M. Hautefeuille, aspirant
reçoit la soumission d'une garnison do 1,700 hommes, s'empare de la place, et fait hisser le pavillon français (9 décembre).
Ramier arrive quatre jours après ; il pousse immédiatement sur Kam-dinb, forteresse puissante, précédée de forts extérieurs. 11 est reçu à coups de canon; sa canonnière, le Scorpion, plusieurs fois touchée, riposte éii' iniquement, mais ne peut éteindre le feu ennemi. On débarque, et «ne escalade insensée jette la panique dans la garnison, qui lâche pied (11 décembre).
En moins d'un mois, tout le delta du Song-coi est en notre possession, et ce résultat incroyable a été obtenu avec deux canonnières et moins de S00 hommes.
Garnier s'occupe activement d'organiser sa conquête. Des volontaires se présentent par milliers; des milices su forment dans les places pour les garder. Alors, paraissent de nouveau! ennemis; ce sont les Pavillons noirs, gens sans feu ni lieu, qui, après avoir guerroyé pendant vingt ans au Vun-nan, n'ont d'autre métier ni d'autre moyen d'existence que la guerre. Établis en aval de Laokttl, ils dominaient le haut fleuve et interceptaient le commerce.
Les mandarins annamites les appellent à leur aide, et, le 21 dé- -eernbre 1S73, ils se montrent devant Hanoï et insultent la citadelle. Il ne fut pas difficile de les repousser; mais Garnier, emporté par son téméraire courage, les poursuit, avec quelques hommes seulement, qu'il devance de plusieurs centaines de mètres; i) tombe dans un fossé et il est massacré. Sur un autre point, l'enseigne de vaisseau Balny était également tué.
Abandon du Tonkin (1874). —Avec Garnier, lafortune allait disparaître. Au moment où sou étonnante conquête paraissait devoir se consolider, elle était anéaniie. Dans ie courant de décembre, en effet, les ambassadeurs annamites, chargés par le gouvernement de Hué de conclure un traité avec la France, s'étaient rendus à Hanoi, où ils observaient les événements. Ils y avaient été rejoints par un offlciei de marine, chargé spécialement par le gouverneur de la Cochinchine des négociations avec L'Annam. Celui-ci désapprouvait la conduite de Garnier; il revendiqua non seulement la direction politique des affaires, mais encore le commandement militaire qu'il n'avait pas a exercer, mais auquel il prétendit, en raison de son ancienneté de grade. Loin de venger la mort de Garnier, il le désavoua et signa avec l'ambassadeur annamite une convention par laquelle tel troupes françaises devaient se retirer à Haï-phong, aux embouchures du Song-coi. M. Dupuis devait également quitter Hanoi et, dans
rNDO-CHINE FRANÇAISE Hf
le cas où il persisterait à s'établir en un point quelconque sans l'autorisation du gouvernement annamite, « les Français, était-il dit, s'engageaient à aller l'en chasser ». Toutes les forteresses furent Évacuées et remises au* mandarins annamites.
De sanglantes représailles suivirent cette retraite. Des milliers de Tonkinois compromis en faveur du pavillon français et les chrétiens de la province furent chassés et massacres. M. Dupuis, complètement ruiné, vit ses bâtiments et sou personnel séquestrés par l'agent consulaire français1.
Traité avec la cour de Hué. — Le 15 mars 1874, la cour de Hué, en retour de ces bons offices, consentait à signer le traité depuis si longtemps réclamé par le gouverneur de la Cochinchine. L'Auuam l'engageait à conformer sa poliliqne eitéricure à celle de la France, promettait l'ouverture du fleuve Rouge au commerce étranger, et reconnaissait à la France le droit d'entretenir a Hanoï et à Haïphong des consuls avec uni* g;irde consulaire. Quant à, la France, elle abandonnait la situation, aussi belle qu'inespérée, conquise par
I. SI, Dupuis rentra eu France pour demander la réparation des pertes dont les déplorables événements que noua avons rapportés l'avaient nudu victime. Après plusieurs annéti, sa pétition, adressée à la Chambre des députés, fut transmise avec un rapport très favorable au niinis- Irre ilt l,i marine -, elle ne ivc.ul, d'ailleurs, aucune autre solution.
Le 16 mars 1881, l'Académie des sciences, sur le rapport de l'amiral Uijwhcï, décerna à M. Dupuis le prix Uctaloude-Guériucuu, pour récoiu- ■Ûèl ■■ l'énergique et hurdi ejploruti:ur qui avait parcouru seul, à Vaide de ses propres ressources, des milliers de kilomètres dans des con- Wei inexplorées... », et pour rendre hommage il sou patriotisme et a son honorabilité.
Le caractère essentiellement géographique de notre étude ne comporte pu de détails sur l'épopée de Francis Garnier, ni sur les entreprises de H. Dupuis. On en trouvera l'expo.-ié eiHiiplet dan* plusieurs publications. Sou* die rous particulièrement : les Fiançais au Tonkin, par Hip. Gautier; P*ria, Pion.
Ueonduite de Garnier fut d'abord si singulièrement appréciée qu'on '{'iilut contester a sa veuve le droit a une pension, sous prétexte que Hnutari n'avait pas été tué a. l'ennemi, et il se trouva un officier de vais- Wu qui, dans un document semi-officiel, le qualifia de flibustier; cepen- 4*«, le gouverneur de la Cochinchiuo l'avait encouragé formellement, quoique secrètement, ne voulant pas assumer la responsabilité de l'avenir. Aujourd'hui, justice a été rendue à sa mémoire, et sa statue a étil pUc^sur une place de Saigon. — Quant a M. Dupuis, c'était à la fois uu paillote et un commerçant d'une audacieuse énergie. De pareils hommes NUtttMndre de grands survices a leur pays; malheureusement ils sont l|,li> suiivcut abandonnés, sinon méconnus. C'est ce qui est arrivé à H BttpuJi.
ut us. 14
l!0 L'EXPANSION EUROPÉENNE
l'audacieuse initiative du lieulenant de vaisseau Francis Garnier et deses compagnons. De plus, on faisait hommage à l'empereur d'Annani de tout un malériel de guerre : u bâtiments à vapeur, donl le Scorpion, « celte glorieuse relique de l'expédition Garnier », 1,000 fusils, 100 canons, etc., clause pour le moins singulière.
Cependant l'ouverture du fleuve Rouge au commerce étranger ne se réalisa pas, et l'on se rendit bientôt compte qu'une occupation formelle du Tonkin pourrait seule modifier cet état de choses; il fallait donc en revenir à la politique d'action de Francis Garnier ; mais on craignait, non sans raison, de s'engager dans une entreprise dont les suites étaient difficiles à apprécier, car, en enlevant à l'Anuam la Basse-Cocbinehine et le Tonkin, d'où les mandarins de Hué tiraient la majeure partie de leurs revenus, on causait leur ruine, et il fallait s'attendre à une résistance armée que l'on ne pourrait sans doute briser qu'en allant à Hué.
Ce gouvernement français n'avait jamais vu d'un oail favorable les entreprises au Tonkin; il était cependant à la fois délicat et difficile de s'en dégager, car on sentait que la place que nous abandonnerions serait prise par quelque autre puissance. Peu a peu la situation empirait; la Chine, sollicitée par la cour de Hué, écoulant, peut-être aussi, des conseils venus d'Europe, entrait en scène et prétendait affirmer, à nouveau, des droits de suzeraineté qu'elle paraissait avoir négligés; ou annonçait rnôme la marche de troupes chinoises vers les frontières i.lu Tonkin. Quant aux Pavillons noirs du baul fleuve, ils élaieni pris a la solde des mandarins annamites, et la sécurité du consul et du détachement fiançais laissés à Hanoï Était compromise.
Expédition du commandant Henri Rivière (1882-1833). — Au commencement de 1882, on se décida à renforcer le détachement de Hanoi; on y envoya un millier d'hommes, sous le commandement du capitaine de frégate ilenri Itivière. Il se vit bientôt obligé, en raison de l'hostilité déclarée des mandarins annamites, de s'emparer de vive force de la citadelle (25 avril 1882), comme l'avait fait Garnier. Pendant près d'une année, il resta dans cette situation, temporisant, conformément aux instructions qu'il avait reçues.
La situation ne se modifiait guère ; au mois de mai 1583, il se décida à prendre Nam-dinh. Sur ces entrefaites, les Pavillons vinrent attaquer Hanoï,, qu'ils voyaient dépourvu de troupes; ils bloquèrent la ville.
Le commandant Rivière effectua une sortie avec 400 hommes.
L'INDO-CiNNE FRANÇAISE 211
S'étant engagé sur une chaussée étroite, il tomba dans une embuscade et fut tué avec 29 des siens. Son corps dut être abandonné; on put ramener 54 blessés eL les canons (19 mai).
Il fallait venger la mort du commandant Rivière; la question du Tonkin allait entrer dans une nouvelle phase.
Commandement du général Bouët (1883). — On envoya aussitôt toutes les Iroupes disponibles de Cochinchine, et on en confia le commandement au général Rouet. L'effectif restreint dont il disposait (3,500 li.) ne lui permettait pas d' enf reprendre d'eipêdilion, ni même de débloquer Hanoï. Il dut se borner à organiser la défense de trois villes : Hanoï, Nam-dinh, Haï-phong; quelque temps après, il put occuper, sans coup férir, Haï-duong et Quang-jen. L'ennemi s'était fortifié à Son-tay et à Rac-ninh.
Le docteur Harmand, qui avait fait partie de la mission Doudart Je Lagrée, fut nommé commissaire de la République française. Des difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre lui et le commandant des troupes1 et vinrent compliquer une situation déjà difficile.
A ce moment, Tu-Duc, l'empereur d'Aonara, mourut. On décida de l'établir à Hué pour faire cesser les manœuvres hostiles des mandarins. L'amiral Courbet canonna les forls de Thuan-an, à l'embouchure de la rivière, et un nouveau traité de protectorat, plus étroit, fut imposé à l'Annam (25 août). Un résident fut établi à Hué avec un poste français, et l'on conserva les forts de Thuan-an.
Commandement de l'amiral Courbet (1883). — Des renforts arrivèrent au Tonkin, et la direction des opérations fut confiée à l'amiral Courbet, qui remplaça le général Bouét dans son commandement. H. le docteur Uarmand cessa ses fonctions. L'amiral disposait d'environ 9,001) hommes.
Le nseplembre 1383, la place de Son-tay fut enlevée après une énergique résistance et un combat meurtrier. Ce n'était plus à ces Annamites qu'une poignée de bons soldats suffisait a disperser, que nous avions affaire; ce n'était plus à ces bandes mal organisées, qui n'avaient pas arrêté Dupais dans son aventureuse marche vers le Yun-nan, mais â des troupes qui faisaient preuve de réelles militaires et avec lesquelles il fallait compter. Approvisionnés largement en toutes choses, armés de fusils à tir rapide,
i. Le docteur Ilarrnand, médecin de Ici marine, était dans une position hiérarchique militaire qui, eu dehors de toute autre considération, rendait délicats ses rapports avec le général Bouet.
L'EXPANSION ËUHOfEii.N.S !■;
les Pavillons noirs étaient, en oui chinois réguliers.
Commandement du général Millot (1883-1884), — Le marquis de Tseng, ambassadeur de Chine en Fiance, en avait fait la notification officielle au gouvernement français, le 17 novembre 1883- On jugea, avec raison, qu'il était nécessaire d'envoyer au Tonkin de nouvelles troupes, et l'on constitua, sous les ordres du général Millot, un corps eipédîtionnaire de 16,000 hommes environ, formant deux brigades, dont les chefs furent les généram Brière de l'Isle et de Négrier.
A la fin de février 1884, le corps expéditionnaire se trouva rassemblé. Les opérations commencèrent presque aussitôt contre Bacninh, où se trouvaient des troupes chinoises. Après une série de combats, les positions avancées furent enlevées successivement, et la place fut occupée, le 12 mars. On y trouva plus de cent canons et, dans le nombre, plusieurs batteries Krupp. Malheureusement, il n'avait pas été possible de cerner la ville; ses défenseurs, dont le nombre fut évalué à plus de 20,000, se retirèrent, d'un côté, par la route de I.ang-son, de l'autre par celle de Thaï-nguyen. On les poursuivit dans ces deux directions (combats de Puu-lang-thuong e Lang-kep, sur la route de Lang-son (15, 16, 17 mars).
Thai-nguyen fut occupé.
Hnng-hoa fut ensuite attaqué et enlevé, après une résistance neuf jours, sans pertes considérables.
Les Pavillons noirs se retirèrent vers le haut fleuve, et les A mites vers le sud. Des garnisons permanentes furent placées a T nguyen et àTuyen-quan, sur la rivière Glaire.
A ce moment, tout le délia était entre nos mains. Des négociations ayant été ouvertes aveu la Chine, celle-ci s'était engagée, par la convention de Tien-tsin (il mai 1884), à évacuer toutes les places du Tonkin. Sur la loi de ces arrangements, une colonne, sous les ordre? du lieutenant-colonel Dilemme, l'ut envoyée pour occuper I.:in^-sn!i, mais elle fut arrêtée dans b;s défilés du Bac-lé par les troupes chinoises, qui prétendaient n'avoir pas l'ordre de laisser la roule libre. Le combat s'engagea (ï3 et 24 juin), mais l'insuffisance numérique du. détachement français ne lui permit pas de forcer le passage; il se replia avec des perles sensibles.
Ce malheureux événement, qui, suivant les Chinois, résultait d'un relard dans l'arrivée des ordres et d'une trop grande hâte de ta part des troupes françaises, fut considéré, en France, comme un ucte de
2s pourig et de
anc ■■
mauvaise foi el amena le gouvernement français à demander des réparations, qu'il ne put obtenir diplomatiquement. L'ordre fut donné à l'amiral Courbet de bombarder l'arsenal de Fou-tchéou {■Z2 août) et de prendre position a Kclung, dans l'Ile de Formose, près de mines de charbon dont l'exploitation devait offrir, espéraiton, des avantages militaire? et certaines compensations financières.
Commandement du général Biiére de l'Isle (18S4-lS8o). — Le général Millot, rentrant en France, remit le commandement au général lirière de l'Isle. Celui-ci résolut d'occuper Lang-son; mais les effectifs étaient insuffisants, et les moyens de transport manquaient; les rassembler était une très grosse difficulté.
Deux routes, parlant de Bac-ninh, conduisent dans la province de Lang-son : l'une, la route mandarine, traverse les défilés de Bac-lé; "e qu'avait suivie la colonne Dugenne. On la connaissait jusqu'à Bac-lé, mais on avait seulement quelques renseignements pour la partie comprise entre Dac-lé et Lang-son.
L'autre route remonte la vallée du Loch-nam, qui est navigable jusqu'à Cliu ; elle francliil le col de Déo-van el passe par Dong-son. "n n'avait aucun renseignement sur cette direction; on savait seulement que les Chinois l'occupaient en forces et avaient construit des fortifications à Chu. On en concluait qu'elle était praticable, puisque les Chinois y avaient conduit du canon.
C'est cette route qui fut choisie.
An commencement d'octobre, le général de Négrier enleva, après une énergique résistance, les fortifications de ICepsurla route man- 'lariue. Le colonel Donnier s'empara de Chu.
Occupation de Lang-son (1885). — Le mouvement sur Lang-son «ramença à la fin de janvier 1883.
Les nombreux ouvrages par lesquels l'ennemi avait couronné les pitons nui dominent la route et le délilé de Dong-son, furent enle- 1*1 tprès plusieurs combats où nos soldats montrèrent leurs brilkntes qualités d'entrain et d'initiative ; le 13 février 1883, on oc- Qpt Lang-son. Cette marche coûta une perte d'environ 300 hommes, 4»M 37 tués,
Déienaede Tuyen-çuan (mars 1885). — Pendanlce temps, Tuyen- 1u*n éluit bloqué par des forces considérables. Le général en chef se fWiason secours avec !a 1" brigade (général Giovaninelli). Le 2 et , il eut à livrer à Hoa-moc (limite de la navigation de la
SU l'expansion euro ri; ton e
rivière Claire;, à \-2 kilomètres de Tnyen-quan, un sanglant combat
qui coula prés de 500 homra es hors de combat, dont 73 tués.
Il arriva à temps pour dégager la petite garnison de trois compagnies (600 hommes) qui, sous les ordres du commandant Dominé, avait héroïquement résisté ans efforts de l'année chinoise du Yunnan, évaluée à 1j,000 hommes de très bonne troupe, commandée par Luli-Vinh-Phuoc. Le commandant Dominé avait soutenu, pendant 18 jours, les attaques d'un siège en règle, repoussé sept assauts et perdu une centaine d'hommes, dont 52 tués.
Retraite de Lang-son (févr. 1885). — De son côté, le général de Négrier, resté à Lang-son avec une partie de la 2e brigade, voulut dégager les environs; il se porta en avant, enleva Cua-aï, la porte de Chine (23 février); mais, le lendemain, il se heurta, à. Bang-b6, à des forces considérables et dut se replier sur Lang-son.
L'armée chinoise du Kouang-si prit à son tour l'offensive, Le 28, elle attaqua Ki-lua, en avant de Lang-son, et fut repoussêe; mais, le gênerai de Négrier ayant fié blessé, le commandement passa aux mains du lieutenant-colonel llerbinger, qui ordonna d'évacuer Lang-son, abandonna son matériel, et fit détruire une partie de son artillerie. La retraite, qui ne fut inquiélée par aucune tentative de l'ennemi, s'opéra avec une regrettable prédpi talion jusqu'à Chu.
L'émotion produite en France par ce dernier événement fut consmI.'i al'li- ; on décida l'envoi immédiat de renforts. Cependant, des négociations étaient reprises, depuis quelque temps, avec la Chine, qui, fatiguée, d'ailleurs, d'une guerre ruineuse etsans grand intérêt pour elle, et préoccupée des conséquences d'un blocus qui arrêtait les arrivages de riz, eut la sagesse de ne pas chercher à tirera' tage de ce succès passager et inespéré.
Opérations delà flotte dans les mers de Chine. — Pendai temps, la flotte française, sous le commandement de l'amiral C bet, avait mené une glorieuse et pénible campagne dans les i de Chine, dont la navigation est toujours très difficile.
Les opérations débutèrent par le bombardement de Fou-tchéo la destruction de l'arsenal, et des navires chinois dans la rivière Min (22 août 1884).
La ilotie reçut ensuite l'ordre d'occuper Kolung, un des porta J l'Ile Formose ; on pensait y trouver des gisements de charbon dont la prise de possession constituerait un gage entre les mains de la Fiance. Cette occupation eut lieu de vive force le 5 septembre 1884.
er avançant ce al Coures DM
-tchèou.
L'INDO-CHINE FRANÇAISE SI5
Une opération [entée par terre, quelques semaines plus tard, sur Tam-sui, un port voisin, ne réussit pas (8 oct. 1884).
L'occupation de Fonnose ne donnant pas les résultats qu'on en espérait, la flotte prit possesion des lies Pescadores, groupe de sept lies constituant une importante position maritime. Les ports de Pong-hou et de Ma-klung furent bombardés et occupés de vive forée (29 au 31 mars 1885).
Un blocus sévère fut établi pour arrêter tes envois de riz dans les provinces du nord.
La flotte chinoise était réduite a l'impuissance et en partie détruite, les revenus des douanes maritimes étaient taris par la guerre, la famine menaçante; le gouvernement chinois se décida à la paix.
Traité de paix (18S5). — Les préliminaires furent signés le 4 avril 1885, mais on crut prudent, toutefois, d'envoyer encore d'assez importants renforts, sous le commandement du. général de Courcy.
La paix définitive fut conclue àTien-tsin, le 9 juin suivant. La Chine reconnut le protectorat français sur le Tonkin et sur l'Anna m. La France abandonna l'île de Formose et les lies Pescadores.
La frontière entre la Chine et le Tonkin a été tracée par une commission mixte française et chinoise '.
L'n traité de commerce a été signé, en 1887 ; il a ouvert les douanes de Mong-tsé (Yun-nan) et de Lang-tchéou (Kouang-si) >u commerce français. Des consuls y sont installée, et un téléfraphe relie le Tonkin à Canton par Lang-tchéou. Depuis lors, le* relations avec l'empire chinois3 paraissent satisfaisantes ;
li On a consenti à céder à la Chine la presqu'île du cap Pa-kluog, qui .ii( .m Tonkin et formait enclave sur le terri loi ri; chinois. Une lui- Pwtiitite ructiïiciition a éle aussi accordée sur la frontière du Yim-nan. 2- La pacification du Tonkin a présenté des diflicultés plus granités le supposait et dont on n'a. pas encore triomphé (1893). La suh- "htuliiiii [jT'rmiitiin;c il'uu ivsîiHie civil au régime îiiiiilaire a énervé le "Uiiaïuidctnent, en [uî'Liic temps que le rnpnliïiiuient d'une notable parla iei troupes diminuait, d'une manière fort regrettable, ses moyens Wttion, Des bandes de piral==. fortement nrcsniséea et flans cesse ren- Wfifct par des Chinois, qui échappent & la surveillance insuffisante esercéc "irlnfronliire, surgissent en de nombreux points, méinedaos le delta; ils coups de main sur les tilUges et sur les détachements trop '■Nti, puis disparaissent du ■■■ dispersant , 1 1 : i s la brousse, lorsqu'ils ne
L'EXPANSION liUROPÉENNE
mais les autorités chinoises congédient leurs soldats en leur laissant leura armes et leurs munitions en guise de solde; ces libérés forment les bandes de pirates, très aguerries et fort bien armées, qui désolent te pays.
Si la répression de la piraterie pouvait être espérée1, la garde du Tonkin, dont la population est généralement sympathique, nécessiterait peu de monde; mais si l'on vent prévoir des complications nouvelles avec la Chine, il deviendra nécessaire de disposer d'effectifs relativement élevés, car la campagne du Tonkin a été une révélation inattendue de la force militaire de la Chine, de l'intelligence de ses diplomate* et de ses généraux, de la bravoure de ses troupes. Une transformation complète a eu lieu depuis la bataille de Pali-kao (iSGO), où un petit corpsde troupes anglo-français avait suffi pour mettre en déroule toute l'armée tartare et entrer à Pékin- La Chine n'est plus une quantité négligeable.
Quoi qu'il arrive cependant, les troupes françaises pourraient trouver dans le delta un réduit très solide. En occupant, par des forts de barrage, les quelques défilés qui donnent accès à travers la falaise du nord 2, en ayant des réserves concentrées en quelques points de l'intérieur: Bac-ninh, Hanoi;
se sentent pas en force. Lee opérations il.; ii "Inil contre ces bandes imposent aui troupes et ans corps de milice indigène placés sous les ordre» des administrateurs civils, des efforts Incessant! et des pertes souvent sensibles.
i. La piraterie a existé de tout temps dans ces pays, sur le territoire chinois comme ou Tonkin. Ou necuse parfois les autorités chinoises de l'eucouni^er; elles ont pourtant donné, a plusieurs reprises, des preuves de leur bon vouloir au* officiers français des pontes limitrophe. Muis i . ii'jin.-îsiuu uiùiue 'p.i'elh's exercent a pour conséquence de jeter les bandits de l'outre côté de la frontière. 11 .n'est pas facile de mettre ûu à cette déplorable situation.
2. Les postes principaux il tenir sont : Yen -haï, sur le Song-eoi; Tuyenquan, surla rivière Claire ; Thai-nguyen, sur te Bong-cau; deux point» ii déterminer sur chacune des roules de Dac-ninh a Laug-son (Than-moï et Chu, par exemple) et un poste sur la route de la cote.
11 faudrait s'attendre à une ii.ttai.jii'.' principale veuiuit ,1m Kouang-BÏ sur Cao-bang et sur Laug-son, dont la défense sera difficile. Les postes frontières auraient à se replier eu combattant sur Thai-nguyen et sur Thanmoi. La marche de l'ennemi sern d'ailleurs lente, a cause de la difficulté du ravitaillement. On peut compter la retarder assez longtemps (nu ou
en créant une flottille spéciale pour la navigation des rivières, en construisant quelques lignes ferrées stratégiques pour le rapide mouvement des troupes ', la France peut espérer n'avoir aucune inquiétude grave au sujet de la garde de sa conquête, et il serait excessif de considérer le maintien au Tonkin d'un corps de 8 4 i0,000 hommes (en partie fournis par les régiments étrangers) comme une cause de faiblesse dans l'éventualité d'une guerre continentale européenne.
Quant à l'Annam proprement dit, il est encore agité par les partis ennemis, qui refusent de se soumettre au protectorat
deux mois) pour attendre l'arrivée des renforts. Quant a l'armée du Yunnao, ses progrès seraient vraisemblablement plus lents encore.
L>ï[i''iii'iice de rexpêdiUou du Tonkin a montré quel eieellent parti en pouvait tirer des contingents annamites ou tonkinois conduits pur des cadres français. L'occupation du pays n'est pas possible sans le concoure de ces auxiliaires. Eux seuls peuvent marcher dans les terrains vaseux des rizières, sous le soleil de plomb des mois d'été et sous les averses diluviennes de l'hivernage, tandis que nous devons prendre raille précaution* pour ménager la santé de nos soldats. Les indigènes nous rendront les mêmes services que les Arabes en Algérie; ils noua mat indispensables pour les mêmes raisons, et l'on peut compter sur leur fidélité. L'opinion des officiers qui ont commandé les corps indigènes est unanime a cet égard.
Outre les bataillons tonkinois régulièrement encadrés et commandés, il existe des milices qui sont sous les ordres des administrateurs civils; il en e6t parfois résulté, comme on pouvait le prévoir, un dualisme fâcheux et des conflits de commandement regrettables, qui ne sont pas de nature & activer la pacification .
Les tribus des montagnes sont énergiques et vigoureuses; c!les ont, en |(Otnl, bien accueilli nos soldats et leur ont prêté leur concours contre , qui les violentent et les ruinent. On a émis l'opinion qu'il setail possible de les organiser en garde s- frontières sur quelques points. Un a eu malheureusement a regretter d'assez graves erreurs dans les procédés employés à l'égard des diefs du pays.
Uione montagneuse qui enveloppe le ielta a été divisée en quatre territoires militaires, dont les centres sont: Sept-Pagodes, Long-sou, Yen- [-ool), Son-la (dans le pays muoag). Cette organisation, réalisée *a 1892, réunit dans la même main l'autorité administrative et militaire deces territoires. On peut en espérer de bons résultats.
(.Un chemin de fer est eu construction de Phu-lang-thuong (sur le Song-thuoDg] vers Lang-son ; une section est terminée jusqu'i Kep {1H02). L» main-d'œuvre en est, en grande partie, fournie par les pirates cuïmémes, qui viennent demander du travail; ce qui peut faire supposer uue le meilleur moyeu de pariiier le pays serait il 'y développer les grands travaux d'utilité publique et de fournir aux gens qui ne peuvent vivre que de brigandage, des moyens d'existence moins précaires.
français et de reconnaître l'autorité du roi que la France a installa. La pacification fait cependant de sensibles progrés.
Par suite de la configuration orographique du pays, chaque province forme, pour ainsi dire, un compartiment particulier, compris entre la mer, la chaîne cùtière qui lui est parallèle, et les contreforts perpendiculaires qui s'en détachent. L'occupalion des passages des montagnes amènera donc, sans doute, l'anéantissement des rebelles. C'est une question d'effectifs et surtout une question de temps. Lorsque les autorités annamites seront convaincues de la ferme volonté de la France de maintenir et de Taire respecter son protectorat, leur concours sera plus franc et plus énergique, tandis que la résistance s'affaiblira pour la même raison. Dans chaque province, les citadelles du chef-lieu offrent un bon réduit pour le noyau français des troupes d'occupation.
L'œuvre de la France, eu Indo-Chine, n'est qu'à son début, puisque la période d'action militaire n'est pas encore close. On peut cependant en prévoir, dès maintenant, le développement, si aucune grande insurrection intérieure ou aucune guerre extérieure ne vient en troubler la marche.
La Cochinchine, colonie directe, produit un excédent d^^ recettes, qui sera momentanément reporté sur les dépense ^ des pays de protectorat voisins. Le Tonkin, dont les conditions du sol sont aussi avantageuses et la population aus^J dense qu'en Cochinchine, sera, sans doute, amené, dans u» t, avenir prochain, aune situation aussi favorable au point d«> vue budgétaire, et les travaux publics: ports, routes, ligne? ferrées, contribueront à la progression de ses richesses.
Bien que, d'après les traités, le Tonkin soit seulement sc*U5 le protectorat français, son administration est dirigée de tr£* près parles fonctionnaires des résidences, et la présence de troupes françaises, relativement nombreuses, donne à cetw administration un caractère tout particulier, qui se rapproche des conditions dans lesquelles sont placées certaine* parties du territoire civil de l'Algérie.
II n'en est pas de même du Cambodge, qui a son x<y%'
comme la Tunisie a son bey, et encore moins de l'Annam, qui échappe en grande partie à l'action des résidents français, et même à celle de son roi, dont l'autorité n'est pas partout reconnue. Ce n'est qu'avec le temps que cette situation se modiliera. Mais l'intervention française en Indo-Chine, après avoir substitué la suzeraineté très formelle de la France à la suzeraineté toule nominale de la Chine, a introduit dans ces pays, jusqu'alors gouvernés suivant les traditions des peuples orientaux, des idées nouvelles, un ordre de choses différent, et provoque une véritable révolution sociale, dont les conséquences peuvent être considérables1.
La classe des lettrés, parmi laquelle se recrutaient exclusivement, jusqu'ici, les fonctionnaires de tout ordre, craint de m voir dépossédée de ses privilèges. Un trouble profond est a prévoir dans l'ancien équilibre des forces sociales; les chrétiens, assez nombreux dans quelques provinces, sont naturellement accusés de sympathie pour les Français et pour leurs H-hs; ils sont en butte, soit à des tracasseries, soit à des persécutions violentes, dont ils se vengent dés que l'occasion s'enprésenle. De ces causes multiples, résulte un grand désordre intérieur, qui ne pourra disparaître que lentement, au fur *t a mesure de la consolidation de l'influence française.
Cette consolidation a fait d'ailleurs un grand pas avec la forma- Hon de VUnion indo-chinoise, sous l'autorité d'un gouverneur général duquel dépendent : le lieu tenn.nl- gouverneur de la Cochiuchine et gfjaîdents du Cambodge, de l'Annan), et du Tonkin.
La question des frontières entre l'Annam et le Siam, derrière fequel se trouve l'influence anglaise, a été réglée, en partie, par la «invention de 1893, imposée au Siam. (Voir p. 172.) Les Anglais, lui, de leur côté, se sont étendus jusqu'au haut Mékong, en occupant lfUos birman, prétendent interposer entre leurs possessions et les Possessions françaises un ÉLat neutre on État lumpon, sur la rive gau- 'I» du fleuve, de manière ù. se réserver l'accès des provinces méri-
'■Au sujet de la politique à suivre pour l'administration des pays coa- V'is sur des peuples orientaux, il eat iutéressaat de relire le Mémoire de "wj)«r(( sui- l'administration intérieure de l'Egypte. Voir tome V. Sc êdi-
(iionales de la Chine et à nous enlever les riches cultures de thé d'Ipang (page 180). Cette grave question n'est pas terminée (juin iS94),
Sur le long trajet du Mékong, dont la navigation est à régulariser, les points à occuper par des postes français sont :
Luang-prabang, près du confluent du Nam-ou, à la tfite du chemin de Lai-chau et de Lao-kaî;
Vien-lian, ancienne capitale du royaume laotien de ce nom ;
Ou-then, débouché du NanD-hin-boun et de la route de Vinh ;
Peu-nom, limite inférieure du biel', navigable en toute saison, qui s'étend jusqu'à Vien-lian ;
Pak-moun, tête de la navigation du Se*moun et point de départ du bief inférieur du Mékong, qui s'étend jusqu'à Khong ;
l'Ile de Khône, prés des rapides de Khong;
Stung-streng, tête de la voie de pénétration au cœur des régiona sauvages dont le centre est Attopeu.
A ce moment-là, seulement, l'empire français de l'Indo-chine -sera fondé.
Les gisements houillers du Tonkïii.
L'exploitation des gisements houillers du Tonkin intéresse au plus haut point non seulement la situation économique de l'Indo- Chine, mais encore le ravitaillement do nos escadres dans les iners de la Chine.
Le terrain carbonifère a été reconnu sur une bande limitée, au sud, par une ligne tirée par llung-hoa, Hanoi, jusqu'à la baie d'Honghaï, sur une largeur variant de 10 à 20 kil. Quelques afileurements de la baie d'Hong-haï et de l'ile de Kebao, qui en est voisine, sont en exploitation et donnent des résultats rémunérateurs. On a lieu d'espérer que, lorsque l'exploitation aura acquis son développement normal, ces charbons pourront entrer en concurrence avec ceux du Japon et d'Australie, qui alimentent, jusqu'ici, la navigation à vapeur dans les mers de l'extrême Orient. On compte sur un rendement (en 1893} de 200,000 tonnes pour le bassin d'Hong-hai, e 100,000 tonnes pour celui de Kebao.