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L'EMPIRE CHINOIS

mission Doudart de Lagre'e. L'intervention toute privée de M. Dupuis, d'où est sortie la question du Tonbin, en fut la conséquence; elle a provoqué, à son tour, l'entrée en scène des Pavillons noirs, qui étaientd anciens rebelles du Yun-nan. Nous avons raconté plus haut l'enchaînement de ces faits '.

Deux hommes, dont les noms ont justement acquis une notoriété européenne, ont pris une part considérable à la rénovation de la Chine; ce sont Li-hung-lchang, vice-roi du Tchi-li, et Tso-tung-tang, qui dirigea l'expédition de la Kachgarie. Le premier, animé de sentiments pacifiques, et négociateur intelligent des conventions de paix; le second, chef militaire, qui réorganisa l'armée et représentait le parti de la goerre.

Tao avait su organiser et conduire, depuis les provinces orientales jusqu'au pays des Tien-chan, à travers le désert de Gobi, une colonne de troupes bien outillées, munies d'une artillerie moderne; il avait, avec une remarquable décision, rétabli l'autorité de la Chine dans les provinces rebelles; pendant cette expédition, il s'était assuré la sympathie et même le concours des Russes, qui lui fournirent des approvisionnements. Les Tien-chan soumis, lorsque la Chine réclama de la Russie la restitution du territoire de Kouldja, le général Tso appuyait cette réclamation par la présence, sur la frontière, d'une force respectable et aguerrie, qui pouvait, disait-on, deviiiir le noyau d'une armée de 80 à 100,000 hommes,

La guerre fut imminente; la Russie finit cependant par céder, et la solution donnée a cette question inspira sans doute

t. On ignore en Europe ce que ces insurrections ont amené de ruines et M couler de sang au Yun-uan. Les rixes entre musulmans et Ghiuois «otnmcncéreut en 18*,5, dans les districts miniers de la légion de Tali-fu. 1* gouverneur du Vun-nun donna l'ordre, eu 18-ilî, de mellre à mort tous Jfi musulmans. Cette exécution eut lieu le 19 mai 1856; mais, dons les ■ontagnes, a. l'ouest de Tali-fu, ceux-ci résistèrent. En 1858, ils mirent *lsur léte Ma-haîen, homme d'une réelle valeur, qui s'empara de Yun- "•a-fu, et s'allia aux révoltés du Cban-si et du Kan-su. Le gouverne- •"'nt impérial, éteint aux prises avec les n' voiles des Tal-ping et avec la Guerre franco-anglaise, négocia avec Bla-hsien, qui était d'ailleurs dis- P°sé a pacifier le pays, où sonautorltê était reconnue. On dit qu'il changea "te nom, fut nommé Chen-tai (général de brigade) et représenté à Pékin '"" le le pacificateur du ïun-uau.

au gouvernement chinois une confiance mal fondée dans le résultat qu'une attitude semblable lui permettrait d'obtenir vis-à-vis de la France au sujet du Tonkin. Il se laissa entraîner à la guerre; mais, avec une rare prudence, il sut aussi s'arrêter à temps et ne pas s'engager à fond.

Toujours est-il que les troupes françaises trouvèrent devant elles des adversaires pourvus de l'armement et des engins les plus perfectionnés des armées modernes, et dont elles éprouvèrent la solidité et la valeur. Ces corps, amenés de très grande distance jusqu'au Tonkin, étaient sans doute l'élite de l'armée chinoise, et leurs pertes ne pouvaient être réparées avec des éléments de même valeur; mais il faut admettre qu'ils serviront de modèle à des formations d'armées plus nombreuses que la Chine présentera, un jour ou l'autre, sur quelqu'une de ses frontières. Quant à présent, les relations entre la France et Ja Chine, grâce surtout à l'influence de Li-hungtchang, ont été rétablies sur un pied de cordialité meilleure que jamais.

Va observateur prudent ne doit cependant pas perdre de vue cette rapide transformation de l'état militaire de la Chine, précurseur ou indice d'une transformation sociale dont on ne saurait sonder les conséquences. L'empire chinois est encore trop peu connu pour qu'il soit possible d'apprécier, avec exactitude, le développement progressif de ses forces intérieures et la puissance de son action extérieure. Les renseignements donnés par quelques missionnaires et par de rares voyageurs, les relations des diplomates européens avec une petite société de mandarins et de lettrés, les rapports des commerçants avec quelques négociants chinois et ceux des marina avec les classes les plus inférieures de la population dans les ports ouverts, le contact pris par les armes avec une portion des forces militaires et maritimes de l'empire sur les frontières du Tonkin et sur les côtes de Formose, ne suffisent pas pour asseoir un jugement sur l'avenir de cet immense empire, le plus vaste du glube, puisqu'il compte prés do 300 millions d'habitants.

Alors que nos ancêtres étaient encore à l'état de tribus noma—

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et brutales, la Chine était arrivée, déjà depuis longtemps, ii un degré de civilisation très avancé, très différent, sans doute, de la civilisation occidentale actuelle, lui étant de beaucoup inférieure au point de vue du développement des sciences et de leurs applications, mais lui étant comparable et même supérieure en bien d'autres points.

Il avait suffi, cependant, de quelques navires de guerre et d'une poignée de soldats français et anglais pour bousculer, en 1860, une armée entière qui défendait la capitale, et pour amener h composition le gouvernement de Pékin.

Comme on était resté sous l'impression de l'impuissance militaire et de l'incapacité politique manifestées par la Chine ;l cette époque, la surprise fut grande lorsque l'on s'est trouvé, récemment, en présence de diplomates habiles, fermes, sages W prudents, soucieux, à la fois, de défendre les intérêts de leur pays et d'en faire respecter les susceptibilités , tandis que, au lieu des bandes sans valeur de l'armée lartare, si facilement mises en fuite en 1860, on avait à combattre des soldats braves, bien armés, et bien commandes.

Alors, par réaction, onaété amencàexagérer la force de la Chine, et l'on a méconnu les causes de faiblesse qui sont la wnsèquence de l'étendue de l'empire, de son manque de cohésion, de sa situation économique, des révoltes intérieures, de l'insuffisance de ses ressources financières, de la résistance *m idées nouvelles, opposée par une grande partie de la population et par l'aristocratie des lettrés, etc.

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. Chine croit rapidement, mais elle. a subi d'équelques années par les guerres, les insur-

, On a évalué1 les perles dues à la rébellion des ; à la rébellion du Yun-nan, ù. 3 millions; ù la

i, à la peste, pendant dix ans, à 33 millions.

.... iportante de la Cliine est comprise entre le

'^H-lsé-kiang et le Hoang-ho, qui sont réunis entre eux, et avec ''^ni, par le canal impérial, «commerce a son centre principal au confluent du llan-kiang

corder, septembre et octobre 1880.

et du Yang-tsé-kiang, où se trouvent trois grandes villes ifju-lchang, Ilan-yang, Han-kêau *.

Sin-gan, sur un affluent de droite do Hoang-ho, est le grand entrepôt du commerce avec l'Asie centrale. Pendant 3,000 ans, ce fut la résidence des empereurs de la Chine. De Sin-gan partent les routes des caravanes vers l'ouest, parl'oasis de Khamil, d'où elles se bifurquent, d'une part, vers la Dzoungnrie et Kouldja, et, de l'autre, vers la Kaebgarie.

La Chine produit toutes les céréales : le riz, le thé, la soie, le coton, le lin, le chanvre, l'indigo, etc. Les montagnes contiennent de grandes mines et de considérables gisements houillers, qui sont peu exploités. Depuis quarante ans, on a payé à la Chine, argent comptant, les trois quarts de ses thés et de ses soies; à l'exception du matériel de guerre et de quelque matériel industriel, elle a peu importé de produits européens; elle a donc absorbé une énorme quantité de nuiiiéruire argent, et c'est là qu'ont disparu, en majeure partie, les millions de piastres sorties des mines de l'Amérique.

On ne saurait prétendre caractériser, dans un seul type, les moeurs et les aptitudes d'une population de plus de 500 millions d'hommes répartis sur un vaste territoire, sous des climats différents, et dans des conditions de vie fort diverses. Cependant, on est surtout frappé des admirables industries de ce peuple, de sa patience, de sa ténacité, de son respect de l'autorité, de la sobriété, de la force de résistance de ses ouvriers au milieu des plus durs labeurs.

Le Chinois excelle dans le commerce; il est doué d'une habileté merveilleuse pour les sciences mécaniques; l'agriculture a été portée à un haut degré de perfection; presque partout on fait un excellent emploi des richesses du sol. La pisciculture de la Chine est offerte, c raison, en modèle à l'Europe. Les Chinois se servent, depuis un temps immémorial, de machines agricoles. Au vu" siècle, ils s'éclairaient déjà au gaz; au ixs siècle, il extrayaient le rhum de la canal? e et fabriquaient le sucre de fécule.

Dans certaines provinces, la population est surabondante; de plus, les provinces du nord de la Chine ont souffert, pendant longtemps, d'une effroyable disette, et, la misère et la famine aidant, des masses humaines, lentes à se mouvoir, mais difficiles à conle-

1. Le P. Hue leur attribuait, en 18i2, 8 millions d'habitants. Dépeuplées piir In* guerres intestines, elles ne comptent plus guère actuellement que 1,500,000 âmes.

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nir, ont suivi le courant qui les poussait vers les ports, et sont allées demander à l'Amérique des moyens d'existence meilleurs. Les premiers émigrants ne furent que de pauvres manœuvres; mais, peu à peu, les classes plus riches se sont ébranlées. Cependant, tous ne partent qu'avec l'esprit du retour, et le contrat d'émip-JLtion des coolies contient toujours une clause de rapatriement du travailleur enrôlé, ou de son corps, s'il vient à mourir, et, chaque année, des navires spéciaux ramènent, en effet, en Cbine, les Cercueils de ceux qui ont succombé loin de leur pays. D'anciennes lois, toujours respectées, apportent Jes entraves et presque une prohibition à l'émigration des femmes.

Aux Étals-Unis, aux Antilles, au Brésil, au Pérou, les Chinois constituent des groupes compacts; l'invasion des Chinois en Californie a pris des proportions telles qu'elle constitue un danger sérieux, dont s'alarment les Étals-Unis. Leur nombre dépasse actuellement ISO, 000; ils ont fait baisser partout Sa main-d'œuvre, parce qu'ils se contentent du quart du salaire des ouvriers américains, fl trouvent, cependant, le moyeu d'économiser. Ils se sont exclusi- 'fraent emparés de certaines induslries : les cordonneries, les mamiFaclures de laines, les fabriques de cigares.

Dans la plupart des colonies européennes, le Chinois a remplacé le travailleur noir. On estime à plus de 3 millions le nombre des Chinois employés dans les possessions européennes. Aux États-Unis, c'est à la main-d'œuvre des Chinois que l'on fait appel pour tous 'es grands travaux; ce sont eux qui ont construit la plupart des chemins de fer d'Amérique, etc.

Plusieurs grandes compagnies, représentées à San-Francisco par des ruaisonschiuoises de premier ordre, favorisaient celte émigration. Avant ia Un du siècle, si ce mouvement n'était entravé, la Chine dirait complètement envahi la Californie, et ses émigrants, semblables à des nuées de fourmis, par leur nombre, leur activité, leur indomptable persévérance, s'achemineraient vers le centre et vers l'est des États-Unis. La Chine pourrait jeter 40 millions d'hommes en Amérique sans s'en apercevoir. Un jour cette multitude s'ébranlerait Peut-être aussi vers l'Occident.

Lorsque l'on a forcé l'empire chinois a ouvrir ses ports aux élran- 8*rs, on rie s'attendait guère a celte conséquence redoutable de la liberté des échanges. Les Américains qui, en 1868, ont conclu une Convention qui leur accorde, à charge de réciprocité, le libre accès de H Chine, ont dû se préoccuper des moyens de se défendre, de-

mander la révision des traités et prendre des mesures pour interdire aux Chinois la résidence sur le sol des États-Unis. Les ouvriers américains se disposaient en effet à s'opposer, par la force, au débarquement des nouveaux émigrants. De leur côté, les Chinois prétendaient résister â main armée, et plusieurs contlits avaient eu lieu.

Jusqu'au traité de commerce qui a suivi, en 1887, la conclusion du traité de pais entre la France et la Cbine et ouvert, du ci'ilê du Tonkin, les villes de Mong-tse et de Lnng-tcheou au commerce étranger, la Russie était ki seule puissance dont les nationaux pouvaient commercer par les routes de terre. Depuis (728, Kiachta, sur la frontière de Sibérie, était le point fixé pour les échanges; un important trafic y était fait par les caravanes qui se rendaient de Pékin, par Khalgan et Ourga, à Kiachta. En (8j2, un marché a été ouvert sur l'Irtich et, plus récemment, à. Karakul,

Les ports ouverts au commerce étranger sont actuellement au' nombre de vingt-deux (1892).

Les grands fleuves sont sillonnés par des services de bateaui à vapeur. L'ne compagnie américaine dessert le Yang-tsé-kiang, jusqu'à Y-tchang.

Ports ouverts.

Niou-tchouang.

Tien-tain

Tcbe-lou

Kiou-kiang . . . j

"Wou-bou i

Tching-kiang .

(M and chou rie).

(Tchi-li).

(Chan-toung).

Près de l'embouchure du ïaugtse-kiang].

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Le rétablissement des relations entre la Chine et la France a récemment amené les mandarins chinois à accepter le concours des ingénieurs français pour de grands travaux publics. Ce sont eux qui ont créé les établissements de la marine de guerre à Port-Arthur, à l'extrémité de la Mandchourie, et qui ont construit une ligne ferrée de Tien-tsin à Pékin.

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Si la Chine vient h créer des manufactures, des usines, et qu'elle prétende lutter avec les industries européennes, le bas prix de sa main-d'œuvre lui permettra d'inonder les marchés de l'Occident et de l'Amérique, dans des conditions qui défieraient toute concurrence.

Que l'on songe h ce que l'empire chinois couve de force et de puissance, et ne se demandera-t-on pas, avec quelque inquiétude, ce qui adviendra si, un jour, lorsque son outillage industriel sera terminé, il se dresse formidable en face des peuples occidentaux, avec une armée dont le chiffre pourrait facilement atteindre 40 millions d'hommes ?

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