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LES ITALIENS EN AFRIQUE

Débuts de l'occupation italienne. — Le début des tentatives coloniales de ritalie dans la mer Rouge fut l'occupation de la baie d'Assab, qu'elle avait acquise en 1870. Sous prétexte de protéger ce territoire, elle lit débarquer en 1885 à Massaouah un petit corps expéditionnaire et prit possession de cette île, malgré les protestations des Égyptiens qui y tenaient garnison. La même année, les Italiens occupaient les points de Monkullo, Arkiko et Arafali, et peu à peu tous les points de la côte entre Massaouah et le détroit de Bab-el- Mandeb.

Le négus d'Abyssinie, Johannès, prenant ombrage du progrès incessant des Italiens, protesta d'abord contre leur envahissement. Les hostilités ne tardèrent pas à s'ouvrir, et le ras Aloula écrasait un détachement italien à Dogali (26 janvier 1887). Pour tirer vengeance de ce désastre, l'Italie organisa un corps expéditionnaire de 20,000 h. sous le commandement du général San-Marzano, qui occupa Saati.

Sur ces entrefaites l'empereur Johannès était tué dans une bataille contre les Mahdistes, qui avaient envahi le nord de l'Abyssinie; il aurait, paraît-il, désigné pour son successeur le ras Mangascia, son fils naturel; mais ce dernier dut s'incliner devant le roi du Choa, Ménélik, qui, après avoir battu tousses concurrents, se fit couronner empereur à Antotto (nov. 1889).

L'Italie, qui avait noué des intrigues avec Ménélik pendant qu'il était roi du Choa, crut le moment venu de profiter des troubles de l'avènement du nouveau négus, et en effet Ménélik, réservant l'avenir, signait, sur les instances du comte Antonelli, depuis longtemps en mission auprès de lui, le traité d'Ucciali (sept. 1889).

Ce traité reconnaissait à l'Italie toute la partie nord du Tigré et la route conduisant à Kassala et au Nil. Une ambassade dirigée par le ras Makonnen fut envoyée en Italie, où elle fut comblée de prévenances et de cadeaux. Mais les Italiens n'observèrent pas ce traité; continuant leur marche en avant, ils occupèrent Keren et Asmara en 1889, puis plus tard Adoua, capitale du Tigré (1890), qu'ils éva. cuèrent d'ailleurs un mois après. Cette première violation du traité, et surtout l'interprétation donnée par les Italiens aux termes mêmes du traité, excitèrent la colère de Ménélik et le déterminèrent à dé-

noncer le traité cTUcciali (1893). En effet, par une clause, Ménélik avait admis que le gouvernement italien pourrait être son intermédiaire dans ses relations avec l'Europe. L'Italie prétendit en conclure une reconnaissance formelle du protectorat de l'Abyssinie; on ne put s'entendre. Ménélik rendit l'argent prêté par l'Italie et se prépara à la guerre.

Pendant ces négociations, les Mahdistes, après leur expédition contre le négus Johannès, s'étaient emparés de Kassala et assiégèrent la place d'Agordat, que les Italiens venaient d'occuper. Le colonel Arimondi, malgré son infériorité numérique, les repoussa. Enhardis par ce succès, les Italiens marchèrent sur Kassala et s'en emparèrent (juillet 1894).

De son côté, le général Baratieri, gouverneur de l'Erythrée, envahissait le Tigré avec 3,500 hommes, occupait Adigrat après avoir vaincu le ras Mangascia à Coatit, puis, quelques mois après, la ville de Makallé, où il laissait une garnison. Le général Arimondi, lancé à la poursuite des troupes du ras Mangascia, battait ces dernières à Antalo et à Debra-Ailat (9 et 11 oct. 1895) et installait ses avant-postes dans la forte position d'Amba-Alagi, à 2,000 m. d'altitude. C'est là. que, le 7 décembre, la colonne du major Toseili était attaquée par une armée de 20,000 h., commandée par le ras Makonnen. Après une héroïque résistance, cernée de toutes parts, la colonne Toseili fut écrasée, et son chef tué. 300 hommes seulement et 3 officiers purent s'enfuir du champ de bataille et gagner Makallé, où le colonel Galliano s'enferma. L'armée abyssine, sous les ordres de Ménélik lui-même, vint mettre le siège devant cette place. Dépourvus de matériel de siège, les Abyssins, après plusieurs assauts infructueux, se contentèrent de bloquer étroitement la place. Les Italiens affamés furent obligés de se rendre, la garnison obtint de sortir avec armes et bagages et de rejoindre le général Baratieri à Ada-Agamus, en laissant plusieurs officiers prisonniers (30 janvier).

L'armée de Ménélik, évaluée à environ 80,000 h., se dirigea sur Adoua et Axoum.

Le général Baratieri, qui avait abandonné successivement Ada- Agamus et Adigrat, se trouvait à Entiscio, aux environ d' Adoua.

Les deux armées en présence restèrent longtemps immobiles ; mais dans le courant de février, à la suite de la défection de deux ras qui combattaient dans les rangs italiens, poussé à bout par le manque de vivres, ayant aussi reçu sans doute des ordres d'Italie, le général Baratieri, avec 17,000 h., après avoir consulté les officiers généraux sous ses ordres, dut se décider à combattre.

exp. sur. (Append.) 4

Le combat, commencé à 7 h. du matin (1er mars), se termina par le désastre complet de l'armée italienne. Ses pertes s'élevèrent dans cette journée à 5,000 morts, 2,000 prisonniers, 2 généraux tués (da Bormida, Arimondi). Toute l'artillerie (72 canons) tomba au pouvoir de l'ennemi.

La catastrophe à'Adoua provoqua en Italie une véritable stupeur. Le ministère Crispi tomba; le général Baratieri, relevé de son commandement, dut passer en conseil de guerre ; il fut d'ailleurs acquitté. Le général Baldissera, son successeur, après avoir réuni les débris de l'armée battue à Adoua, se concentra à Asmara avec les troupes de renfort (15,000 h.) qui venaient de débarquer à Massaouab.

Des négociations entamées dès le lendemain de cette défaite ont abouti à un traité qui a reconnu l'indépendance absolue de l'Ethiopie. La frontière italienne est reportée à la ligne Mareb-Belessa. Les prisonniers italiens ont été rendus. Une indemnité de guerre, dont le montant a été laissé à l'équité du gouvernement italien, doit être payée à l'empereur Ménélik.

Actuellement le gouvernement italien, abandonnant la politique de conquête et d'expansion coloniale, a résolu, avec l'assentiment des Chambres italiennes, de maintenir les relations pacifiques avec le négus. Les propositions disculées aux Chambres italiennes laissent entrevoir une évacuation prochaine des territoires de l'Erythrée. On garderait seulement Massaouah et le protectorat nominal de la côte des Somalis.

Le massacre récent de la mission Cecchi par les Somalis (1897) et celui de la mission de Bottego, au sud de l'Abyssinie, dans le Kaffa, le peu de résultats obtenus pour la colonisation et le commerce italiens, n'encourageront pas l'Italie à dépenser de nouveau son or et ses soldats dans des entreprises aussi déplorables.

L'Abyssinie ou Ethiopie.

L'Abyssinie est, dans son ensemble, un haut plateau de forme triangulaire (ait. moyenne, 1,500 à 2,000 m.), dont la terrasse orientale surplombe le littoral de la mer Rouge, en s'éloignant de la côte à mesure qu'on avance vers le sud.

Ce haut plateau est découpé en des milliers de petits plateaux granitiques et volcaniques, qui forment une des régions les plus tourmentées et les plus difficiles du globe. Les vallées (kouallas) sont

des gorges profondes, entonnoirs et précipices aux parois abruptes, que la chaleur concentrée rend étouffantes et insalubres; les eaux y roulent torrentiellement, de cascades en cascades, et les rivières, au lieu d'être les voies de communication naturelles du pays, deviennent ainsi des obstacles infranchissables une grande partie de l'année, toujours difficiles même à la saison sèche. Les plateaux, très accidentés, surmontés par des cimes coniques (ambas) qui dépassent souvent 4,000 mètres, sont, au contraire, tempérés, sains et fertiles.

La côte de la mer Rouge est une fournaise, et c'est pourquoi les Italiens, établis à Massaouah, ont été obligés d'escalader la terrasse et d'aller chercher sur les hauteurs, dans le Tigré, de l'air respira ble et une zone propice à l'exploitation coloniale.

L'Abyssinie se divise naturellement en deux régions, le Tigré et le Choa, de nature identique, séparées par la région intermédiaire du lac Tsana et de ÏAmhara.

Adoua est le principal centre du Tigré, et Ankober celui du Choa. Dans l'Amhara, Gondar, au centre de l'Abyssinie, semble être appelé à devenir la capitale politique du pays unifié.

La résidence actuelle de l'empereur est à Addis-Abbaba dans le Choa.

L'Abyssinie est habitée par des populations de couleur foncée, dont quelques-unes ont le type sémitique, intelligentes et énergiques. Elles ont été converties au christianisme vers le ive siècle.

Les Éthiopiens étaient connus de l'antiquité. La reine de Saba, qui vint visiter Salomon, était sans doute une reine d'Ethiopie. Les Éthiopiens résistèrent aux Romains, comme ils ont résisté aux Anglais, comme ils résistent actuellement aux Italiens !.

Ils sont sympathiques à la France, qui entretient des relations amicales avec eux, et ils sont en communion religieuse avec les Russes orthodoxes. Une mission française, dirigée par M. Lagarde, gouverneur de la côte des Somalis, a obtenu de Ménélik un traité favorable aux intérêts français. (V. Les Français en Afrique.)

1. En 1867, le négus Théodoros gardait prisonnière une mission anglaise. Ne pouvant obtenir satisfaction, l'Angleterre se décida à diriger contre lui une expédition. Elle partit de Zoullah et se dirigea sur Magdala, capitale du négus Théodoros, en passant par Adigrat et Antalo, évitant ainsi les précipices des vallées. Elle mit trois mois à atteindre Magdala, qui fut enlevée d'assaut. Les Anglais se retirèrent ensuite, appréciant, sans doute, les difficultés et le peu d'avantages que présenterait une prise de possession du pays.

L'Abyssinie est partagée entre des princes indépendants, appelés ras. Le régime politique du pays rappelle assez les formes féodales.

Les tendances de reconstitution de l'ancien royaume éthiopien n'avaient pas trouvé de chef assez fort pour les réaliser. Le sentiment du danger commun, en face des prétentions de l'Italie, a uni les ras abyssins, et le chef du Choa, Ménélik1, a été reconnu par eux comme négus.

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