LES ANGLAIS EN AFRIQUE
Gambie et Sierra-Leone.
A la suite de la convention du 21 janvier 1895, une commission anglo-française a délimité les frontières de la colonie de Sierra- Leone, en se tenant en générai sur la ligne de partage des eaux du Niger et des rivières de Guinée. La position de la source du Niger, à Tembi-Kounda, a été rectifiée (9° 5' 20"lat. N. et 13° 7' long. 0.).
Le tracé ne laisse de ce côté aucun hinterland à la pénétration anglaise. Il semble que les Anglais ne trouvent aucun intérêt, au moins pour le moment, à étendre leur influence et leur commerce dans la région du haut Niger. Ils y reconnaissent politiquement la France comme puissance exclusivement souveraine, et tournent leurs efforts du côté du bas Niger, dont le champ d'action leur paraît plus productif. Cela n'empêche pas les tentatives individuelles d'officiers, d'explorateurs et de commerçants, qui se heurtent parfois avec une certaine mauvaise foi aux postes et aux reconnaissances françaises.
Golfe de Guinée. — Côte de l'Or.
La Côte de l'Or, comme la colonie de Sierra-Leone, devrait être une enclave dans la région française du Niger. Mais la délimitation n'est pas réglée, et Fhinterland reste ouvert. En janvier 1896, l'Angleterre a annexé à la colonie de la Côte de l'Or le pays des Achantis, que les conventions avec la France avaient d'ailleurs laissé sous son influence.
Depuis l'expédition de 1878, les Achantis étaient restés tranquilles en apparence, mais ils se montraient toujours hostiles à la pénétration européenne. Les Anglais, comprenant l'intérêt qu'il y avait pour eux à occuper le pays et à en faire la base d'une concurrence aux influences française et allemande dans la région de la haute Volta, se décidèrent à imposer au roi des Achantis un protectorat plus étroit, en même temps qu'ils formaient le projet de construire une voie ferrée de pénétration. Le roi Pempreh ayant refusé de recevoir à Coumassie un résident anglais, une expédition fut organisée. Préparée, comme toutes les expéditions anglaises, avec le plus grand soin, la colonne expéditionnaire, sous les ordres de sir Francis Scott,
atteignait Coomassie le 17 janvier, après vingt jours de marche, sans combat, et sans autre perte que 3 morts de maladie, dont le prince Henri de Battemberg, décédé en mer pendant qu'on le rapatriait. Le roi Pempreh avait fait sa soumission avant même le départ de l'expédition. 11 ne lui en fut pas tenu compte ; il fut déposé et interné.
Un résident et une garnison de 700 h. ont été laissés à Conmassie, et des traités ont déjà englobé plusieurs tribus du Nord sous le protectorat anglais. Si les Anglais mettent à exécution, ce qui est probable, leur projet de construction d'une voie ferrée partant de Cape-Coast, la colonie de la Côte de l'Or s'interposerait bientôt dans la boucle du Niger entre les hinterlands français du haut Niger et du Dahomey. Le pays de Kong, placé par le capitaine Binger sous le protectorat de la France, est occupé actuellement par Samory, qui s'y taille un nouveau royaume. Les Anglais cherchent à nouer avec lui des relations politiques et commerciales, surtout depuis qu'il a refusé de recevoir, en 1896, le capitaine français Braulot. Mais il semble que Samory veuille rester indépendant et n'agir qu'au mieux de ses intérêts, en attendant que Français ou Anglais en unissent avec lui par une expédition décisive.
La population de la Côte de l'Or, avec les Achanlis, est évaluée à 1,500,000 hab., dont 150 Européens. On compte une vingtaine de ports, tous avec wharf. Le trafic dépasse trente millions de francs.
Côte de l'Huile, Bénin et bas Xiger.
On peut confondre sous le nom d'Établissements anglais du yiger trois régions adminislrativement distinctes : la colonie de Lagos, le Protectorat de la côte du Niger, et les Territoires de la Chartered Royal Niger Company.
La Compagnie Royale du Niger, qui devait d'abord se bornera l'exploitation des territoires entre le golfe de Guinée, le moyen Niger et la Bénoué, étend de plus en plus son action au nord, non seulement sur la rive gauche du Niger, vers les régions du Sokoto et du Bornou, placées par la convention de Berlin dans la zone de l'influence anglaise, mais surtout sur la rive droite, vers le pays haoussa, entre le Dahomey et le Niger. Dans un de ses derniers rapports, le président de la Compagnie expliquait cette extension des postes commerciaux et militaires par la nécessité de lutter contre les ambitions rivales de la France et de l'Allemagne.
Les agents de la Compagnie prétendent avoir passé de nombreux
traités avec les indigènes de chaque côté du Niger; les explorateurs français et allemands en disent autant. Il est difficile de distinguer le bien-fondé de leurs affirmations contradictoires, dans ces pays où les signatures s'extorquent ou s'achètent, et souvent même n'ont aucune valeur, par suite de l'instabilité et de la confusion des chefs indigènes. Possession vaut titre; c'est encore le meilleur moyen d'assurer ses droits dans ces hinterlands, et les Anglais de la Compagnie du Niger pratiquent nettement cette conclusion positive des controverses diplomatiques et des conflits d'explorateurs. Des faits récents sembleraient prouver que l'on s'est décidé en France à user de celte politique du beati possidemus et à bénéficier des traités par une occupation effective1.
Actuellement les postes de la Compagnie du Niger les plus avancés au nord sont : Léoba, sur le Niger, en amont de Badjibo (ancien fort Arenberg), occupé également par un poste anglais; Loko, sur la Bénoué ; Yola, qui fut occupée pendant un an par un poste français, à la suite de l'expédition Mizon ; Ilorin, au nord du Bénin.
Entre le Niger et le Dahomey, le territoire contesté porte sur le Borgou et le Gourma2.
Sur la rive gauche du Niger, la Compagnie du Niger vient de s'emparer effectivement de Bida, ville importante et capitale du pays de Noupé. Avec ses propres troupes, composées en majorité d'indigènes haoussas, elle a dirigé une expédition, qui a eu raison, non sans une vive résistance, des peuples foulbès et musulmans de cette région (janvier 1897). L'annexion de Bida aura un grand retentissement dans le Soudan. Bida est, en effet, un centre intellectuel, si on peut s'exprimer ainsi, dans ces pays barbares ; l'islamisme a civilisé à peu près les habitants, et le rayonnement de ce foyer religieux s'étend jusque dans le Sokoto.
Pendant que la Compagnie Royale du Niger annexait Bida et le Noupé, une autre expédition était dirigée par le protectorat de la côte du Niger contre le roi du Bénin, tyranneau sanguinaire comme Tex-roi de Dahomey Béhanzin, qui refusait de reconnaître le protectorat anglais. Après une marche pénible à travers la forêt •équatoriale, harcelés par des ennemis dissimulés dans les fourrés, les Anglais ont réussi à enlever la ville de Bénin et y ont laissé une garnison de Haoussas.
1. Occupation de Ouaghadougou, dans le Mossi ; de Boussa, sur le Niger ; de Nikki, dans le Borgou ; de Fado, dan9 le Gourma.
2. Le capitaine Lugard, envoyé en mission vers le Borgou, n'a pu dépasser Nikki.
Un chemin de fer est commencé de Lagos à Abeokouta, capitale des Egbas.
La question du Transvaal.
Le Transvaal a subi, depuis 1884, une transformation profonde, due à la découverte des mines d'or du Wittwaters Rand, communément Rand. D'État agricole et pasteur, dont la paix semblait assurée parle traité de 1884 avec l'Angleterre, il est devenu du jour au lendemain une nouvelle terre de l'or, sur laquelle s'est précipitée, comme autrefois au Mexique et en Californie, une foule cosmopolite d'immigrants avides, âpres à la curée, disposés à considérer leur champ d'exploitation comme leur appartenant par droit de conquête. Il en est résulté entre les Boërs et ces nouveaux arrivants, dits Uitlanders, c'est-à-dire étrangers, une tension de rapports, qui s'est aggravée de ce fait que la Compagnie anglaise de l'Afrique australe (South-Africa Chartered Company), vulgairement la Charter ed, a appuyé les prétentions des Uitlanders, non seulement de son influence et de son crédit, mais par des moyens violents, tels que l'équipée récente du Dp Jameson.
Les Uitlanders sont, en eifet, pour la plus grande partie, d'origine britannique, et entre Johannesburg, la capitale du Rand transvaalien, et le Cap, se sont resserrées rapidement des relations financières, commerciales et politiques, qui ont fait, pour ainsi dire, de cette région aurifère du Transvaal une dépendance de la colonie du Cap. Les Boërs, insensibles à l'appât de l'or, sont restés groupés autour de Pretoria et dans leurs grandes fermes, séparés peu à peu de l'État d'Orange et de la côte par le Rand, dont la population s'est accrue sans relâche, passant de quelques fermiers en 1889, à 150,000 habitants en 1896, dont 35,000 Européens (20,000 Anglais) et 100,000 nègres employés au travail des mines.
Les Uitlanders anglais, forts de leur nombre, prétendirent alors posséder, au même titre que les Boërs, les droits politiques et civiques. Ils réclamèrent une part proportionnelle à leur nombre dans la représentation du Transvaal, et l'allégement des lourdes taxes imposées aux mines d'or; mais en même temps ils se refusaient à la naturalisation et voulaient conserver leur nationalité. Leur duplicité était manifeste, et le gouvernement transvaalien comprit que, s'il cédait à de pareilles prétentions, il serait absorbé à bref délai par l'Angleterre, qui déjà se prévalait des droits de suzeraineté inscrits dans la convention de 1884.
Cette situation devait amener fatalement des conflits, aussi bien entre les Boërs et les Uitlanders qu'avec les Anglais. La question du Transvaal a été ouverte en effet brusquement par une audacieuse violation du territoire transvaalien, exécutée en pleine paix, sans déclaration de guerre, avec les troupes mêmes de la Chartered Company, qui sont chargées d'assurer la garde et la police des territoires avoisinant le Transvaal.
Un complot fut ourdi entre les Uitlanders de Johannesburg et la Chartered Company, sous l'inspiration occulte de Cecil Rhodes, premier ministre de la colonie du Cap, et à l'insu, semble-t-il, des autorités officielles anglaises, qui ne l'auraient appris qu'au moment de l'exécution. (Ceci nrest pas certain.) Il avait été convenu que les Anglais de Johannesburg se soulèveraient contre l'autorité transvaalienne, et qu'à ce signal, considéré comme un appel, une colonne de troupes de la Chartered, concentrées à Mafeking, sur la frontière transvaalienne, envahirait le Transvaal et marcherait sur Johannesburg. Les conjurés espéraient surprendre les Boërs sans défiance. Les Uitlanders, en effet, très excités contre le gouvernement de Pretoria, lui adressaient, le 1er janvier, un ultimatum menaçant, après avoir prévenu auparavant le Dr Jameson, chef de la colonne réunie à Mafeking. Le 30 décembre, sans délai, ce dernier pénétrait sur le territoire transvaalien. Mais les Boërs étaient sur leurs gardes : le général Joubert, le vainqueur de Mazuba, réunissait ses Burghers, et le 1er janvier Jameson était arrêté près de Krùgersdorp, à 21 milles de Johannesburg. Après un combat de deux jours, pendant lequel il essaya de tourner les positions des Boërs et de se rapprocher de Johaunesburg, qu'il croyait en révolution, il fut entouré et mit bas les armes. Johannesburg n'avait pas bougé, devant l'attitude énergique prise par les Boërs et sur le désaveu formel, envoyé immédiatement par le gouvernement du Cap à la première nouvelle de l'incursion Jameson.
Cet acte de flibusterie fut blâmé officiellement par le gouvernement anglais, et l'opinion publique en Europe s'en est émue au point de prendre nettement parti pour garantir l'indépendance du Transvaal. L'empereur d'Allemagne envoya au président Krûger une dépêche retentissante, le félicitant d'avoir repoussé, sans l'aide des puissances amies, l'attaque dont il avait été l'objet. Il marquait expressivement par là que l'Allemagne considérait les Boërs comme des compatriotes, et qu'elle ne souffrirait pas volontiers leur absorption par l'Angleterre.
En Angleterre, l'opinion publique ne partagea pas le blâme offi-
rtoi,
rOK*-
ciel, et le jugement du Dr Jameson et de ses complices, que la modération des Ituérs avait simplement bannis du Tr;ii'isva;il,rn] lieu diles fusiller, comme ils le méritaient, donna lieu a Londres et d;ms le Hoyaume-Uni à des manifestations caractéristiques en leur bivrui. Il est probable que, si l'opération avait réussi, le gouvernement anglais l'aurait sanctio nnée, en dépit de l'opposition de l'Allemagne et de l'Europe.
Les difficultés ne sont pas aplanies d'ailleurs, et la situation toujours tendue. I.e gouvernement du Transvaa], fort di et de l'appui moral que lui a donné l'Allemagne, réclame l'abi tionde la clause de vassalité inscrite dans laconvenlion de 188*, et Tient de conclure avec l'Élat libre d'Orange une alliance défensive contre toute agression menaçant leur indépendance. L'idée d'une fédération est réservée, mais ce traité a suffisamment inquiète le? Anglais pour qu'ils songent ,i régler définitivement la question transva.ilienne de gré ou de force. On ne peut prévoir l'issue des conflits, qui se dérouleront sans doute d'ici peu. Les BoSrs ont prouvé à plusieurs reprises leur énergie et leurs qualités guerrières; mais, entourés parles colonies anglaises, ils ne pourraient certainement pas résister a une forte expédition anglaise, soutenue par les liitlanders, s'ils ne reçoivent pas un appui effectif de la part des puissances européennes intéressées.
En tout cas, l'union des Afrikaiiders de l'Afrique australe, rêvée par Cecîl Rhodes, et qui a encore ses nombreux partisans, même parmi les Boérs, semble, sinon compromise, du moins relardée. L< Transvaal a intérêt pourtant à ne pas s'isoler de ce mouvement da fédération de l'Afrique australe, lioërs et Anglais peuvent s'entendre, la première effervescence des démêlés politiques une fois passée, pour le développement et l'exploitation des richesses naturelles du pays. Plus que toute autre région, le Transvaa! est dans une voie remarquable de prospérité. En se développant d'une façon si extraordinaire, l'industrie minière a déterminé un grand ment commercial, auquel participe également l'Etat libre d'Urnnye, Ce dernier, plus favorisé que le Transvaal au point de vue ogrii l'alimente en partie.
Le rendement de i'or au Trausvaal a dépassé 2 millions d'onci 189t>; la populalinn augmente sans cesse; cl si l'on compte beaucoup d'aventuriers, le nombre des immigrants sérieux, fixent dans le pays ou y dirigent des établissements solides, est sidérable et garantit la prospérité du pays. Jusqu'en 1&9S, les immigrants français étaient rares. Le bruit tail
riri-c.
autour du Transvaal y a attiré une petite colonie française, qui grossit de jour en jour. Nos négociants et industriels y trouveront un champ de concurrence très large encore et très rémunérateur contre les Anglais, les Hollandais et les Allemands. Il serait intéressant de provoquer entre nos établissements de Madagascar et le Transvaal un échange de produits et d'immigration, qui serait très avantageux à notre nouvelle colonie. Lors de l'expédition de Madagascar, des Boërs proposèrent de venir combattre dans nos rangs; on pourrait facilement se les attirer en leur offrant de vastes concessions.
Chemins de fer. — Le Transvaal est rattaché aux grands ports de l'Afrique australe, le Cap, Port-Élizabeth, East-London, Durban (Natal) et Lourenço-Marquez.
Le réseau intérieur comprend :
l°la ligne Krugersdorp-Johannesburg-Springs-KlepsdorfT;
2° la ligne du Vaal à Johannesburg-Pretoria, 125 km.;
3° la ligne de Pretoria à Komati (frontière du Mozambique), 473 km.;
4° la ligne d'Elsburg à Gharlestown (Natal), 254 km.
Le Transvaal étend son protectorat depuis 1895 sur le Swaziland, qui lui a été cédé par l'Angleterre.
Zambezia et Rhodesia.
La British South Africa Chartered Company, ou la Chartered, comme on l'appelle vulgairement, est devenue à elle seule une sorte d'État dans l'Afrique australe, et son influence y est prépondérante. Les colonies du Cap et de Natal sont en concordance d'idées et d'action avec elle; et si l'appui officiel du gouvernement anglais semble parfois lui faire défaut dans certaines circonstances critiques où elle a engagé un peu témérairement sa responsabilité, elle n'ignore pas que l'opinion publique en Angleterre la soutient, et que la politique anglaise suit toujours d'un œil favorable les progrès de l'expansion britannique.
La Chartered, fondée en 1888 pour l'exploitation des mines du pays des Matébélés, et nantie en 1889 d'une charte lui donnant, au nord du Betchouanaland, tous les droits financiers commerciaux et militaires d'un État particulier, sous la haute autorité de la reine, possède aujourd'hui de vastes territoires, dépassant en superficie le quart de l'Europe, s'étendant du Betchouanaland, au sud, àla frontière
de l'État du Congo, au nord, et du Sud-Ouest allemand et de l'Angola portugais, à l'ouest, au Mozambique et a l'Est-africain-allemand, à l'est. Comme le disait Ceci! Rhodes en 1835, " la Ctiarlered lient le sol et le sous-sol, de Mafd*m« au Tani-unyika, sur une superficie de plus de l ,600,000 kq. » La région du Nyassaland seule constitue un protectorat distinct, et encore la Chartered y a-t-elle de nombreuses s minières.
, qu'on appelle Zwnbesîa, et aussi Rlfid'^bt en l'honneur de Cecil Rhodes, constitue un champ d'exploitation 1res varié, dont les mines d'or, de diamant et autres minerais pour le moment sont l'élément le plus important. Hais beaucoup de régions sont aussi favorables à l'élevage et à la culture, entre autres la contrée tempérée avoi-maui ]'Oue?l -africain-allemand.
La Chartered a déployé une activité remarquable dans la mise en rapport de ces territoires. Des routes ont été ouvertes avec une rapidité es traord inaire, en utilisant les noirs, que la Compagnie protégeait ainsi contre les pillards malébélés. Le réseau ferré a marché en même temps que l'expansion de la Chartered; une grande ligne va duCapàMafeking, et sa prolongation sur Fùrt-Salisbun/ par Boulouwayoest envoie d'exécution. Roulouwayo sera sans doute atteint a!a fin de 1897, et le trajet du Cap ù ce point sera d'environ 100 heures. Forl-Salisbury sera également relié à Iteïra, sur la cote de Mozambique; cette li^ne sera la voie la plus courte et la plus économique d'Europe dans la Zambezia.
Malgré sou activité et des bénéfices jusqu'ici assez rémuuérateui la Chartered n'est pas encore dans une situation absolument sût Cela lient à deux causes : 1° à l'ambition de ceux qui la dirigent et qui voudraient englober dans leur sphère d'action loute l'Afrique australe; 2° à l'état du pays lui-même, troublé par les résistances e' les révoltes des indigènes, des Malébélés entre autres, et trop souvent ravagé par des épidémies préjudiciables à la colonisation.
leurs, sûre-
rique cese' uvenl
,pent pays
Les Matébélés. Conquête et révolte. — Les Malabélés occupen un territoire très vaste entre le Zambèze cl le Limpopo. Ce pays est riche, bien arrosé, boisé, et renferme de nombreux gisement! aurifères. Les Matébélés, de la même famille que les Zoulous, sont belliqueux et barbares, mais assez bien organisés. A l'époque où les Anglais pénétrèrent dans ces régions, leur roi lubenjuta, d.'s|"ji>sanguinaire, mais inlelligenl, leur accorda des concessions mînîèrtl moyennant des armes. Il se procura même des fusils se chargeant par la culasse, et ne craignit pas de pousser ses inc
sur le territoire anglais. La Chartered n'hésita pas à profiter de l'occasion. Elle avait déjà des postes installés aux forts Charter, Victoria, Tuliet Macloutsie, dans les territoires concédés. Quatre colonnes partirent de ces postes en octobre 1893 et convergèrent sur Boulouwayo, capitale des Malébélés. Ces derniers, deux fois battus, abandonnèrent Boulouwayo, qui fut occupé le 4 novembre. Lobengula, en fuite, voulut traiter d'abord, mais il aurait sans doute continué à tenir la campagne, s'il n'était mort en février 1894.
Le Matébéléland fut incorporé dans les domaines de la Chartered. Une police indigène fut organisée par les soins du Dr Jameson, qui avait dirigé la conquête. La pacification se serait effectuée sans aucune résistance nouvelle, si la Chartered n'avait pas dégarni le pays pour attaquer le Transvaal. Jameson emmena avec lui la plus grande partie des troupes blanches. Son échec eut un grand retentissement dans toute l'Afrique australe. Les sentiments d'indépendance des Matébélés étaient encore vifs, et l'oppression de la Chartered se faisait précisém ent sentir, d'une part, par le régime du travail forcé qu'elle imposait aux indigènes, et, d'autre part, elle venait de prendre une mesure rigoureuse en faisant abattre, sans aucune indemnité aux propriétaires indigènes, tous les troupeaux où se manifestaient des cas d'une épizootie récemment déclarée dans ces régions d'élevage. En quelques semaines, par suite de l'absence des troupes blanches, l'insurrection devint générale; les blancs furent massacrés, en représailles de la destruction des troupeaux. Les Machonas suivirent le mouvement.
Dans plusieurs combats, les Matébélés tinrent en échec les colonnes anglaises. Ils bloquèrent quelque temps Boulouwayo. Rejetés dans les monts Matoppo, ils résistèrent énergiquement. Mais les Anglais, pour en finir, brûlèrent systématiquement les kraals (villages) et détruisirent les troupeaux. Les Matébélés, réduits à des poignées d'hommes, sans vivres, fauchés par les mitrailleuses Maxim, ont mis bas les armes à la fin de 1896. Huit mille indigènes ont été tués. Le pays est ravagé pour longtemps, sans que l'ordre soit assuré.
Chemins de fer de l' Afrique australe (historique).
Mars 1859. — Construction de la première ligne ferrée (58 milles), du Cap à Wellington; elle est terminée en 1863. La Compagnie vend, en 1872, à la colonie, sa concession de 58 milles pour 773,000 livres. C'est la ligne la plus fructueuse du Cap, le troue d'où devaient partir les voies pénétrantes vers le Nord et l'Est.
1877. — Un chemin de fer est projeté de Pretoria à Lourenço-
Marquez; les Chambres portugaises avaient voté une subvention, un matériel considérable était acheté. Les Anglais font vendre le matériel à vil prix; il est porté à Natal pour servir à la ligne Natal-Pietermaritzburg.
1885. — Un chemin de fer construit aux frais de la colonie est
destiné à relier la côte (Port-Alfred) aux deux villes nouvelles de Beaconfîeld et Kimberley.
1889. — L'État libre d'Orange autorise le prolongement de la ligne
de Colesberg à Bloemfontein, qui est terminée en 1891. Cette ligne est prolongée, en 1892, jusqu'à Johannesburg, et, en janvier 1893, jusqu'à Pretoria.
1889-90. — La colonie du Cap a construit la ligne de Kimberley à
Vribourg (126 milles) ; elle se prolongera jusqu'à Mafeking, Palapye et Fort-Salisbury.
1890. — Construction de la route importante, pour chars à bœufs.
destinée à relier le territoire de la Compagnie (British South Africa Company) à la colonie du Cap. — Partant de Limpopo et jalonnée par les forts Macloutsie, Tuli, Victoria, Charter, sur une longueur de plus de 500 kil., elle aboutit à Fort-Salisbury. Ce terminus sera relié à la côte portugaise par une voie ferrée partant du port de Beïra, soit 450 kil.
1890. — Une Compagnie ostensiblement hollandaise, soutenue
par des banques allemandes, ouvre une voie ferrée de 72 kil. entre Lourenço-Marquez et Komati-Poort, sur la frontière transvaalienne ; cette ligne doit être prolongée jusqu'à Pretoria (600 kil. env.). En 1893, cette ligne est augmentée de 202 kil. à partir de la frontière portugaise, et de 30 kil. du côté de Pretoria. — Elle est terminée en 1895.
1892. — Achèvement de la plus longue ligne de chemin de fer
de l'Afrique, du Cap à Pretoria, 1,760 kil. — Cette longue ligne est en exploitation le 1er janvier 1894. 20 juin 1893. — Inauguration de la première section (120 kil.) de la ligne de Komati-Poort à Pretoria.
1893. — Commencement des travaux parla British South Africa
Company de la ligne ferrée qui doit continuer la ligne de Vribourg à Mafeking jusqu'à Fort-Salisbury. La Compagnie reçoit, à titre de concession, 20,000 kq. de la colonie du Betchouanaland. En janvier 1897, les travaux atteignent Palapye, et ils atteindront probablement Boulouvayo à la fin de 1897.
1893. — Une société au capital de dix millions de francs réalise
le projet de M. Cecil Rhodes d'établir une ligne télégraphique reliant la colonie du Cap à l'Egypte. La première section est commencée entre Fort-Salisbury et Fort-Johnston (près deMponda, r. d. du lac Nyassa); au commencement de 1895, elle aboutit à Tété (Zambéze).
1894. — Est autorisée la construction de la ligne de Vryheid (nou-
velle République) à Dundee (Natal) pour amener les charbons des naines de Natal aux mines d'or de Vryheid.
1894. — Est autorisée celle de Pretoria à Pietersbourg (Zout-
pansberg) par Vylstroom (Waterberg).
1894. — Est autorisée celle de Krugersdorp à Potchefstroom et
Klerksdorp (centre minier).
Janvier 1895. — Ouverture de la ligne Delagoa-Bay à Pretoria, 593 kil., commencée en 1890, événement très important pour le commerce de la république Sud-Africaine. Pretoria, communiquant avec la mer à 600 kil., est ainsi relié par voie ferrée avec la ville du Cap, près de 1,700 kil. (1,674 kil.); Port-Élizabeth, 1,200 kil.; East-London, 1,100 kil. — L'inauguration solennelle a eu lieu le 1er juillet 1895; des félicitations toutes spéciales, particulièrement de l'empereur d'Allemagne, ont été envoyées au président, M. Krûger.
Fin 1895. — Terminaison de la ligne Durban (Port-Natal)-Pietermaritzburg-Charlestown-Heidelberg-Johannesburg, 725 kil., commencée en 1877.
La colonie du Cap exploite (1896) : chemins de fer d'État, 3,626 kil. ; chemins de fer privés, 243 kil.; en tout, 3,869 kil. ou 2,404 milles anglais.
La république Sud-Africaine a en exploitation 991 kil. ; en construction, 760 kil.; en étude, 168 kil. (1896).
L'État libre d'Orange a en exploitation 759 kil. ; en construction, 8 i kil. ; en étude, 568 kil. (1896).
La grande ligne du Cap-Fort-Salisbury, en se prolongeant par les grands lacs, indique la direction de la grande voie ferrée transafricaine qui reliera sans doute un jour Alexandrie au Cap.
Est- Africain anglais.
La British East Africa Company a rétrocédé sa charte au gouvernement anglais en 1894, à la suite de difficultés financières et politiques. VOunyoro et l'Ouganda ont été placés en 1895 sous le protectorat direct de l'Angleterre. Le pays est troublé. Des expéditions ont été nécessaires pour confirmer la suzeraineté anglaise. Kabarega, roi de l'Ounyoro, a été rejeté dans le Nord, des postes fortifiés ont été établis sur les bords du lac Albert-Edouard, dans TOunyoro et dans l'Ankoli.
Les Anglais sont entrés en 1895 à Ouadelaï, mais ont évacué ce point après avoir conclu un traité avec un cheikh local. Ils ont occupé Lado, sur la rive gauche du haut Nil. Un chemin de fer est en voie d'exécution de Mombassa, le principal port sur l'océan Indien et chef-lieu du protectorat, au lac Victoria.
Le sultan de Zanzibar étant mort le 25 août 1896, une révolte a
éclaté. Saïd-Kaled, oncle du sultan défunt, hostile aux Anglais, se proclama sultan. Son règne a duré deux jours. A coups de canon les Anglais ont affirmé leur protectorat sur Zanzibar. Un cuirassé et deux canonnières ont bombardé le palais et forcé Saïd-Kaled à se réfugier au consulat allemand, qui n'a pas voulu le livrer.
L'Angleterre considère comme appartenant à la sphère d'influence de l'Egypte toute la vallée du Nil; et comme elle ne prévoit pas l'évacuation prochaine de l'Egypte, elle tend à développer son influence politique et commerciale dans le haut Nil par les lacs, afin de rejoindre un jour l'Egypte. Elle a pourtant concédé à la France de ne pas dépasser sur la rive gauche du haut Nil le parallèle 5° 3'.
Par une convention avec l'État belge du Congo (12 mai 1894), l'Angleterre donnait à bail à cet État les territoires du haut Nil et du Bahr-el-Ghazal et se faisait céder en échange une bande longeant le Tanganyika, unissant ainsi le Nil et par conséquent l'Egypte et l'Esl-Africain à la Zambézie et au Cap.
La France et l'Allemagne, lésées par cet arrangement clandestin, protestèrent énergiquement et obtinrent son annulation. (V. Est- Africain-Allemand et État du Congo. Les deux blocs anglais du Nil et du Zambèze sont encore séparés, mais il y a lieu de croire et même d'espérer que la voie ferrée du Cap à Salisbury se prolongera un jour le long du Tanganyika vers le haut Nil ; elle peut rester internationale et profiter à tous les riverains.
Soudan égyptien.
Le Soudan oriental est appelé égyptien, parce qu'il est dans la zone d'influence de l'Egypte. Il lui a appartenu de fait quelque temps et lui reviendra sans doute, lorsque les Anglais briseront la résistance des Arabes qui tiennent le Darfour et le Kordofan sous leur oppression.
Ces régions, où coulent le Nil supérieur et ses nombreux affluents, sont couvertes de végétation pendant dix mois de l'année; on y trouve de belles forêts de gommiers et d'acacias.
Le Barh-el-Ghazal, dont la partie nord est un vaste marécage de 5 à 600 kil. d'étendue, a une grande importance comme territoire contigu aux trois bassins du Tchad, du Congo et du Nil, ouvrant ainsi la grande direction Congo-Nil, entre la France et l'Angleterre. L'hinterland est encore en litige.
Khartoum, fondé en 1823, serait devenu le centre commercial et politique du Soudan oriental, s'il n'était tombé aux mains des mahdisles. Cette ville, siège du gouvernement égyptien, fut glorieusement
défendue en 1 884-85 par Gordon-Pacha, qui périt dans le dernier assaut.
En 1882, un prophète musulman, qui se donnait pour le Messie (Mâhdi), entraîna dans un soulèvement général les marchands d'esclaves arabes, menacés dans leur commerce, et les populations fanatiques du Kordofan et du Sennaar. Les Égyptiens, massacrés en détail, furent obligés de reculer jusqu'à Dongola, et l'intervention des troupes anglaises ne put avoir raison de l'armée mahdiste, qui s'empara successivement d'El-Obéid et de Khartoum. Les Mahdistes, ou Derviches, tiennent toujours les régions du Nil supérieur et s'opposent absolument à la pénétration européenne, tant du côté de l'Egypte que du côté de l'Erythrée.
Les Anglais maintiennent l'occupation de l'Egypte en prétextant précisément qu'ils doivent reprendre tous les territoires du Soudan égyptien. Ils viennent d'organiser une expédition très sérieuse pour en finir avec les Derviches et occuper définitivement la région du haut Nil1. Ils ont intérêt à se relier avec les grand lacs et à barrer la route aux Français et aux Allemands.
La colonne expéditionnaire a été concentrée en mars 1896 à Ouadi Halfa, avant-garde à Akasheh. Un chemin de fer, qui s'avance avec la colonne, assure le ravitaillement. Après plusieurs petits combats où les Derviches eurent le dessous, Dongola a été occupé le 20 sept. C'est de là que repartira en 1897 l'expédition pour marcher sur Khartoum. Il semble que les Derviches aient perdu de leur énergie première. Le calife Abdullah ne jouit pas du même ascendant que le Mahdi, et les divisions de ses lieutenants assureront un succès facile aux Anglais, dont la marche est d'ailleurs très prudente et ne laisse que peu de prise à l'imprévu.
1. L'organisation de cette expédition a donné lieu à un incident diplomatique. L'Angleterre voulait faire payer les frais de l'expédition par le budget égyptien. La dette égyptienne est sous la garantie des grandes puissances européennes. La France et la Russie se sont opposées à ce détournement des fonds égyptiens au profit de l'Angleterre, et, malgré le consentement de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie, le tribunal administratif du Caire leur a donné raison.