GUERRE ENTRE LA CHINE ET LE JAPON
Origines de la guerre. — Le conflit entre la Chine et le Japon a eu pour prétexte une querelle d'influence en Corée. Mais l'hostilité entre les deux États était ancienne, et depuis que le Japon, sortant d'une torpeur séculaire, s'était européanisé et tendait à prendre en Extrême-Orient une situation prépondérante, la lutte devait fatalement éclater entre lui et la vieille Chine, gardienne intraitable des traditions de la race jaune.
Isolé du continent asiatique, le Japon cherchait à y prendre pied, et la Corée, dont la saillie s'avance à quelques lieues de la pointe du Hondo, avec ses ports de Chemoulpo, Fousan, et Gensan, lui paraissait revenir naturellement à son expansion et à son influence.
La Corée est un pays très montagneux, couvert de belles forêts
exp. eur. (Append.) 2
riches en bois tle construction. Le versant orienlal est fertile, bien arrosé, et la cète est très accessible.
Accolée û la Chine, mais voisine du Japon, la Corée dut payer tribut tantôt à l'une, tantôt à l'autre. En 1876 et en 1885, les deux États semblèrent s'accorder pour recomiaïlre l'indépendance absolue de la Corée ; maïs les influences rivales continuèrent une lutte sourde, sous les apparences d'un conttomînium à titre égal. Des troubles fréquents survenaient en Corée, la turbulence naturelle des Coréau était excitée par les agents chinois et japonais.
En 1894, un Japonais fut assassiné à Chang-hai par un Chinois. Les réparalions demandées ne furent pas accordées. La Chine se préparait à prendre possession de la Corée, quand elle fut devancée par les Japonais,
Début des hostilités. — Le 23 juillet, un navire de guerre japonais torpillait le Koœshmig, qui transportait un millier de soldats chinois. En même temps un corps japonais, débarqué à Chenioulpo, occupait Séoul iL hattail à Selkwan les troupes chinoises du général Yeb, déjà en retraile sur Pîng-yang, à l'embouchure du Yalou, oui se concentrait l'armée chinoise.
Protégés par leur flotte, les Japonais débarquèrent de nouvelles Iroupes dans les deux ports rie Faisan et de Gensan. De son côté la Hotte japonaise cherchait la flotte chinoise et allait la provoquer jusqu'à Weï-haî-wei.
Bataille de Ping-yang (14, 15, 16 septembre). — Au mois d'août les deux armées avaient reçu de nombreux renforts.
Le maréchal Vamagala prenait le commandement du corps expéditionnaire japonais. De leur côté, les Chinois s» tenaient prés de la frontière de Corée avec un effectif de *JB,()00 hommes environ.
Les deux armées se trouvèrent en présence à Ping-yamj (14 et 15 septembre). Les Chinois, bien que protégés par un tle ave, se laissèrent tourner et durent évacuer leurs positions.
Après cette victoire, le maréchal Vamaaata poursuivit sa marche dans la direction du nord, mais lentement, obligé de traîner un convoi considérable, par suite du mauvais étal des chemins et du manque de re>*i.Hin:i':ï iln pays. L'urinée n'atteipiif lr tien vu Yalon, limite delà Corée, que le 1" octohre, après avoir parcouru 1 15 kilomelriî en treize jours.
Après quelques engagements, l'avanl-garde japonaise franchît la rivière le 24 octobre, et le 2<i l'armée entière se trouvait en face drs
lignes de Kin-Uen-ckeng. Les Chinois les abandonnaient sans résistance et s'enfuyaient dans toutes les directions.
Combat naval de Ya-lou. — Pendant ce temps, l'escadre japonaise réussissait à surprendre la flot le chinoise qui, jusque-là, s'était obstinée a ne pas se montrer. Le 17 septembre, aprèsavoir escorté les 31 bâtiments qui avaient servi à transporter la 3° division japonaise, l'escadre se dirigeait vers l'île de Tttkoit-sluin. quand, vers 11 heures du malin, la fumée des bâtiments de la flotte chinoise fut signalée par les vigies.
C'était en efTet la fiolte, commandée par l'amiral Ting, qui escortait un convoi de 7 a 8,000 hommes destinés à renforcer l'armée de Mandchourie. Elle était composée de 10 vaisseaux de guerre, dont 2 puissants cuirassés, le Chra-yum et le Ting-yuen.
Les Japonais avaient 12 bâtiment?, plus faibles peut-être, mais beaucoup plus légers et bien supérieurs en vitesse à ceux de la Hotte chinoise.
L'amiral Ting ne pouvait éviter le combat; il se porta immédiatement au-devant de la Hotte japonaise.
A midi, les Chinois ouvraient le feu à une distance de 5,000 à 6,000 mètres, sans effet. L'escudre japonaise ne commença le (eu qu'à 3 kilomètres des navires chinois. Le combat dura jusqu'à la nuit. La flotte chinoise, battue, se retira dan3 la direction de Port- Arthur, après avoir perdu ii vaisseaux, dont trois coulés, un incendié, un échoué.
Les Japonais ne perdirent aucun vaisseau ; le combat de Ya-lou leur coûta seulement 10 offlciers lues et 229 hommes hors de combal.
Première armée japonaise. Opérations en Mandchourie. — Après la prise de Kin-lien-chenfi, le maréchal Yamagala occupa sans coup férir les villes de Antong et Talong-Kow, sur le cours inférieur du Ya-lou.
Le plan de campagne consistait à chasser de la Mandchourie toutes les forces chinoises qui s'y trouvaient rassemblées, et de donner la main à la deuxième armée japonaise, qui allait commencer ses opérations dans la presqu'île de Liao-Ti/wi'j. Deux directions étaient indiquées : celle de \l.-ukd,:n an nord, celle île 7i ui-tchounng à l'ouest. Le maréchal Yamagala lança deux colonnes dans ces directions. La première, sous les ordres du général Tatsumi, devait contenir les troupes larlares du général Yi et l'armée du Liao-Yang.
Après une manifestation sur la route de Moukden et quelques engagements dans les montagnes, le général Tatsumi revint sur ses
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l'arrêtèreni Nodzu, qui reni-
pas et se porta contre les forças du général Yi, qui l'a longtemps.
La deuxième colonne, sous les ordre du général Nodzu, qui r plaça bientôt dans le comniimilernenl.de l'année le maréchal Yamagata, appelé au ministère de lit guerre, soutint une campagne très pénible, par un froid très rigoureux. Après une série d'engagements dans lesquels les Chinois firent preuve d'une opiniâtreté inattendue, par un climat rigoureux, elle s'empara de la ville de Niu-lchouang (4 mars), après un combat de rues acharné (du côté des Japonais, 300 morts; dit coté chinois, 2,000 tués ou blessés et 600 prisonnîe dont plusieurs généraux).
Enfin, grâce au renfort d'une division de la deuxième arm première armée s'emparait du port de Yung-lsu.
Opérations de la deuxième armée. — Pendant que la prei armée opérait en Mandehourie, la deuxième armée, composée division et demie et d'un parc de siège (36 pièces), sous les o du maréchal Oyama, s'embarquait le 18 octobre à Hiroshima 38 transports, avec mission de s'emparer de Port- Arthur.
Les troupes, débarquées à Kouanheo, sous la protection de l'es dre japonaise, se portèrent immédiatement en avant et s'empi rent, le 6 novembre, de In position de Cl'iu-Chvw, point slrak'gique important, situé à l'étranglement de l'isthme qui soude au continent la presqu'île de Ta-lien-wan et celle de Port-Arthur.
LeiG novembre, les Chinois abandonnaient, sans défense sérieuse. la position fortifiée de T't-tim-wan.
Maîtres de la clef du grand arsenal de la Chine, les Japonais mirent en œuvre immédiatement leur parc de siège, et le 21) novembre ils enlevaient les premiers ouvrages de Port-Arthur. Le 21, la ligue des forts, battue par toute l'artillerie et les feux de l'escadre, était prise d'assaut par l' infanterie.
Les Japonais tenaient ainsi la presqu'île de Liao-Toung et l'entré* du golfe du Pe-tc!u-li. La flotte chinoise, depuis la défaite du Yn-lou, restait confinée sous le canon, de Weï-haï-weï, dont les défenseï étaient déjà démoralisés.
Prise de Weï-haï-weï. — Une troisième armée, commandée le maréchal Oyama, avec un effectif de 18,000 h., fnt formée .VL'a-li wan. Elle débarquait du 21 au 23 janvier a Lou-chou-l.ao, et se dirigeait en deux colonnes sur VVct-liai-wei, distant d'environ :i0 km.. après plusieurs journées de combat, elle s'emparait de celte grande ce forte le 1e' février.
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L'amiral Ito, de son côté, réduisait la flotte chinoise à capituler.
L'amiral Ting, ne pouvant survivre à sa défaite, se donnait la mort, ainsi que plusieurs des capitaines de vaisseau.
La mer appartenait désormais à la flotte japonaise, qui s'emparait des îles Pescadores, bombardait Hang-tchéou et débarquait à Formose un corps expéditionnaire, chargé de conquérir l'île.
La Chine n'avait plus ni flotte ni armée. Le vieux Li-hung-chang conseillait lui-même de traiter avec les Japonais, qui se préparaient à marcher sur Pékin. L'intervention des États européens et des États-Unis se faisait d'ailleurs sentir.
Traité de Simonosaki (17 avril 1895). — Par le traité de Slmonosaki, la Chine cédait au Japon la presqu'île de Liao-Toung avec Port- Arthur, l'île de Formose, les Pescadores, et payait une forte indemnité de guerre (825 millions de francs), garantis jusqu'à payement intégral par l'occupation de Weï-haï-weï.
L'indépendance de la Corée était reconnue.
L'intervention de l'Angleterre, de la France et de la Russie modifia les conditions du traité, qui donnait au" Japon une situation trop prépondérante et violait l'intégrité du territoire chinois sur le continent; le Japon consentit à rendre à la Chine la presqu'île de Liao- Toung, moyennant une augmentation de la contribution de guerre.
Mais la clause la plus importante peut-être du traité de Simonosaki est celle par laquelle le Japon, très habilement, fait ouvrir au commerce étranger, et par conséquent à lui-même, de nombreux ports des fleuves chinois, et autoriser l'importation des machines et de certaines marchandises, et la création d'usines et de fabriques.
C'est une révolution qui se prépare en Chine. Le vieux monde chinois, réfractaire jusqu'ici aux innovations scientifiques et industrielles et à la modification de ses mœurs et de ses institutions plusieurs fois séculaires, va être attaqué non seulement par les Européens, mais surtout par les Japonais, de même race, plus à même par conséquent de remuer et de transformer un état social qui était encore le leur il y a à peine trente ans.
Le Japon a une industrie déjà très florissante, que ses ingénieurs et ses fabricants, aidés par une main-d'œuvre à très bas salaire, développent de jour en jour. Leurs produits feront concurrence à ceux de l'Europe, d'abord sur les marchés chinois et asiatiques, plus tard peut-être sur les marchés européens. Et ils comptent sans nul doute attirer bientôt la Chine dans leur sphère commerciale et industrielle.
Le Japon, en prenant possession de Eormoseetdeslles Pescadores, que l'amiral Courbet signalait comme les plus importantes positions stratégiques des mers de Chine, devient, pour ainsi dire, l'Angleterre de l'Extrême-Orient, el son ambition, excitée par ses récentes victoires, aspire à. y supplanter les puissances européennes, en attendaut qu'il les en expulse.
L'armée et In marine jnnonaises.
Armée. — L'empereur (mikado) est le chef de l'armée; il est assisté d'un ministre de la guerre, d'un major général, et d'un service d'inspection.
Le service militaire est obligatoire, avec des exemptions nombreuses, de 17 à 40 ans.
Service actif, 3 ans.
Réserve, 4 ans.
Armée territoriale, 5 ans.
Armée nationale, de 17 à 40 ans.
Le Japon peut mettre sur pied plus de 250,000 hommes instruit encadrés par 4,700 officiers et 14,(100 sous-officiers.
L'effectif de paix est d'environ 60,000 ; on projette de 100,000, en augmentant le nombre des divisions de 6 à 1
Les 6 divisions actuelles sont a, Tokio, Sendaî, Nagoya, Oi Hiroshima, Kumamoto. La division de la garde est à Tokio.
Marine. — Eu juin 1806, la marine japonaise comptait 46 menls, dont 11 croiseurs rapides, 29 torpilleurs.
En construction, 2 cuirassés, 1 croiseur, 1 aviso.
En projet : 4 cuirassés, 10 parties-côtes, 30 rToiseurs-lorpilkui-. 50 torpilleurs. Fonds votes : 200,000,000 yen. Ce serait le douldemeni de la flotte actuelle. Le personnel est excellent et tout entier japo*
La marine marchande est importante, Ony compte i,500 navii de construction européenne, dont 745 vapeurs, el 17,000 navii construction japonaise.
Le Japon possède plusieurs compagnies de navigation.
Les chemins de fer en Chine et au Japon.
H n'existe encore en Chine que trois tronçons de chemins de fer. deui partant de Ta-kou, aboutissant, l'un a Tien-t&in, l'autre a Chan-haï-kouaii, le troisième reliant Wou-tchang, sur le Vang-Uikiang, à des mines de charbon des environs de cette
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Depuis le traité de Simonosaki, le gouvernement chinois semble comprendre l'intérêt d'un réseau ferré desservant les riches provinces de l'empire et les ports de la côte. Il se décide prudemment à cette violation du sol chinois, faisant un appel réservé aux constructeurs européens, en attendant que les ingénieurs chinois, formés à leur école, puissent eux-mêmes diriger les travaux. Les projets en instance sont les suivants :
Ligne de Mandchourie, prolongement du transsibérien, sur laquelle seraient embranchées plusieurs lignes, entre autres celle allant à Moukden.
Ligne de Lang-son à Lang-tchéou , qui vient d'être concédée à une compagnie française, avec prolongation probable sur Outchéou.
Ligne du Kiang-si; les travaux sont commencés sur la ligne de Chang-haï à Noosung.
Une compagnie anglaise a traité pour le chemin de fer de Tientsin à Pékin .
Grand central Pékin— Han-Kéou. Une souscription est ouverte pour la construction, qui serait confiée à un syndicat franco-russe.
Le Japon possède actuellement 3,600 km.de voies ferrées, et 1,100 sont en construction. Le personnel est japonais; le matériel est fourni par l'Angleterre, mais l'industrie japonaise tend à éliminer toute importation étrangère. Déjà Kobé possède des ateliers où l'on construit des locomotives.