LES ALLEMANDS EN AFRIQUE
Togoland. — Depuis 1894, le Togoland a été le point de départ d'une série d'explorations, ayant pour but d'étendre vers le nord la sphère d'influence allemande.
En 1894-1895, une grande expédition fut organisée par un comité, dit du Togo, sous la direction du docteur Grùner, du lieutenant de Carnap et du docteur Dôring. Elle remonta par Salaga dans le Bariba et le Gourma, mais fut constamment devancée par la mission française Decœur. Elle signa pourtant avec des chefs indigènes plusieurs traités, sur lesquels une discussion diplomatique est ouverte.
En 1896, le lieutenant de Carnap a établi une station kSansanné- Mango, d'accord avec le chef de cette ville, et organisé un service régulier de courriers entre ce point et Ketekratji, poste fondé sur la Daka, par le docteur Grûner. Il a parcouru ensuite le Mango, Je Mossi et le Gourma.
Celte même année, le lieutenant comte Zech, chef de la station de Ketekratji, s'est porté dans la zone de Salaga, a atteint le confluent de la Daka, à la limite de la zone neutre anglo-allemande, et constaté que les Anglais y avaient une station. En revenant par Salaga, il fut attaqué par les Dagombas et rentra au Togo par Kirikri.
Une pétition toute récente de la Société coloniale allemande au chancelier de l'Empire indique quelles sont les prétentions allemandes au sujet de Thinterland revendiqué. Elle signale l'établissement de postes français dans le Mossi et le Gourma comme contraire aux
1. Aléiiélik prétend descendre directement du fils de Saloinon et de la reine de Saba, auquel la tradition donne le nom de Ménélik.
traités passés par le docteur Grûner et le lieutenant de Carnap avec les indigènes, et demande que le gouvernement allemand intervienne auprès du gouvernement français pour assurer à l'hinterland allemand tout le pays de Gando.
Une commission mixte a été en effet constituée par la France et l'Allemagne à Paris, et elle étudie en ce moment le règlement du conflit.
La situation est la suivante :
Les Allemands occupent effectivement Sansannê-Mango, et ont placé sous leur protectorat le sultanat de Yendi, dont une partie est dans la zone neutre anglo-allemande de Salaga. Le docteur Grimer a été nommé résident dans cette région. Les Allemands tiennent le cours de la Daka et sont en contact, à l'ouest, avec l'hinterland anglais des Achantis, et au nord, avec le Mossi, récemment occupé par la France.
Le lieutenant allemand Seefried avait occupé Bafilo, à 200 km. à l'ouest de Carnotville. Ce point, comme d'ailleurs celui de Sansanné-Mango, avait été placé sous l'influence française par Decœur en 1895. M. Ballot, gouverneur du Dahomey, et le lieutenant do vaisseau Bretonnet se sont rendus à Bafîlo, ont convoqué les habitants, qui ont renouvelé le traité avec la France, et ont fait évacuer le poste allemand. Il en a été de même pour un autre poste allemand, établi près de Kinki (Adyé). Des postes français sont installés depuis peu dans le Gourma et le Gando, faisant ainsi acte de possession effective.
Sans préjuger les arrangements que conseillera la commission mixte, il semble qu'une entente pourrait se faire en laissant à l'Allemagne les droits d'hinterland sur la région de Bafîlo, du Mango et <le Yendi, avec une délimitation, bien définie au nord, vers la haute Volta et la haute Daka. La France garderait le Gourma et le Mossi, dont l'occupation relie les hinterlands du Dahomey et de la côte de l'Ivoire. (V. p. 59.)
Cameroun. — La pénétration allemande s'est heurtée à un double obstacle, les difficultés de la traversée de la région montagneuse qui sépare la côte de TAdamaoua, et l'hostilité des indigènes.
Les expéditions des lieutenants von Stetten et d'Uestritz ont atteint Yola en 1893, mais sans d'autre résultat que l'affirmation de droits hypothétiques sur des territoires occupés par des populations indépendantes et vigoureuses. Au contraire, les explorations françaises, remontant par les voies navigables qui ouvrent l'hinterland
du Congo sur le lac Tchad, pénétrèrent sans peine dans l'Adamaoua, le lieutenant Mizon, entre autres, parti du Niger, aboutissait à Yola au moment où l'Allemand von Stetten le quittait; il gagnait les bonnes grâces du sultan de Yola, et, se dirigeant vers le Congo, reconnaissait l'importance du Mayo-Kebi, affluent de la Bénoué, au point de vue des communications avec la Chari, affluent du lac Tchad. L'occupation de Yola par un poste français émut les Allemands. Sur la demande du gouvernement impérial, des négociations furent ouvertes, et le traité du 15 mars 1894 a fixé la délimitation entre le Cameroun et le Congo français.
Cette convention complète et corrige celle qui a été signée en 1883 avec l'Angleterre, et qui, tout en laissant Yola en dehors de la zone d'influence allemande, prétendait fermer aux Français du Congo l'accès du Bornou.
La voie du Mayo-Kebi reste ouverte à la pénétration française, même dans la partie affectée à l'Allemagne. En revanche, la libre navigation du Chari, qui forme frontière sur une partie de son cours, est assurée aux deux pays ; mais le poste fondé par Mizon à Yola a été évacué. Les Allemands se proposent de fonder une station commerciale à Garoua, point de croisement des routes de cette région, accessible à de grands vapeurs par la Bénoué.
Est-africain-allemand. — Des efforts très sérieux sont faits par les Allemands pour développer cette colonie et lui assurer un hinterland commercial dans la région du Tanganyika.
En 1893, une convention avec l'Angleterre a délimité la frontière dans la région du Kilimandjaro.
En 1894, les protestations de l'Allemagne, jointes à celles de la France, ont forcé l'Angleterre à résilier le traité qu'elle avait conclu avec le Congo belge, et qui lui assurait une bande de 25 kilom. du lac Tanganyika au lac Albert.
Le major de Wissmann a été nommé gouverneur de TEst-africainallemand (1895), en remplacement de M. de Schule. La nomination de cet officier énergique, qui a traversé deux fois l'Afrique, et qui, malgré l'échec de sa dernière expédition au lac Nyanza, est très populaire en Allemagne, témoigne des intentions du gouvernement allemand de tirer parti de la colonie.
Les Allemands ont déjà ouvert, de 1894 à 1896, entre le port de Tonga et Korogoué, dans l'Usambara, une voie ferrée qui sera prolongée jusqu'au Kilimandjaro, et peut-être plus tard jusqu'aux lacs intérieurs.
Un autre projet consisterait à relier Dar-es-Salam par Tabora avec Uzizi sur le lac Tanganyika, avec embranchements sur le lac Victoria et le long de la côte surBagamoyo. Il y aurait 1,800 kilom. environ à construire. Cette ligne ferait concurrence à la ligne que les Anglais construisent deMombassa au lac Victoria. Mais les fonds officiels et privés allemands hésitent devant la dépense. L'exploitation paraît encore aléatoire, surtout à cause des dispositions peu sympathiques des peuplades noires, contre lesquelles de fortes expéditions seront encore longtemps nécessaires.
Une convention (1er juillet 1890) a délimité la frontière avec l'État libre de l'Est- africain (portugais).