L'INDO-CHINE
Sous le nom d Indo-Chine, c'esl-à-dire région intermédiaire entre l'Inde et la Chine, on entend généralement la grande péninsule comprise entre le golfe du Bengale et le golfe du Tonkin, elqui est partagée entre la Birmanie, le royaume de Siam, les Etais de la presqu'île de Malacca, la Cochinchine, le Cam- Mge, l'Annam, leTonkin, et le Laos5.
La Birmanie a été annexée à l'Empire britannique des Indes,
en ma.
^ium est un État indépendant.
Les petits Étals de la presqu'île de Malacca sont sous le protectorat ou sous l'influence de l'Angleterre, qui en possède directement plusieurs parties.
La Cochinchine est une colonie française.
L'Annam, le Tonkin, le Cambodge, sont sous le protectorat delà France.
Le Laos est composé de plusieurs Etats ou principautés indépendantes ou tributaires de la Birmanie, de Siam, et de l'Annam.
1. La description géographique de l'Iuilu-Cliiii'.1 l'L'jri'.yiisc a été résumée d'opi'éa une s£ric de travaux inédits, dus ù plusieurs ofliciera du corpa tipiclitiounaire, détachés plus tard à l'École supérieure de guerre. J'ai le rtgret de ne pouvoir citer l»us leurs noms ; mais c'est uu devoir de renin homiuu^i' .1 [fiirdévi. :i irieuL nomme i Uui'è mérites, et de leur expri- ■«ricl, avec mee reaicrtiementa, la sympathie et t'alîecliou de leur ano*a professeur.
S. Ternies aim&imlrs ,a , siamois (s), ou divers (d), fréquemment usi- W« d*m le» désiRiiilious des accidenté géographiques : province ; linh (a), Iran [d)i
tK-licu de diviitow administratives .- diub [a], phu (h), chan (a), hureu tyt «ieu (s), muoag (d), xieng (d); rWfre ; soug (a), ubib (s), mé (d), se (d), lach (d); "«toMt-Aure : cua (a) ; "wntii/fte .- nui la), hon (a), pou (s), khao (s), pnora (d);
■'-plumij, veillant la ihit: iliX-duun-j, voisin de la mer); ix-rduii en amant .- bue (a), pu (chinois); ""1 eu m aval : nam (a), uan {ch) ; -'•tongle/,).
L'INDO-ClllNE
Aspect d'ensemble.
La presqu'île indo-chinoise est soudée nu continent asiatique par les montagnes encore inexplorées du Tibet orienta!; <dle est creusée, du nord au sud, par cinq grandes vallées sensiblement parallèles entre elles, qui ouvrent les roules de pénétration entre la mer et l'intérieur. Ce sont : l'Irawaddy, la Salouen, le Ménam, le Mékong, le Song-coï.
L'Irawaddy et la Salouen traversent la Birmanie; le Ménam traverse le royaume de Siam; le Mékong traversa le Laos, le Cambodge, et la Cochinchine française; le Song-eoï vient de la province chinoise du Tun-nan et arrose le Tonkin.
L'Irawaddy est navigable jusqu'à Bhârao, à i,200k. de la mer.
Le cours de la Salouen est entravé par des rapides ; les navire* ne remontent que jusqu'à Maulmeïn;
Le Ménam, dont l'embouchure est entravée par une barre, porte des barques à une grande distance; les chaloupes à va- ' nvent le remonter jusqu'à Fitchaï, 400 kil. en amont de Bang-kok.
I.e Mi'kong n'est facilement navigable que jusqu'à Kratié, où sont les premiers rapides. Les grands rapides de Khong arrêtent, jusqu'à présent, la navigation. On espère toutefois pouroir baliser un chenal pour les franchir. Plus en amont, sont de longs biefs praticables.
Le Song-coï peut être remonté par de petits vapeurs jusqu'à Lao-kai sur la frontière chinoise, et par des barques jusqu'à Mang-hao. C'est le Song-coi qui ouvre la communication la plus courte entre la mer et les provinces méridionales de la Chine.
On remarquera que tous ces fleuves descendent, à peu de distance les uns des autres, des plateau* du Tibet oriental, j.iir des vallées étroites, parallèles entre elles et parallèles aux vallées supérieures du Brahmapoutre et du Yang-lse-kiang. ['ils ont dépassé la région des hautes montagnes, leurs cours deviennent divergents, et, depuis Canton jusqu'à Cal- Us dessinent les arêtes d'un cùne immense, dont les
penles générales sont également accentuées par la direction des grands affluents et des principaux, cours d'eaux côtiers. Les hautes vallées des fleuves sont encaissées entre des montagnes élevées, étroitement plissées, difficiles à franchir, et profondément creusées par la formidable érosion des gigantesques glaciers tibétains. Les terres qu'ils ont arrachées aux plateaux du centre, ont formé les immenses alluvions des bassins moyens et inférieurs des fleuves et constitué le sol de la Birmanie et de rindo-Chîne.
Au-dessus de ces alluvions, poinlenl, parfois, les sommets coniques ou les crêtes des montagnes dont la base est noyée dans les empâtements limoneux.
H semble, cependant, que l'on peut reconnaître trois directions principales de plissement : 1° du nord au sud; 2° nord-ouest à sudest; 3° ouesl-sud-ouest à esL-nord-est.
La direction nord-sud, caractérisée par la présence du granit et de quartz aurifères, se trouve dans les montagnes qui bordent la cûte sud-orientale de l'Annam, et dans les arêtes qui séparent les hautes vallées descendant du Tibet oriental.
La direction nord-ouest — sud-est, où l'on retrouve presque uniquement des roches calcaires, est nettement marquée par le cours du fleuve Rouge et des rivières voisines, pur la côte du nord de l'Annam; on la retrouve dans lu péninsule de Malacca et dans l'île de Sumatra.
Enfin, la troisième direction se voit dans la chaîne des Die mille monts (cùle méridionale de la Chine). Celle dernière direction se retrouve aussi dans l'alignement que donnerai!, une ligne joignant les grands rapides du haut Mékong et du haut Song-col, comme dans l'alignement du ressaut des Dong-rek, entre le bas Menant et Ilassac sur le Mékong. Tout rapide dans un cours d'eau marque le passage d'une région géologique à une autre, c'est-à-dire nn rebrou s semeul du sol.
Les montagnes dont les altitudes atteignent, en certains points, plus de 1,000 mètres, forment de véritables barrières entre les différentes vallées. La difliculté des communications est encore augmentée pur la nature boisée du pays. La presqu'île indo-chinoise n'est qu'une immense forêt. Plaines, collines, montagnes, sont couvertes d'une végétation tropicale. Souvent, d'un sommet élevé on ne voit aucun lieu habité; les villages et les rivières qui les entourent
ne paraissent que de petits ilols perdus au milieu d'un océan de verdure sombre. La surrace cultivée n'est rien en comparaison de l'étendue envahie par les bois.
Il a donc été fort difficile aux diverses populations de ] 'Indo- Chine de se pénétrer pour former un tout compact. Chaque race a conservé ses traits caractéristiques, et un empire unitaire n'a pu se fonder dans ces régions.
Races. — Les peuplades primitives ont été progressivement refoulées des vallées par des conquérants hindous, mongols, chinois, et malais, et se sont finalement cantonnées dans les rfgrons montagneuses, d'où elles répugnent à sortir, de même que les gens de la plaine ont une répulsion pour la montagne. I.n peur prédomine d'ailleurs dans tous leurs actes, leurs relations sont très restreintes, et l'inimitié est presque constante de village h village. On a dit que ces peuples étaient retournés àlelat sauvage. On ne retrouve chez eux aucune trace ce civilisation; leur religion est un fétichisme grossier; ils n'ont point d'écriture; leurs idiomes sont nombreux. Leur type se rapproche de celui des indigènes de la Malaisie et des Alfourous de l'Océanie.
Ilêrractaires à tout progrès, ils s'isolent de leurs voisins dans une indifférence farouche, vivant par villages, sans liens politiques. Leur origine, leur genre de vie, leur étal social, leur ont fait donner les noms génériques de Mois par les Annamites, de Hhas parles Laotiens, de Mans par les Chinois. On traduit généralement ces expressions par celle de sauvages, bien qu'elles signifient plutôt toutes trois « esclaves ou peuples asservis ».
\.>'- principales de ces peuplades sont : les Peunongs, les SLiengs, l'-s [triés, les Djiarais, les Cedangs1, les Tiams, les Tahaîs, etc.
lii:-n que l'esclavage ait été officiellement supprimé, le trafic des nclavea continue à. se faire clandestinement sur les frontières lao-
ùues, aussi bien qu'annamites. D'ailleurs, par représailles, les font parfois des incursions chez leurs voisins et enlèvent -m mes, femmes, et enfants.
'■ Ut Cedangs vivent dana lea montagnes qui Réparent le bas Mékong •de l'Annam. Tl y a quelque :itiiiéi>. un l,'rrmcaïsT M. •]<: M.iv- ■ iil. l'Inlili au milieu d'eux et avait constitué, a' sou prolit, une ">rlc de royauté, qui fut éphémère.
)6fi L'EXPANSION EUROPÉENNE
Les races conquérantes étaient, les unes de civilisation hindoue : Kmers, Thaïs, et Birmans; les autres de civilisation chinoise.
Les Kmers ont eu une période remarquable de puissance et de gloire; les ruines de, leurs monuments couvrent la partie méridionale du bassin du Mékong. Les Cambodgiens actuels sont leurs descendants bien dégénérés.
Les Thaïs, de race mongole, descendus sans doute de la partie orientale du Tibet, comme le font croire leurs légendes, forment la plus grande partie de la population de l'Indo- Cbine. Us s'établirent d'abord dans le hassin du Mékong et dans celui de Ménam, et peuplèrent les plaines et les vallées. Puis, le trop-plein gagna peu à peu la montagne, s'inBUrant entre les Chinois et les Annamites, dont ils habitent les frontières d'une façon à peu prés continue jusqu'à la mer.
Les deux grandes subdivisions des Thaïs sont les Laotiens et les Siamois. Ces populations ont même langage; la langue thaï se parle de Bang-kok au Yun-nan et jusque dans la vallée du Si-kiang. L'écriture est. phonétique; les caractères s'écrivent horizontalement et de gauche a droite ; ces populations se font remarquer par leur franchise unie à une grande douceur. Elles vivent sous une sorte de régime féodal.
Les Birmans différent un peu de la race précédente; ils sont plus grands, plus forts, et plus audacieux que les Thaïs. Des commerçants birmans, voyageant par groupes de quatre ou cinq, ont été rencontrés dans les régions les plus sauvages de l'Indo-Chine.
Les Malais dominent dans la péninsule de Malacca.
Les Annamites et les Tonkinois sont venus des hauts plateaux du Yun-nan et du Kouang-si. Les annales de l'Annam, dont les traditions remontent a 2,000 ans avant Jésus-Christ, rapportent que, pendant dix siècles, et jusqu'en l'an 929 de l'ère chrétienne, l'Annam resta sous la domination chinoise.
Il n'y a entre Annamites et Tonkinois d'autres différences que celles qui séparent les habitants des plaines et ceux des montagnes, ou encore les hommes du nord de ceux du midi du même pays. L 'antagonisme qui existe entre eux a pour origine des causes politiques et non pas une différence d'origine ethnique.
Au xv" siècle, la conquête chinoise s'étendit, de nouveau, surVAnnam. La civilisation des conquérants, leur langue monosyllabique, et leur écriture idéographique, se retrouvent au Timkin et en Annam. La Chine prétendait à une certaine suzeraineté sur les pays de l'Indo-Chine. Les rois birmans, siamois, annamites, recevaient de l'empereur de la Chine une sorte d'investiture, et, à certaines époques, ils envoyaient des ambassades porter des présents à Pékin. Cette situation s'est modifiée depuis l'intervention française dans les affaires de l'Indo-Chine.
On trouve, du reste, dans toutes les parties de l'Indo-Chine '!" nombreux émigrants chinois. La majeure partie du commerce est entre leurs mains1.
La religion de toutes ces populations a pour basa le bouddhisme, altéré par des superstitions multiples. Le culte se Wne à certaines cérémonies officielles, hommages publics rendus par les fonctionnaires de tout rang, ou par les chefs de famille, A la mémoire des ancêtres et aux génies protecteurs de la province'.
Les liens de famille sont généralement puissants et respecte; le père a une très grande autorité sur tous les siens.
La base de l'organisation administrative est la commune, 'l:|i L'sl, presque partout, régulièrement constituée.
I Qlolon, a 6 kil. de Saïgou, est une ville chinoise de 40.000 hab. • I.' m missions clii'êlkaim^, établies depuis deux sièeles en Cochin- '"l'ui'j. y ont fait d'assez nombreux prosélytes. On compte 40.000 chrétiens i.:<j<:liiiii:hine. Les persécutions dont ils ont i1 té parfois victimes, '■anses plutôt jioIiLi.jiies et sociales que religieuses.