‹ L'expansion européenneChapitre 33 sur 160 · LA PROVINCE TR ANS CASPIENNE · texte numérisé non relu

LA PROVINCE TR ANS CASPIENNE

L'occupation de Merv avait été pour l'Angleterre un coup d'autant plus sensible qu'il était d'opinion courante que cette position avait une importance stratégique considérable, et qu'à la prise de Merv pour les Russes, les Anglais devaient répondre par la prise d'Hérat. Mais, en ce moment, les Anglais étaient occupés par l'expédition d'Egypte, et, malgré des primes élevées, il leur était difficile de maintenir à 60,000 h. l'effectif de l'armée anglaise des Indes, tandis que celui de l'armée indigène ne dépassait pas 111,000 h. Ils se résignèrent.

Un traité, signé à Téhéran en 1881, a fixé les nouvelles frontières que la Russie entendait s'attribuer du coté de la Perse. La question des limites avec l'Afghanistan faillit, au contraire, amener une rupture avec l'Angleterre, qui avait pris les intérêts du khan de Kaboul. La Russie prétendait, en efiet, étendre son autorité sur une zone habitée par les Turkmènes- Salors ou Sariks, mais revendiquée par le khan comme partie intégrante de ses États.

Kèglement de la frontière afghane. — En 188*, l'Angleterre eL la Russie convinrent d'envoyer des commissaires pour tracer les frontières; mais les Afghans occupèrent l'andjdeh, situé surle terriloire en lilige, et poussèrent leurs avant-postes d'un côté jusqu'à Zulfiear, de l'autre jusqu'à Sari-Yasi.

Le général Komarov occupa, de son côté, Pouti-khaloun (surVBériroud) et, n'ayant pu obtenir la retraite des poslcs afghans, il les attaqua et les Louscula à Dach-kcpri (près Ak-tepc) (30 mars 1883), en présence de la mission anglaise impuissante.

Les Afghans se retirèrent sur Hérat; ils concentrèrent des troupe* dont on estima le chiffre à 45,000 h. ; à la suite d'une entrevue avec l'émir à Rawul Pindi (Indus), le vice-roi des Indes se proposait de le faire soutenir par un corps de 25,000 h., et l'on annonçait bruyamment que l'Angleterre allait former une armée de 60 à 70,000 h. pour s'opposer aux progrès des Russes. — Ces menaces de guerre n'aboutirent pas '.

La Russie montra un grand désir de conciliation; elle prit

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cependant ses précautions, ût pousser jusqu'à Merv la construction du chemin de fer, et renforça ses troupes.

Les négociations entre les commissions russes et anglaises aboutirent enfin (nov. 1887), la Russie consentit à un tracé qui laisse à l'Afghanistan Khodja-Salih surl'Amou-daria, Bala- Mourghab sur le Mourghab, et passe au sud de Zulficar, sur l'Héri-roud.

Un poste russe fut, dans la suite, envoyé à Kerki, sur l'Amou-daria, en territoire boukhare.

Ce traité aura vraisemblablement le sort de tous ceux par lesquels la Russie a marqué les étapes de ses conquêtes asiatiques; mais elle juge sans doute que le moment n'est pas venu d'engager la lutte avec 1'Angieterre. Il lui est nécessaire de mieux consolider ses nouveaux établissements, d'achever ses lignes ferrées, d'assurer le ravitaillement de ses troupes, avant de poser un ultimatum que l'Angleterre ne se croirait certainement pas encore contrainte d'accepter.

Toujours est-il que ce contact direct avec la Russie, que l'Angleterre redoutait tant, a été pris malgré tous ses efforts, et, même déjà, des pourparlers de guerre ont eu lieu, sur la frontière afghane, entre officiers anglais et russes.

Comment parer au danger? Le mieux serait peut-être pour l'Angleterre de marcher franchement au-devant de lui, c'està-dire de pousser ses lignes ferrées jusqu'à Hérat, de les raccorder aux lignes russes, d'établir des rapports commerciaux entre l'Europe et l'Asie occidentale par les voies de terre, de faire naître des intérêts économiques sur cette extrême frontière de la Russie, d'y créer la richesse. Les gens riches ne sont pas belliqueux, tandis qu'aujourd'hui l'Angleterre est en face de populations indigènes remuantes, faciles à exciter, derrière lesquelles est une armée de soldats qui n"<mt rien à perdre, tout à gagner, et qui sont rompus aux difficultés, aux fatigues, aux privations de la guerre asiatique.

Il faut aussi admirer la politique de la Russie à l'égard des peuples conquis. Terrible et parfois cruel dans le combat, le Russe se montre ensuite doux et bienveillant; il accueille avec la plus grande simplicité les peuples d'autres mœurs et

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les assimile avec une merveilleuse facilité. Respectant leurs coutumes et leurs traditions, il transforme successivement les Kaizaks, les Kirghiz, les Turkmènes , non seulement en soldats, mais encore en agents de colonisation1.

Dans ses conquêtes, la Russie a été secondée par un auxiliaire précieux et merveilleusement apte à lui servir de pionnier, au milieu des steppes qu'il fallait franchir : c'est le Cosaque. Voisin encore par ses habitudes, ses mœurs, ses traditions, des peuples demi-barbares au milieu desquels le transporte la volonté du tsar, le Cosaque s'établit sans se plaindre, et sans d'ailleurs trop en souffrir, dans les postes qui jalonnent les routes militaires. Il s'y fortifie d'abord, garde les relais qui pourvoiront au service des courriers et les magasins où viendront se ravitailler les colonnes en marche. Quelquefois, il fait venir sa famille; peu à peu, il défriche un morceau de terre qui contribue a lui donner sa subsistance ; un village est ainsi fondé. Si la position est importante au point de vue militaire, la garnison du poste sera augmentée, les officiers et les fonctionnaires y seront envoyés en plus grand nombre; des marchands s'y installeront; les indigènes y seront attirés par l'appât des échanges; c'est une ville européenne qui se développe en pleine Asie, et, dès lors, la civilisation occidentale a franchi une nouvelle étape.

Les Cosaques sont bons à tout et prêts à tout. Ils font la police des routes, escortent les courriers, éclairent les colonnes, gardent les convois. Dans le nord, ils sont, depuis longtemps déjà, secondés par des postes de Kirghiz ; les Turkmènes commencent à remplir le même rôle dans la région du Sud.

La prise de possession de l'Asie centrale par les Slaves est bien définitive; elle s'affirme par la femme, par l'enfant, par la constitution du foyer familial. Les fonctionnaires de tout rang, les officiers de tous grades, y ont transporté leurs Ils y trouvent un climat plus agréable que celui de la majeure partie de la Russie; ils jouissent d'une solde plus

l. Li? lils du khan des Tekkés, tué àGeok-Tepiï, a reru le grade effectu" i.l t'U a, île suite, t'iurce les droits vis-.i-vis tlt;s officiera ruiscft ew-ni&iucs.

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