus cafres, établies au delà de la frontière, sur la rive gauche de la Great Fish river.

Sous ce nom de « Cafres », les Européens avaient dès la fin du XVII® siècle désigné les nombreuses peuplades noires qui habitaient sur la côte africaine, au delà de la Great Fish river dans la direction de la baie de Natal.

Les Cafres voisins de la frontière se livrèrent à la fin du xviii® siècle et dans la première moitié du xix® à des incursions armées dans la colonie. Ils avaient notamment en 1811 assassiné des blancs et commis de nombreux actes de pillage, mais pendant les périodes de paix, certains colons, Johannes Bezuidenhout et Cornelis Faber par exemple, entretenaient, nonobstant les ordres contraires du gouvernement, des intelligences avec eux.

Cornelis Faber s'en fut donc, dans les derniers jours d'octobre 181 5*, demander à trois chefs de tribus ou, comme l'on disait, à trois capitaines cafres, Olella, Ja-

I . Nous n'avons pas réussi à fixer avec une précision absolue la durée de cette première mission de Cornelis Faber chez les Cafres; nous savons seulement que, parti dans les derniers jours d'octobre^ il rentra dans la colonie le 5 ou le 6 novembre.

lousa ^t Geîka de coopérer à l'attaque des postes anglais. Jl leur promettait, comme butin, non seulement le trodpeau de bétail de chacun de ces postes et les objets de métal qui s'y pourraient rencontrer et dont il savait ces sauvages avides, mais encore la possession de la région appelée Zuurveld, située sur la rive droite du cours inférieur de la Great Fish river et dont en 1811 ils avaient été expulsés. Cornelis Faber n'obtint cependant des capitaines cafres qu'une réponse dilatoire, non pas que ceux-ci fussent retenus par un sentiment de loyauté à l'égard du gouvernement anglais, mais parce que dans la circonstance le succès de cette attaque des postes leur parut vraisemblablement fort douteux.

En même temps, les autres conjurés cherchaient à recruter des complices parmi leurs compatriotes ; ils faisaient valoir trois griefs contre la domination anglaise : l'effusion du « sang innocent » de Frederick Bezuidenhout, la lourdeur des impôts, et la préférence accordée par le gouvernement aux Hottentots sur les Boers. La propagande se fit d'abord oralement. Ainsi Tun des derniers jours d'octobre, Hendrik Prinslo arriva un matin chez Diedrik Johannes MuUer, colon du Tarka, et dit : « ttes-vous des hommes ? ou bien o'êtes-vous bons qu'à être chassés du lit par des femmes, à coups de bâton? » Et Muller ayant demandé le sens de ces paroles étranges, Prinslo expliqua « qu'il voulait chasser les Anglais du pays » .

Les conjurés tentèrent aussi la propagande par message écrit, imprudence qui hâta l'échec de leur entreprise. Le 9 novembre 181 5, cinq d'entre eux s'étant réunis chez ce Diedrik Johannes Muller, qu'ils supposaient bien à tort gagné à leur cause, Stephanus Carel Bothma rédigea et Hendrik Prinslo signa une lettre adressée à un certain Jacobus Krugel, pour lui faire

part du projet de « chasser les tyrans impies et scélérats », et le prier « d'en informer les gens de son district aussi promptement que possible ».

Or, ce fut par cette lettre que le gouvernement eut connaissance de la conspiration. Le messager, Christian Muller, au lieu de la remettre à Jacobus Krugel, le destinataire, la porta, sur le conseil de son frère, Diedrik Johannes, au field cornet van Wijk. Celui-ci la communiqua au landdrost adjoint du Graaff Reinet, van de GraafT, qui à son tour informa ses collègues, les fonctionnaires du district d'Uitenhage des graves événements qui se préparaient. Quatre jours plus tard, le i3 novembre i8i5, Hendrik Prinslo était arrêté et incarcéré au poste anglais de Van Aard, situé sur la rive droite de la Great Fish river (carte 3) .

Ainsi découverts et prévenus, les conjurés passent à Faction. Déjà, le ii novembre, Johannes Bezuidenhout avait renvoyé Gornelis Faber chez les capitaines cafres, pour les presser de nouveau d'envahir la colonie ; le i4 novembre il se présenta devant le poste de Van Aard,. pour demander la mise en liberté d'Hendrik Prinslo. Il avait alors autour de lui une troupe d'environ cinquante boers, grâce à cette circonstance que le field cornet provisoire de la Baviaan river nommé Willem Frederick Kruger, homme âgé et faible de caractère ^ sur lequel Bezuidenhout exerçait un puissant ascendant, avait, sans leur indiquer le motif de sa convocation, amené ses hommes.

L'officier commandant le poste de Van Aard ayant refusé de livrer son prisonnier, Johannes Bezuidenhout, craignant la dissolution de la petite troupe réunie autour de lui, obligea le field cornet Kruger à prononcer un serment par lequel les conjurés se vouaient une fidélité réciproque et menaçaient de mort les déserteurs. Quel-

ques assistants acquiescèrent en disant « oui » ou en levant leurs chapeaux, d'autres écoutèrent en silence. Puis Johannes Bezuidenhout emmena sa troupe, le commando (pour employer l'expression même des documents) sur la rive gauche de la Fish river. Ayant placé toulj son espoir dans le concours des Cafres, il attendait le retour de Cornelis Faber et ne voulait plus rien entreprendre avant de connaître l'issue de sa mission.

Après avoir erré deux jours sur la rive gauche de la Fish river, le commando revint le 1 7 novembre sur la rive droite et campa sur la colline de Slachters Nek. Le lendemain 18 novembre, l'insurrection fut brisée. Le landdrost Cuyler marcha du poste de Van Aard sur Slachters Nek à la tête d'une troupe mixte de soldats et de Boers fidèles. Des messages furent échangés, mais Cuyler exigea une reddition sans condition. Finalement dix-huit insurgés descendirent de la colline et demandèrent pardon en se jetant à genoux. Les autres se dispersèrent; quelques-uns allèrent se rendre au landdrost adjoint, van de GraafT.

Peu fermes, pour la plupart, dans leurs propos de révolte, quand les insurgés comprirent qu'ils jouaient leur vie, ils ne balancèrent plus à se soumettre. Tel J. Marthinus Klopper qui déposa au procès en ces termes naïfs : « Bezuidenhout nous dit qu'il fallait nous défendre, tirer et ne pas nous rendre ; mais je dis que j'étais encore jeune, que je désirais vivre longtemps et que je ne voulais pas être tué. »

La débandade fut hâtée par le retour de Cornelis Faber, qui rapporta à Slachters Nek, précisément pendant que le commando y campait, le refus définitif du capitaine cafre Geika de participer au soulèvement*.

I. En récompense de sa neutralité, Geika reçut, en janvier 18 16,

Les insurgés qui avaient fait leur soumission le i8 novembre, ceux qui se rendirent ou qui furent arrêtés ensuite, furent incarcérés à la prison d'Uitenhage, mais les plus compromis, Johannes Bezuidenhout, les deux frères Bothma, Cornelis Faber, Andries Meijer, essayèrent de se sauver en Cafrerie. Emmenant femmes et enfants dans leurs chariots, ils remontèrent la vallée de la Baviaan et s'engagèrent dans les défilés montagneux du Winterberg (carte 3).

Le 24 novembre, le landdrost adjoint Fraser à la tête de cent hommes et le field commandant Willem Nel, avec vingt-deux Boers, se mirent à leur poursuite. Ils découvrirent la trace des fugitifs grâce à un insurgé nommé Pieter R. P. Erasmus, qui fut payé de son concours par une promesse d'amnistie. Le 28 novembre ils arrêtèrent dans la vallée de la Riet * Andries Meijer et Abraham C. Bothma et, grâce aux renseignements qu'ils en tirèrent, dressèrent le lendemain une embuscade. Stephanus C. Bothma et Cornelis Faber apparaissent les premiers sur le chemin. En apercevant les soldats ils se sauvent, mais ils sont pris, Faber après avoir été blessé. Johannes Bezuidenhout apparaît ensuite ; on lui fait signe de se rendre; il s'y refuse, et est encouragé dans sa résistance par sa femme. A lui seul, il engage un combat contre tout le commando ; il tue un soldat, mais lui-même est blessé mortellement, tandis que sa femme et son fils Gerrit le sont légèrement.

du gouverneur de la colonie un cadeau composé de « onze tableaux de fantaisie, un pour chacune de ses femmes, et un pour lui même, six boites à amadou, seize couteaux, trois douzaines de jolis boutons )) .

I . Affluent de la Tarka, elle-même affluent de la Great Fish river (carte 3).

Lord Somerset, gouverneur général de la colonie, constitua pour juger les insurgés un tribunal spécial (a spécial commission), qui fut composé de deux membres de la cour de justice du Cap, P. Diemel et W. Hiddingh; le landdrost Cuyler fut nommé prosecutor, c'est-à-dire chargé du ministère public. Les audiences se tinrent à la drostdy^ d'Uitenhage du i6 décembre i8i5 au 22 janvier 181 6. Le chiffre des inculpés varia pendant le procès, des prévenus ayant été relaxés et certains témoins, au contraire, arrêtés à mesure que les détails de l'insurrection étaient mieux connus; il s'élevait à quarante-sept le 19 janvier 181 6, quand le prosecutor Cuyler lut son réquisitoire. Le lendemain, 20 janvier, le tribunal rendit un jugement par lequel, sur les quarante-sept prévenus, elle en condamnait six, Hendrik Prinslo, Stephanus et Abraham Bothma, Cornelis Faber, Theunis Christian de Klerk et Willem Frederick Kruger à la peine de mort par pendaison, un à la réclusion perpétuelle, douze à des peines variant entre sept ans et un an de réclusion, vingt et un à des amendes variant entre 200 et 5o thalers. Huit prévenus étaient acquittés.

La sévérité du tribunal s'explique par l'appel que les chefs de la conjuration avaient adressé aux Cafres; c'était de leur part un véritable acte de trahison, et s'ils avaient réussi, ils eussent de nouveau attiré sur leurs compatriotes les calamités que ceux-ci avaient subies en 181 1 et dont ils étaient à peine remis. « Ils ont, disait le gouverneur lord Somerset, dans un manifeste du 10 avril 181 6, requis le concours d'un ennemi hardi et sans pitié, qui avait été récemment repoussé par le courage des habitants, et par la vaillance de

Page 1