I. — Routes de l'Algérie au Soudan par le Sahara
Plusieurs tentatives particulières ont été faites pour traverser le Sahara et relier le Niger et le lac Tchad à l'Algérie. Ces efforts ont encore échoué par suite de l'hostilité constante des Touareg, et aussi par l'imprudence, le défaut de précautions ou la faiblesse d'organisation et de résistance des explorations et reconnaissances.
L'entreprise du marquis de Mores, qui partait de la Tunisie avec l'illusion d'établir un courant d'échanges commerciaux entre les oasis de la Tripolitaine et les ports de Tunisie, s'est terminée prématurément par la mort de son chef, assassiné dès son entrée sur les territoires de parcours des Touareg.
MM. Foureau, d'Attanoux, Méry, ont essayé de renouer les relations établies par MM. de Polignac et Duveyrier avec certaines fractions des Touareg. Ils ont pu s'assurer que quelques chefs avaient conservé le souvenir respectueux de la parole échangée, mais qu'il fallait néanmoins renoncer à s'ouvrir le désert autrement que par la force. .
La conquête du Sahara, si tant est qu'elle importe à la prospérité commerciale de nos colonies de l'Afrique septentrionale et occidentale, n'est possible qu'à deux conditions : fonder des postes fortifiés, occupés par des troupes spéciales, aux puits et oasis qui sont les nœuds vitaux du Sahara, et construire la voie ferrée.
Le Sahara, que l'on a comparé à un océan, dont les Touareg sont les pirates^ et les oasis les ports de relâche et d'abri, ne pourra évidemment être traversé en sécurité qu'après en avoir expulsé les Touareg ou les avoir amenés, comme l'espèrent quelques voyageurs, à être eux-mêmes les convoyeurs du désert, au lieu d'en être les exploiteurs.
Le résultat ne semble pas près d'être atteint. Le gouvernement ne s'engage qu'avec une prudence excessive dans la pénétration
armée du Sahara., et l'entreprise privée recule devant les difficultés de l'établissement d'une voie ferrée et le peu de proportion entre le chiffre considérable des dépenses nécessaires et les bénéfices d'une exploitation très aléatoire.
Jusqu'à maintenant, les efforts officiels se sont bornés à la prolongation de la ligne ferrée de SaUlit-Aïn-Sefra sur Djenien-Bou- RezQ, poste le plus avancé du Sud-Oranais, et à la construction de quelques forts au sud d'Kl-Goléa.
H a été plusieurs fois question d'occuper définitivement les oasis du Touat et de mettre garnison à Aln-Salah; au mois de septembre 1806 une colonne a même élé formée dans ce but; la marche en avant a élé ajournée. Une reconnaissance préliminaire, conduite par le commandant Godron, du cercle de Géryville, s'est assurée pourtant, en 180 j, que les populations sédentaires de l'oasis accueilleraient favorablement l'occupation française, qui les délivrerait de la terreur des Touareg.
Le commandant Godron a prouvé d'ailleurs récemment qu'on peut venir à bout des bandes de pillards avec les goums indigènes eux-mêmes. Il a exécute en i 806 deux raids très remarquables dans les régions entre l'Oued-Namous et l'Oued-Zousfana, razziant des tribus pillardes, coupables de l'assassinat du lieutenant Collot, lue en 1896, pendant un levé tupographique.
Le chemin de far de rrjenipn-fiou-Rezg n'est pas encore terminé; le tronçon à construire a 72 km., mais il faut traverser la cbatne des lisour. DjemeiiBou-He'.g esta 23 km.de Figuig.
Les routes qui conduisent d> Laghouàt et de Hiskra sur le Touat et le plateau d'Air sont commandées aujourd'hui par des bordjs, où ont élé créées des troupes montées sur méhari (spahis mêharistes). Ce sont :
Les fortsde Hassi-Inifei, Htisai-Chebnba (Miribel), Hassi-cl-Homeur (Mac-Mahon},étab!iseui893,eltf^ssi-&W-Himm(LalleDiand)enl8l>$.
H. — Afrique occidentale et centrale française.
Le décret du 16 juin 1893 avait constitué les possessions françaises de l'Afrique occidentale et centrale en trois groupes distincts :
1" le gouvernement général de l'Afrique occidentale française, comprenant le Sùnéyal, le Soudan [ratifias., la Guinée française, la cale d'Ivoire;
2° le Dahomey et dépendances; 3° le Congo français.
Par décret du 2"; septembre I8!>6, la colonie delà cote d'Ivoire a été détachée du gouvernement général de l'Afrique occidentale.
Le gouverneur général, résiliant h .^>rint-Lùuix, représente le gouvernement de la République dans les colonies et exerce l'autorité directe sur le Sénégal. Les autres colonies ont une autonomie administrative. Des gouverneurs particuliers résident à Konakry (Guinée française), et un lieutenant gouverneur à Kayes (Soudan français) '.
Toute la direction politique et militaire de ces colonies est dans les mains du gouverneur général, qui est assisté d'un officiel' général ou supérieur, commandant en clieHes troupes des quatre colonies.
Le gouverneur du Dahomey réside à Kolonou et doit adresser au gouverneur généra! de l'Afrique occidentale française un duplicata de tous les rapports politiques et militaires. Il eu est de même du gouverneur de la côte de l'Ivoire, qui réside h Grand-Bassam.
Le gouverneur du Congo français réside à Libreville.
Depuis 1833, une série de conventions d'arrangement et de délimitation5 ont modifié sensiblement les frontières et les hinlerlands des possessions françaises de l'Afrique occidentale et centrale. Mais, chaque année, les missions envoyées par chaque puissance intéressée se multiplient, des traités plus ou moins réguliers, signés par les explorateurs avec des chefs indigènes, en même temps que des établissements de postes, souvent provisoires et temporaires, donnent lieu à des discussions diplomatiques, quelquefois même à des conllits. On peut dire que, si la côte africaine est aujourd'hui nettement divisée entre les différentes puissances européennes, les délimitations et zones d'iniluence de l'intérieur sont toujours sujettes à modification, et à la merci d'incidents, dont le règlement est souvent difficile et traîne toujours en longueur.
1. Le cheMieu du Soudan français a été établi à Kayes, sur le Sénégal, parce que c'est la tfite de la navigation du Sénégal et le point d'attache de la voie ferrée de Kayeï-Bafoulabé et des nulles vers le Niger.
2. 1° Convention franco-allemande (tévr. 1894), frontière entre le Congo français et le Cameroun (voir p. B4).
20ConveJltiousfrnnco-ubérk-ui]t^{S dé rctnbrc i8!)i! et Hljuillett894), délimitant le- pn^e^ious de la cote il 'Ho ire et de lu république île Libéria.
3o Traité tougo-portugais (Si mars 1894}, fixant les limites entre Angola et te Congo.
4° Trailé auglo-liel^e (12 mai ISiH . 1 no d'il Ni pur le traité franco-belge.
5» Traité franco-belge {14 aoiH 1SU5), fixant au nord les limites de l'État indépendant et du Congo Irai unis. (Voir p. 56.)