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TURKESTAN RUSSE

Le Turkestan russe comprend : le bassin aralo-caspien et le bassin du lac Balkhach, dont le tributaire principal est le fleuve 11 i.

Le bassin de la mer d'Aral comprend les bassins des deux grands fleuves qui descendent à l'ouest des plateaux du Pamir : le Syrdaria et l'Amou-daria, avec la vallée intermédiaire de Zeravchan, que l'on doit considérer comme tributaire de l'Amou-daria, bien que ses eaux n'atteignent plus le lit du fleuve principal.

Syr-daria et Amou-daria.

Sjr-daria (ancien Yaxartes). — Le Syr-daria est formé de la réunion de deux rivières; celle de gauche, Kara-daria, ouvre des com-

EL'ROPKKNNE

munîcations avec la Kachgarie parle col de Tereh-davan (3,140 m.) ; celle de droite, ou Narin, conduit également à Kacbgar, par le col de Terektï, défendu par lu Tort russe de Sarbwkaê. — Le Narin passe à Namangan (50,000 h.), Tchoust (",000 h.). — Le Knra-daria passe à Goitldcha, fort d'arrétau pied du Terek-davan; Ouzqhen (6,000 h.), ville de pèlerinage des Kokandiens; Andidjan (20,000 h.).

A sa sortie des montagnes, le Syr-daria traverse le riche bassin lacustre du l'erghana, la contrée la plus fertile de toute l'Asie centrale, bien cultivée en céréales, et où une armée peut trouver des moyens de subsistance assurés. 11 passe ensuite à Marghelan (40,000 h.), grands jardins; la ville russe de Novo-Marghelan, à 16 kit. de l'ancienne, est le ch.-l. du Ferghana.

Hokan (33,000 h.), à quelque distance de la rive gauche, est la ville la plus belle et lu plus animée de l'Asie centrale; elle a des édifices d'une architecture élégante, des jardins, un commerce actif. On y sent l'influence d'une civilisation plus raffinée, et, en effet, les Chinois ont longtemps occupé ce pays. Kokan était un de leurs entrepôts pour le commerce avec l'Asie occidentale.

Les autres localités notables de la vallée sont : Khodjent, belles cultures; Tckinaz, où le fleuve est navigable, point de passage de la route de Tachkeut à Samarkand; Tekimbmt. k l'cntiée de la brèche qui brise les montagnes de la rive droite, passage de route; el Hazred, une des villes saintes de l'islamisme asiatique; les Russes l'ont appelée Ttirltttm.

Le chef-lieu de la province russe du Turkestan est Taohkent, belle ville de construction récente (87,000 h. dont 12,000 Russes), Établissements industriels, hôtels, brasseries, etc., à 65 kil. environ nord du fleuve.

Le Syr-daria passe ensuite à Djoulck,

Entre le fort Percvski, construit près de l'ancienne ville d' Meched, et Karmaktchi (fort n" 2), le fleuve n'est pas navigable; Kasalinsk (5,000 h.) (fort n° 1) est le port d'attache de la flottille de l'Aral. Le Syr-daria finit dans la mer d'Aral, après un cours de 2,000 kil. Une ancienne dérivation, le Ytuû-i!<tria,uni?$ii\l, sans doute, Je Syr-daria à l'Amou-daria.

Amou-daria {ancien Ozux). — L'Amou-daria reçoit ses premières eaux des torrents qui descendent des lacs glacés du haut Pamir; il est formé de deux bras principaux : le Sourkhab, au nord, et le Mourghab, au sud.

Le .Sourkhab (Vakkch) descend des monlagnes que domine le pic

Kaufmann (7,000 m.), et coule entre les chaînes de l'Alaï (r. d.) et du Transalai jr. g.). Il communique par le col de Tttcm-mouroun (3,360 m.) avec la rivière de Kackgar. 11 passe à Garni et sépare le Itarbaz (r. g-i du Karategin (r. d.)

Le Moarghab et son affluent le Pendj, dont les sources sont voisines, enveloppent le massif du grand Pamir, dont la portion septentrionale s'appelle Pamir-Allichour. Leurs vallées conduisent dans la vallée de Yarkand par le col de Tack-kourgan, qui est la dépression la plus profonde du Pamir.

Le Pendj est la rivière principale du Ouakhan. Il reçoit sur sa gauche le Koktcha, qui vient do Faizabatl, ch.-l. du Badakchan.

L'Amou-daria forme, dans la partie moyenne de son cours, la séparation entre le khanat de Boukhara, actuellement sous la vassalité rosse, et les khanats afghans, soumis à la suprématie du khan de Kaboul, et plus ou moins à l'influence anglaise, et dont le centre politique principal, anciennement â lîulkli (l'ancienne Bac(res), est actuellement à HaMi'-i-Chi'rif (tombeau du Chérïf).

Les points intéressants de la vallée inférieure de l'Araou-dariasont «passages des roules :

Cttour-Ti'pe, sur la roule de Balkh à Samarkand;

Eilif, poste boukliare, sur la roule de Balkh à Boukhara;

Khodja-Siitih, près du tracé de la nouvelle frontière russo-afghane;

Ktrki, sur la route de Hérat à Samarkand (poste russe depuis 1888);

Tchardjoui, MirlarouledeMerv A Boukhara, pont du chemin de fer.

Les affluents principaux de la r. d. sont :

Le Kafirmigan, qui descend de la vallée â'Hismr, 10,000 hab., Inné des plus importantes villes de la Boukharie, dont l'industrie est renommée dans toute l'Asie centrale;

Le Sonrkhan, dont la vallée supérieure est riche et peuplée, passe i taratag, ville principale du Karategin.

Le principal cours d'eau du bassin de l'Amou-daria est le Zéravcian(le semeur d'or ou le fleuve d'argent); mais, épuisé parles irrigations de la vallée de Samarkand <:l des oasis de Boukhara, il perd ses eaux dans les sables, et n'atteint plus le lit principal.

Latallée de Samarkand est l'ancienne Sogdiane; les Russes en surveillent Ventrée par le poste de liait a-kourgan.

Samarkand existait au temps d'Alexandre et s'appela Marcanda;

■liée par Gengia-khao, elle devint plus tard le centre de l'immense *Wpire de Tanierlan, dont elle conserve le tombeau. La ville moderne

"il entourée de jardins ; la population est d'environ 00,000 hab.

Entre le Zéravchan et l'Amou-daria, une autre belle vallée est celle de la Kachka, dont les eaui ne peuvent pas non plus gagner l'Amou-daria; dans sa partie supérieure, elle passe entre les deux villes de Ritab et de Ckahr, aux 90 mosquées; ces deux cités importantes sont réunies dans une même enceinte; on les appelle Chehri-Sebs; elles ont formé, jusqu'en 1840, un pelit État indépendant, célèbre par la valeur de ses guerriers, la beauté de ses femmes, l'activité de ses artisans et de ses cultivateurs; c'est là queTamerlan naquit en 1333*.

Karcki, la deuxième ville de Boukharie, avec 23,000 hab., appartient aussi à cette vallée.

Bonkhara, dans la vallée du Zéravchan, la Cité des Temples, est une des métropoles de l'islamisme asiatique; depuis un demi-siècle, sa population a décru de moitié, mais elle compte encore 70,000 hab. Centre commercial d'une réelle importance, point de croisement de nombreuses routes de caravanes, elle forme une sorte d'étape intermédiaire entre les Indes et la Russie, Peshawer et [Sijni-.Novgorod. Les hommes de toutes les races de l'Orient, Turkmènes et Hindous, Russes et Persans, s'y rencontrent.

Les affluents de la rive gauche de l'Amou-daria, épuisés par les irrigations, se perdent dans Les sables avant d'atteindre le lit du fleuve; ce sont :

le Sourkhah (Ak-Seraî), qui descend de Bamian, et ouvre, à travers THindou-kouch, les roules de Scratang, et à'Hudji-Kaklts sur Kaboul. I! passe près de Koundouz (r. d.);

les rivières de Khoulm, de Batkh, de Cliibirkhan, de Meïmène, et à'Ankhai.

Les Russes ont construit, sur le bas Amou, deux postes de surveillance et de ravitaillement, à Pelro'Atexandravsk, en face de Khiva, et à Noukous.

Kbanat de Khiva. — Le khan de Khiva n'est plus qu'un petit vassal de la Russie. Les Russes se sont emparés de l'oasis en 1873; ils ont laissé au khan un semblant d'indépendance, sous la surveillance d'un résident russe. La ville et la fertile oasis de Khiva, centre de l'ancien pays de Kharezm, se trouvent à quelque distance à gauche du bras principal de l'Amou-daria.. Lorsqu'on s'y rend, de la mer d'Aral, en remontant le fleuve, il faut s'arrêter à Ourghcnlj, à 40 kil. envi-

). Il mourut dans la ville, aujourd'hui ruinée, d'Ohar, sur le Syr-daria.

ron au nord de Khîva. La population du khanat est estimée à 300,0 hab. sédentaires el 400,000 n

L'Amou-daria se jette, par plusieurs bras, dans la partie méridionale de la mer d'Aral ; il forme ainsi un delta d'une grande fertilité, dont la ville principale est Tchimbat.

Les bateaux à vapeur remontent jusqu'à Tchard joui. Plus en amont, la navigation est encore possible, mais elle est rendue de plus en plus difficile par les limons que le fleuve cbarrie en grande quantité et par les variations du chenal.

La mer d'Aral est devenue un lac russe; mais ses côtes sont partout inhospitalières. Néanmoins, des bateaux à vapeur naviguent entre l'embouchure de l'Amou-daria et celle du Syr-daria, et remontent, en partie, le cours de ces deux fleuves.

Enlre l'Amou-daria et le Syr-daria, au nord de Boukhara, s'étendent les dunes et les déserts affreui du Kyzyl-koum (sable rouge), qui se prolongent jusque sur les bords de la mer d'Aral, en ne respectant que les vallées mêmes des deux lleuves.

Khanat de Boukhara. — Les possessions du khan de Boukhara Comprennent la haute vallée de l'Amou-daria et les affluents de droite du cours moyen.

La route militaire qui unit Tachkent, capitale du Turkestan russe, lu fort Petro-Alexandrovsk, sur le bas Oxus, traverse le nord de la Boukharie. Elle est jalonnée par le fort Saint-Georges, près de Surdabnhnul; le chemin de fer de Samarkand traverse la Boukharie en passant à 14 kil. de Boukhara.

La Boukharie, pays de superstitions ardentes et de despotisme cracl, a été longtemps redoutable â ses voisins; c'était le rendezvous d^ masses de pèlerins fanatisés, que le moindre préteite jetait infidèles ou même sur les musulmans accusés de tiédeur. Aujourd'hui l'émir de Boukhara n'est plus qu'un modeste vassal de Ut Russie, qui est représentée prés de lui par un agent dipto- Htttique. Des commerçants russes commencent à s'établir dans le P*3"»; le fanatisme musulman s'affaissa; la population, courbée sous "n joug séculaire, est incapable de toute révolte, et, lorsque les Russes croiront le moment venu, leur autorité se substituera sans secousse à celle de l'émir.

■* Boukharie a une population d'environ 2 millions d'hab.

Les pnys turkmènes.

Aa versant aralo-caspicn appartiennent encore, bien qu'ils se perdent dans les sables, Jeux cours d'eau fort importants, parce que ce sont eux qui ouvrent les routes vers liera t; ce sont : le Mourghab et l'IIéri-roud.

Le Mourgliab réunit les eaux du versant nord des montagnes, appelées autrefois mont Paropamisus (aujourd'hui SefiJ-koli, montagnes blanches), et coule à travers les steppes de la Turkménie jusqu'à l'oasis de Merv; il traverse la frontière russo-aT^liane, entre le fort afghan de Balu-Mourghah et Meroutchak, poste russe. Près d'Aktepe, il reçoit le Kouchk, qui ouvre, par le col i'Ardevan, la route la plus courte de Merv à Béni.

Merv a toujours été un point de très grande importance; les Anglais prétendaient faire de son occupation par les Russes un cosus betti. Merv est cependant tomlié entre les mains des Russes comme un fruit mùr, et les Anglais, alors aux prises avec les difficultés de la campagne du Soudan, n'onl pas protesté. Leurs réclamations ont commencé seulement lorsqu'ils ont vu les colonnes russes continuer leur marche et prendre la rou le d'Hêrat. L'importance de Merv rient non seulement des ressources qu'offre l'oasis1, mais aussi de sa position intermédiaire entre Boukhara, Mechkhed, et Hérat, c'est-àdire enlre la Boukharie, la Perse, et l'Afghanistan.

C'est par Merv que les Russes ont construit, entre la Caspienne etlcTurkestan, le chemin de fer qui relie l'Europe à l'Asie centrale; c'est de Merv que partent déjà les premiers rails qui certainement, un jour ou l'autre, seront poussés jusqu'à lierai; la vallée du Mourgliali étant plus facile que celle de l'Héri-roud, c'est celte direction qui sera suivie. De grands travaux de canalisation ont été entrepris à Merv pour agrandir l'oasis. Les Russes ont commencé des plantations d'arbres. Une ville russe s'y déwloppR rapidement, à peu de dislance des immenses ruines des trois villes successives qu'on appelle le Vieux Mer», et dont la plus ancienne dote, dit-on, d'Anliocbus Soter (280 à 260 av. J.-C). Ces ruines consistent en murs de pisé, en tout semblables aux constructions modernes de la région. Les mosquées seules ont conservé quelques traces de revêtements en briques émaillées, dont les procédés de fabrication sont perdus.

i. 50,00u kikllk.,-, r.

2iiO,tiCiû liab., a, 0U0 cliniueaijx, 12,000 ckevaui

■i'rjHiU-:sT,iN RUSSE

Herveomplait, dit-on, 200,000 hab. lorsque Gengis-khan s'en empira et en égorgea la population.

L'Héri-rond, qui est la rivière d 'Hé rat, coule d'abord de l'est à l'ouest, dans une étroite vallée entre les Sefid-koh et les Siakhkoa. Il commence a se dégager des montagnes vers Ole, et arrose la belle vallée Altérât; il laisse, sur sa. gauche, Ghourian, et passe par Tirpoul et Etifirhalé, dernier poste afghan, en face du poste persan de Dogaran; ces localités jalonnent la route d'Hérat à la grande ville persane de Mechkhed.

De Kaûrkalé à Serachs, forteresse persane ruinée, sur la rive gauche, en face du fort russe de Noii-Smûchs (r. d.), l'Héri-roud coule dans une vallée difficile, peu habitée, et forme la frontière entre la Perse et l'Afghanistan.

Déjà, en amont de Serachs, la vallée do l'Héri-roud est envahie par les sables; la rivière s'épuise bientftt, et, sous le nom de Tudjindaria, elle se perd dans les lacs marécageux du Djoun-houl, au sud du ilésert sablonneux des Turkroènes-Tekké.

Ce désert des Turkmènes, dont la traversée offre des difficultés considérables et qui se prolonge à l'ouest de l'Amou-daria, presque jusqu'à la Caspienne, enveloppe l'oasis de Kbiva et celle de Mei-v; il est limité au sud par l'arête des montagnes du Gioulistan, qui le séparent de la Perse.

Les quelques ruisseaux qui coulent au nord de ces montagnes, donnent de l'eau aux villages des Turkmènes, qui sont aujourd'hui des postes militaires russes, et des stations de la voie ferrée.

Conquêtes russes dans l'Asie centrale.

Première expédition sur KhiTa (1717). — Dés 1717, une expédition (3,000 hommes et 300 chevaux) partit d'Astrakhan. Elle tra- 'ersa le désert transcaspien pendant la saison la plus chaude de l'année, en creusant des puits à chaque élape. Après deux mois de ^ligues, la colonne réussit à atteindre l'Amou-daria; elle battit le UtU île Khiva et lui imposa un traité.

Mais les Russes commirent l'imprudence de se disperser en petits détachements; ils furent massacrés, et ce désastre ne put être nagé,

Pendant plus d'un siècle, les Russes, absorbés par les difficultés de leur situation intérieure et par plusieurs grandes guerres euro-

106 L'EXPANSION EUROPÉENNH

prennes, ne poursuivirent pas leurs progrès vers l'Asie centrale. Cependant, les hordes des Kirghiz, pressées par les Kokandiens, alors très puissants, demandaient le protectorat russe; la frontière d'Orenbourg fut organisée, et un fort construit à Orsk.

Deuxième expédition sur Ehiva (1S39). — La frontière russe partait alors du nord de la mer Caspienne et se dirigeait vers le lac Balkhach, pour aller rejoindre la frontière chinoise.

Dans l'hiver de (839 à 18iO, les Russes, ayant à tirer vengeance de violences exercées sur des marchands, firent une nouvelle tentative pour aborder l'oasis de Khîva. Une colonne (général Pérovski), forte de 5,000 hommes et emmenant 10,000 chameaux, fut formée à Orenbourg et mise en route au mois de novembre, pour éviter la traversée des déserts pendant les chaleurs de l'été.

Les troupes eurent à supporter un froid excessif, qui atteignit 44" au-dessous de zéro; des tourmentes de neige firent périr la plupart des bétes de somme. On fut obligé d'effectuer une retraite, qui devint bientôt un véritable désastre. A son retour à Orenbourg, en juin 1841, la colonne expéditionnaire ne comptait plus qu'un millier d'hommes épuisés.

C'est à celte même époque que les Anglais abordaient l'Indus, conduisaient des expéditions militaires dans l'Afghanistan, et commentaient, par le sud, leur marche sur l'Asie centrale.

Soumission des Kaizaks-Kirghiz (1847-1853). — Alors, avec une prudence et une habileté qui ne se sont plus démenties, les Russes jalonnèrent une roule militaire, au nord et au nord-esl de la mer d'Aral. Ils établirent un grand centre militaire à Orenbourg (1847). Le dernier poste russe était alors à Orsk, sur l'Oural, surle territoire des Kirglûz de la Petite Horde; d'autres forts furent construits à Emiiirtï/isuiTErnba, tributaire de ta Caspienne, et, plusà l'est, à Owahkoù.

Les sleppes des trois hordes des Kaizaks-Kirghii (appelées Petite, Moyenne et Grande Horde) furent successivement englobées dans les frontières russes, et une ligne de postes fortifiés, construits d'Orenbourg jusqu'au lac Huikal, c'est-à-dire sur une longueur égale à la distance de Barcelone à Saint-Pétersbourg, maintint la tranquillité des nomades.

Les Kokandiens étaient alors maîtres de tout le cours du Syrdaria, jusqu'à la mer d'Aral. Pour protéger les populations kirglm de l'Oural, qu'ils venaient de s'attacher, contre les incursions des Kokandiens, le gouvernement russe fut bientôt amené à reporter

5i frontière jusqu'au Syr-daria munie. Les forts de Raim, à l'embouchure du fleuve, de Kazalinsk (fort n° 1) et de Karmaktchi (forl n° 2] furent successivement construits.

Les Russes, commandés par le fiénéra! Pcrovski, fuient arrêtés pendant ail jours devant Ak-Ueched, vigoureusement défendu par ïacoub-kban, qui acquit plus tard une certaine célébrité comme êniîr de la Kacbgarie. Sur l'emplacement de la ville fut élevé le fort i (1853).

La guerre de Crimée marqua un nouveau temps d'arrêt dans les progrès de la conquête; le mouvement en avant fut repris aussitôt !i;ires. .Nous remarquerons, à ce sujet, que si le souci de la défense Je l'empire ottoman fut le mobile principal de la politique anglaise. Il guerre de Crimée eut encore cette conséquence d'enrayer les progrès menaçants de la Russie en Asie; elle les enraya, mais ne 1*5 ftu.'ta pas.

Conquête du Tnrkestan (1861-1868). — Les Russes avaient décidé, en principe, que, depuis le fort Perovski, sur le Syr-daria, la frontière serait tracée directement à l'est, de manière h englober le lac JWkbach. Pour atteindre ce résultat, deus expéditions furent simultanément préparées. L'une (2,500 h.), partant de la province sibérienne de Semipalal.insk, fut placée sous les ordres du colonel Tchwnorev; l'autre (1,200 h.), parlant du Syr-daria, était commandée parle général Verekin.

Le colonel Tcbemaïev traversa le fleuve Ili, qui se jette dans le lie Itnlkbiirli, enleva au Kokan les deux forts de Piehpek et de Toktok, et créa deux stations nouvelles à Kastck et à Viernyi, sur io Mtritofre Kabaks-Kirghb de la Grande Horde (1831).

En même temps, l'autre colonne, général Verekin, s'emparait de : île Yeni-Kourgan. sur le Syr-daria.

Peu après, le général Verekin jugea qu'il ne pouvait laisser, sans 4nger, la ville sainte de el-Hazred aux mains des Kokandiens, et qu'il serait préférable dé faire passer la frontière au sud de cette *; il s'en empara sans difficulté (1864) ; les Russes en firent la

Qpil.de Je leur nouvelle province asiatique, et lui donnèrent le nom

feTnrkestan.

Le colonel Tchemaïov jugea, de sou côté, qu'il serait utile d'ab-

■'jiIii.i paiement Tchimkenl, et l'enluva rapidement.

aux observations de l'Angleterre, le prince GorlOTi ministre des affaires étrangères, protesta du désir

10g L'EXPANSION EL-ROPÉENNE

du gouvernement russe de ne pas étendre plus loin ses conquêtes; cependant, dans une note diplomatique de 186-t, il exposait les diflicultés de la situation russe dans l'Asie centrale.

« Lorsqu'un État civilisé se trouve en contact avec des peuples dont l'organisation sociale est rudimen taire, il arrive toujours que l'intérêt de la sécurité des frontières et celui des relations du commerce exigent que l'État le plus civilisé exerce un certain ascendant sur des Toisins que leurs mceurs nomades et turbulentes rendent fort incommodes.

a On a d'abord des incursions, des pillages à réprimer; pour y mettre un terme, on est forcé de réduire à une soumission plus ou moins directe les peuplades limitrophes.

« Une fois ce résultat atteint, celles-ci prennent des habitudes plus tranquilles; mais elles se trouvent, à leur tour, esposées aux agressions des tribus plus éloignées. L'État est obligé de les défendre contre ces déprédations et de châtier ceux qui les commettent ; de là, la nécessité dY'jpéilitions loinlaincs, coûteuses, périodiques; et, si l'on se borne à châtier les pillards et qu'on se retire, la leçon est bientôt perdue; la retraite, surtout dans l'esprit des peuples de l'Asie, est mise sur le compte de la faiblesse ; il faut donc poser le3 hases d'un système sur des conditions géographiques et polîLiques, Ûxes et permanentes. »

Dans l'armée du Turkestan se trouvaient, d'ailleurs, nombre d'officiers avides de se distinguer et, a-t-on dit, désireux de faire oublier quelques erreurs qui avaient pu motiver leur éloignement. Cœurs ardents, esprits aventureux, ils tenaient en général fort peu compte des prudences diplomatiques, mollement conseillées d'ailleurs par le gouvernement de Saint- Pétersbourg. Pour ces hommes qui vivaient sous la tente, au milieu des steppes, da.ns un isolement presque complet, l'Asie centrale, avec le merveilleux inséparable de la renom* mée des villes du Zêravcrian, de Samarkand, de Boukhara, etc., c'était vraiment la terre promise.

A cette époque, l'émir de Boukhara avait soumis à son autorité le khanat de Kokan et s'était déclaré le champion de l'islamisme en face de l'invasion russe; il prétendait descendre de'famerlan, et visait à rétablir l'empire mongol.

Une grande agitation régnait parmi les tribus voisines de la

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