LE TIBET
Les plateaux du Tibet, dont l'altitude est d'environ 4,000 m., sont entourés par d'épaisses murailles de montagnes, qui les dominent de 1,000 à 2,000 m. C'est un pays Terme aux étrangers', peu connu par conséquent, dont le rôle économique est fort peu important. Les efforts faits par les Anglais pour y pénétrer en venant des Indes, par Darjeeling et la passe de Sikkin, se sont heurtés à des résistances armées, qui ont amené des conl'.ita assez graves (1891).
Le Tibet, malgré son éloigneroenl et son isolement, a dû accepter la suzeraineté de la Chine, qui lui fournit les grandes quantités de thé dont il a besoin. L'empereur de Chine donne l'investiture au dalaï-lama, qui est le chef spirituel des houddhistes.
La population du Tibet est évaluée à 6 millions d'hab.
Lhassa, la capitale, est la ville sainte et la métropole du bouddhisme oriental ; sa population est évaluée à 1 r.i,00i") individus; clans les couvents vivent 20,000 moines, ou lamas, voués au célibat. L'altitude est d'env. 3,500 m. ; celle du lac Tengri-nor, au nord de la ville, est évaluée à 4,630 m.
Les relations entre la Chine et le Tibet s'établissent par le Setchouen. De Tching-lau, cap. de cette province, la route est tracée par Ta-tsiûn-hu, ha-lan<j (dans la haute vallée du Yang-I.se}, Kiung-ka et Tsiam-do [dans la haute vallée du Mékong), Biambar (où l'on traverse un des tributaires supérieurs de la Saloueu). — Le voyage est long et fort pénible.
1. Deux mi.-sioiinnin-s fi'aiin.is, li;s Pères Ilnn et Gabet, ont visité Lhassa en 18-15, et eu ont publia une très intéressante relation ; depuis, aucun Européen n'y a été admis ; niais plusieurs puuilits indous ont pu v pénétrer, entre autres le puudit Krishna (designé sous le signe A. K.)
(itns-im).
M. Bonvalot et le prince Henri d'Orléans, qui ont traversé le Tibet oriental (en 1889-90), depuis la Sibérie jusqu'au Tonkin, n'ont pu entrer à Lhassa.
L'exploration du Tihet oeciil entai a été faite, en partie, par la mission e du général l'evtsov (1889-1890). Ses travaux se commuent.
EMPIRE CIIINOI
ques sur l'empire chinois.
Au il" siècle av. J.-C, d'après les annalistes chinois, l'empereur Wou-ti refoula les invasions (les hordes occidentales el affranchit l'Asie intérieure delà domination des Ilion^'-nou (ou Huns).
Au vu* siècle ap. J.-C, toute l'Asie jusqu'à la Caspienne et jusqu'à l'Hindoustan reconnaissait la suprématie des empereurs de la Chine «1 lui envoyait des tributs.
Les invasions mongoles1 depuis fion^is-khmi (Hfii) jusqu'à TamerIan(mort en 1405) couvrirent de nouveau l'Asie de ruines. Gengis arait pris Pékin en 1213; un de ses Jescendants fonda la dynastie des Yen.
Au siv siècle, les Tartares furent expulsés el une dynastie chinoise rétablie (1368).
Au svu* siècle, eut lieu une nouvelle invasion mandchoue et s'établit la dynastie des Tsing, qui règne encore actuellement.
Au svni" siècle, l'empereur de Chine avait rétabli son autorité jusqu'aux montagnes du Pamir et de l'Himalaya.
Sur les frontières occidentales de l'Empire étaient cantonnées de nombreuses populations musulmanes, les Doungans.en Dzounfarie, des Turcomans dans la région des Tien-cb.au, d'autres dans laprovince du Yun-oan.
Rapports de l'Europe avec la Chine*. — Les Portugais et J et Jlullandais furent les premiers Européens qui commercèrent avec l'Extrême Orient. Peu à peu, les Anglais se firent ï>lace b. côté d'eux et finirent par les supplanter.
L'influence française s'exerça d'abord parles missionnaires,
*"l«i obtinrent de grands succès au xvi" siècle. Leur science,
'"nr désintéressement, !a distinction de leur esprit, qui con-
nl avec la brutalité et l'àpreté au gain des trafiquants
des autres pays, les firent bien accueillir à la cour de I'em-
Kliang-hi (1662); mais la jalousie des différents or-
in& religieux et leurs querelles ruinèrent la situation qu'ils
: acquise. Ces disputes etles troubles qu'elles occasion-
n.'in-ril amenèrent l'expulsion des missionnaires et l'inlerdic-
1, Voir page 89.
ï, Voir pour oa chapitre la Curie et la Wotice n° 23, Asie, Ailas gdncral.
lion du christianisme (1730). De celte époque date l'effacement de la France, qui aurait pu jouer un rôle prépondérant et qui perdait, d'autre pari, la grande situation coloniale qu'elle avait commencée à se créer dans les Indes.
En Chine, comme partout ailleurs, elle laissaitàl'Angleterre la plaça libre.
Cependant, les Chinois continuaient à interdire l'accès de l'Empire aux négociants étrangers. Ils ne les toléraient qu'à Canton et à Macao. Les missionnaires chrétiens étaient persécutés et martyrisés.
Guerre de l'opium (1839-1842). — Le commerce des Anglais avec la Chine consistait surtout dans l'importation de l'opium. Les bénéfices que ce monopole leur assurait, étaient et sont encore d'autant plus considérables qu'on le cultive, sur une grande échelle, dans les Indes. Mais l'abus de la consommation amenait des conséquences si fâcheuses, que le gouvernement chinois ferma à l'opium l'entrée des ports de la Chine (1839). Des mesures rigoureuses furent prises à Canton, où le gouverneur fit détruire, non seulement tous les approvisionnements qui existaient dans les magasins, mais aussi le chargement de navires anglais en rade. Des conflits surgirent, et les Anglais furent contraints de quitLer Macao et Canton. Quelques mois plus lard (juillet 1840), uue flotte de guerre vint bloquer Canton, bombarda Amoy, prit l'île de Chu-san et entra dans les eaux duPeï-ho.
La Chine négocia, promit des satisfactions ; mais, les négociations n'aboutissant pas, les Anglais enlevèrent les forts de la rivière de Canton (fév. 1841) et menacèrent la ville. Les autorités signèrent un traité, dont l'empereur refusa encore la ratification. Les hostilités furent reprises.
Canton n'échappa au bombardement qu'i.Ti priyaniriiidemnité que l'empereur avait refusée. Amoy et l'Ile de Chu-san furent réoccupés. La flotte anglaise entra dans le Vang-tse-kiang, prit sans peine Chang-haî, mais rencontra une vive résistance à Teliin-kiang, que les Tartares défendirent avec acharnement et sur les ruines de laquelle ils se poignardèrent eux-mêmes, après avoir poignardé leurs femmes et leurs enfants. Les Anglais, exaspérés do leurs propres perles, mirent tout à feu el à sang. Leur flotle remonta jusqu'à Nankin, la deuxième ville de l'empire, laissée sans défense. Le gouvernement chinois consenlit alors à signer, Ie20aoùl lsi-2, la convention
L'EMPIRE CHINOIS )|J
de Nankin, par laquelle cinq villes maritimes, Canton, Amoï, Fouhheov, Jiiag-po el Chang-ha) furent ouvertes au commerce Étranger. ]l reconnut la liberté du commerce de l'opium, paya une indemnité de 120 millions de francs et céda aux Anglais l'ile de Hongkong, en face de l'Ile portugaise de Macao.
Les États-Unis réclamèrent, à leur tour, des avantages commerciaux, et le représentant de la France voulut aussi obtenir un traité quelconque. Sans instruction et sans autorisation de son gouvernement, M. de Lagrenéc exhuma de vieilles réclamations au sujet de missionnaires, et, dès lors, commença entre la Chine et la France une série de difficultés, dont le règlement devait causer de nombreux embarras.
Guerre de 1856-1860. — Les relations avec la Chine n'avaient pas été réglées d'une manière suffisante parle traité de Nankin; ia silualion des négociants étrangers restait toujours précaire; les danses des traités n'étaient pas respectées; les réclamations dos consuls reslaient sans réponse. L'Angleterre se rendait compte que la farce seule pourrait renverser les barrières qui s'opposaient à leitension de son commerce; mais l'état troublé de l'Europe, au tioment de !a Révolution de 1848, puis, la guerre d'Orient de 1854- 18j0, ne lui avaient pas permis de poursuivre ses projets.
En 1856, une occasion se présenta. Quelques matelots, naviguant Sous pavillon britannique, avaient été arrêtés à Canton, sous prévention de piraterie. Le gouverneur ayant refusé les satisfactions érigées, l'escadre anglaise bombarda les faubourgs; les Chinois y *"épon dirent en incendiant toutes les factoreries européeunes. Les étrangers, Américains, Anglais, et Français, durent s'enfuira bord *ïes vaisseaux de leurs nations, qui les transportèrent à Hong-kong et à Macao.
La France et l'Angleterre envoyèrent des renforts dans les mers «Xe la Chine. Au mois de décembre 1857, leurs escadres réunies bombardèrent de nouveau Canton. Los Étals-Unis et la Russie s'associè- *"ent à leurs réclamations. La cour de Pékin ne cessant d'user de ïnoyens dilatoires, une escadre combinée des quatre nations attaqua les forts de l'entrée du Pei-bo et les occupa (mai 1858). Un traité fut imposé à la Chine ; mais, le gouvernement chinois se refusant à admettre les ministres étrangers à Pékin pour l'échange des *ïiiQcalirins, les hostilités furent reprises.
Us fortifications de l'embouchure du Pei-ho avaient éLé relevées l M *«ieusement améliorées. L'alUque en eut lieu le 23 juin 1859 ;
L'EXPANSION Kl'HOPJÏKN.Nfi
une tentative de vive ferre ne réussit pas ; les embarcations anglaises ne purent détruire lesharrages; 3 canonnières furent coulées; les Anglais eurent -150 hommes hors de combat; les Français, qui n'avaient pas été très eny.igés, perdirent l?i bomnies.
Celait, ua échec fort sérieux. La France était disposée à envoyer un corps expéditionnaire important; mais, cédant aux susceptibilités anglaises, elle en réduisit l'effectif à une division de 7,1)00 hom., sous le commandement du général Cousiii-Montauban.
L'Angleterre envoya, de son côté, deux divisions et une brigade de cavalerie, formant un total de i 2,61)0 h., dont 4,800 Indous, sous les ordres du général Grant. Au mois de juin I8G0, ces forces furent réunies dans l'archipel de Cbu-san et dans les îles voisines de Changhai. Au mois de juillet, elles furent transportées dans le golfe du Pe-tchi-Ii. Le débarquement s'effectua sans difficultés (l", 2 août) à Pe-tang, au nord de l'embouchure du Pei-ho, dont les défenses furent ainsi tournées. Les forts se rendirent après une courte attaque, et les troupes alliées s'avancèrent jusqu'à Tien-lsin.
Les ministres chinois renouèrent les négociations, avec leur du* plîeîlé et leur mauvaise foi ordinaire; cependant, tout paraissait arrangé. Les ministres de France et d'Angleterre devaient se rendre à Pékin avec une escorte d'honneur, et l'armée s'arrêter à quelque distance. La confiance était telle qu'un petit détachement fut envoyé en avant pour préparer les installations; mais les ofliciers et les hommes qui le composaient furent traîtreusement arrêtés; quelques-uns furent soumis a d'odieuses tortures et mis à mort, et, le 18 sept., l'avant-garde anglaise tomba inopinément près de Tan'.jtchou sur toute une armée, en ligne de balaille. On hàla la marche et on la bouscula.
Bataille de Pa-li-kao. — Le 21 sept., une nouvelle rencontre eut lieu près de Pa-li-kao. L'armée larlare, forte de a.:i,000 hom., dont 30,000 cavaliers, fut attaquée sans hésitation, et mise dans une déroule complète, laissant sur le terrain «,000 tués et 27 canons. Les alliés n'eurent que quelques hommes tués ou blessés. On entra a - Pékin, d'où l'empereur s'était enfui (13 oct.).
L'incendie du palais d'été, qui renfermait de merveilleuses riches- — ses, fut ordonné par le commandant des troupes anglaises, pour-ra venger les tortures infligées aux prisonniers. Cette exécution terrifia.»^ les Chinois et activa la conclusion de la pais1.
1. Le ciunraandnot r]u corps eipédilimniiiire fram-m? ne crut pas de — * voir s'associer 1 cette mesure, Quelques jours avant, le palaii avait étfc- -
Les traités spécifièrent l 'ouverture de nouveaux ports au 'commerce étranger, le droit de résidence permanente pour les ministres européens, et la liberté du culte chrétien.
Les troupes du corps expéditionnaire prêtèrent ensuite leur concours aux autorités impériales pour réprimer l'insurrection des Tel-ping, alors maîtres de Nankin et des environs de Chang-hai*.
Des troupes franco et anglo-chiaoises furent organisées, sous le tominandement d'officiers européens.
Dès ce moment, la Chine semble se réveiller de la torpeur qui l'engourdissait, depuis dos siècles. Jus<iu 'alors, elle s'était en quelque sorte murée, s'isolant du reste du monde, se refusant a entrer en communication avec les Occidentaux, qu'elle traitait de barbares, se refusant, surtout, à se laisser pénétrer par eux. Elle dut céderàla force et, bien qu'à contrecœur, abaisser, peu à peu, les barrières qu'elle avait élevées. Forcée d'accueillir les étrangers sur quelques points de son territoire, elle chercha bientôt à s'approprier les moyens d'action, qui avaient assuré leur supériorité. Elle fit appel à des Officiers, à des fonctionnaires, à des professeurs européens. Cn arsenal et un établissement d'instruction furent créés à tou-tchepu", par des officiers français; l'administration des douanes maritimes fut confiée à un personnel anglais, qui
Momentanément occupé par des détachements, et uu commencement «-le pillage avait eu lieu. Ces actes ri'yrultLiijii:? lurent hautement réprouvés en France.
Sur 38 prisonniers, dont 26 Anglais, 1rs Chinois rendirent 5 Français ^t 13 Anglais, et les cadavres de ceux, qui avaient été massacrés ou étaient morts de souffrances.
i, La Chine était, depuis longtemps, très troublée par une grande insurrection. Des sectaires, qui s'intitulaient Tal-piug (c'est-ii-dire les honi- ■»es de la Grand? p'ii.r.), proclamant di'j doiîmes religieux, duus lesquels *«i doctrines bouddhistes et chrétiennes étaient singulièrement mêlées, ïerferent l'étendard de la révolte, entraînèrent des populations entières et ^-ausÉreut, pendant un moment, uue illusion si grande ouï représentant» des puissances européennes, que ccui-ci entrèrent en relations *'tt leurs eliefs. En 18^3. les ÏYii-piiig étaient maîtres de Nankin; eu 1855, iU avaient pris Chang-hai : mais, ni ors, le commandant de la station frinqaisu se décida a prêter le concours de ses canons aux autorités impériales pour rétablir l'ordre.
-■ Quelques .innées plus lard, cet arsenal devait être ruiné par les ca- ™"i l'amiral Courbet.
fonctionne encore, sous la direction supérieure de sir Robert Hart, et qui a rendu les plus grands services ; la presque totalité des ressources ainsi obtenues a été consacrée à l'achat, en Europe et en Amérique, d'armes et de matériel naval. Puis, des jeunes gens ont été envoyés s'instruire eux-mêmes dans les écoles de l'Europe, et la promptitude avec laquelle plusieurs d'entre eux ont obtenu de surprenants résultats, a révélé les singulières et remarquables aptitudes de cette race. Le jour n'est peut-être pas éloigné où la Chine se trouvera suffisamment préparée pour développer elle-même les éléments d'instruction qu'elle est allée demander à l'Europe.
D'autre part, la paix intérieure se rétablissait, quoique lentement. Outre la rébellion des Taï-ping, qui avait été domptée, de très sérieuses insurrections musulmanes avaient éclaté presque simultanément dans trois régions, fort éloignées l'une de l'autre. Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler1. Elles sont intéressantes à rappeler, parce que c'est en étouffant les trois foyers de révolte que la Chine s'est trouvée en contact avec les trois grandes puissances européennes dont l'influence se fait plus particulièrement sentir sur ses affaires intérieures : au nord-ouest, avec la Russie, dans la Dzoungarie et le pays de Kouldja ; à l'ouest, avec la Russie et l'Angleterre, dans la Kachgarie; au sud-ouest, avec la France, dans le Yun-nan.
Le rétablissement de l'autorité chinoise dans le pays de Kouldja, que les Russes avaient occupé, faillit, comme nous l'avons dit, amener une guerre entre les deux pays.
Dans la Kachgarie, les Anglais avaient non seulement reconnu l'indépendance des révoltés, mais ils leur avaient prêté leur appui, pensant favoriser la création d'un État qui serait leur allié contre les Russes. Lorsque les Chinois rentrèrent dans ce territoire, ils reconnurent leur illusion et s'effacèrent prudemment.
La France se trouva, de son côté, intéressée, d'une manière bien imprévue, aux affaires du Yun-nan, par le voyage de la