PUISSANCE MILITAIRE
L'Angleterre, grâce à sa situation insulaire et à la supériorité de sa marine de guerre, s'est longtemps considérée comme invulnérable. Depuis quelques années, l'accroissement considérable des effectifs des armées européennes, la rapidité de mobilisation qu'elles ont acquise, la création des grandes flottes de transport, ont diminué cette quiétude, et ont amené le gouvernement anglais à se préoccuper, plus que par le passé, de ses moyens de défense.
C'est à sa flotte qu'il entend surtout conûer le soin de protéger les côtes et d'en éloigner le danger; il lui a préparé des points d'appui dans des ports de refuge et dans des arsenaux fortifiés; mais, en outre, à côté de l'armée active, peu nombreuse relativement, et toujours recrutée, comme parle passé, par des engagements avec prime, il s'est formé, avec un certain élan patriotique, sous le nom de volontaires, une véritable armée nationale, destinée à la défense du territoire, et dont l'organisation, fort défectueuse encore, s'améliore progressivement.
De toutes les hypothèses stratégiques qu'il est possible de faire, celle d'une descente en Angleterre est, certes, de nos jours, la plus improbable- Cette préoccupation semble pourtant hanter les esprits d'un grand nombre d'Anglais, et les commissions de défense ont récemment repoussé le projet d'un tunnel sous-marin entre Douvres et Calais, de peur qu'il ne fût ainsi porté atteinte à la sécurité du pays.
Il suffirait, il est vrai, de 16 à 17 navires pour embarquer 25,000 hommes et, si l'on réussissait a éloigner, pendant quelques heures, la flotte anglaise, il ne serait pas impossible de jeter un corps de débarquement sur les eûtes anglaises. L'existence du tunnel permettrait, a-t-on dit, de maintenir les relations entre le continent et les troupes débarquées.
Sur les 8,000 kil. de côtes qu'il est absolument impossible
de couvrir complètement, les points les plus vulnérables sont naturellement les grands estuaires et les villes ouvertes. Sur les côtes orientales: AberdeenJeFirth of Tay,le FirlhoFFortli, Edimbourg; Newcaslle et l'embouchure de la Tyne, les estuaires de laTees, de l'Humber, et du Wash; Harwich à l'embouchure du Stour, et surtout l'estuaire de la Tamise.
A l'exception d'Ilarwich et de la Tamise, non seulement tous ces points sont dépourvus de fortifications, mais encore on ne trouve sur ces eûtes aucun grand port de réparation qui puisse recevoir un cuirassé de premier rang. Cette raison avait fait projeter, comme nous l'avons dit, la construction d'un arsenal . qui est le point le plus rapproché des ports allemands de l'Elbe et de la Weser.
Sur les eûtes occidentales : l'estuaire do la Severn avec Bristol etCardiff, l'estuaire delà. MerseyavecLivcrpool, celui delà Clyde avec Glascow, seraient les objectits principaux d'une attaque.
Les eûtes méridionales de l'Angle terre et de l'Irlande seraient plus exposées à une offensive partant des eûtes françaises; est de ce cûlé que les précautions ont été plus particulièrement prises.
L'Angleterre a cinq grands ports militaires, avec arsenaux de réparation :
' '■ ri-, nvec Queenstown, au sud de l'Irlande;
âtilford-Baven, avec Pembroke, au nord du canal de Bristol ;
Pl-jtnouth, avec Devonport;
mouth, avec Southampton;
Chatam dans la Tamise.
L'arsenal de Cork et celui de Milford-Haven sont les points d'appui d'une flotte qui serait chargée de défendre l'entrée du canal de Bris loi.
Plymouth et Portsmonth sont des ports de guerre de premier ordre, mais leurs rades extérieures n'offrent pas d'abris absolument sûrs contre les vents.
Des ports de refuge sont ménagés à Falmoulh, Dartmouth, Pùrtland avec grandes installations pour le charbon, etc., et dans les îles normandes, à Aurignrj, Guernesey, et Jersey.
JIPAKSION EUROPÉENNE
Une flotte qui aurait à défendre l'entrée de la Manche à l'ouest, prendrait pour points d'appui, à droite, Plymouth et Porlland, à gauche l'île d'Aurigny. La longueur de la )jj»ne est d'environ 60 milles.
Le Pas de Calais est si étroit (33 kil.) que le port de Douvres suffirait à l'escadre chargée de l'occuper.
Tous les ports sont reliés entre eux par un système très développé de chemins de fer qui permettraient de concentrer les troupes de la défense sur les points menacés.
L'Angleterre entretient en permanence une escadre armée, dite flotte du canal (channel-jleel), et une escadre garde-cole [home-squadron) ; celle-ci composée de cuirassés à tourelles, torpilleurs, canonnières, etc.
Les fortifications de Plymouth, de Portsmouth, et de la Tamise ont été considérablement augmentées depuis quelques années et armées de pièces du plus gros calibre.
Les autres ports sont protégés du côté de la terre par quelques forts cl batteries.
Portsmouth. — La rade Je Spithead, devant Portsmouth, est la plus importante des cotes de l'Angleterre; elle est comprise entre l'ile de Wight et Portsmouth. Elle est protégée, à l'ouest, par quatre forts construits en mer : Saint-Helen, près de l'Ile de Wight; JVomtin, h 2 kil. de distance; HoneSand, à 2 lui. du précédent; Spit, près de la côte anglaise. Le chenal est entre Noman et Ilorse-Sand. Ces deux forts sont les plus considérables ; ils ont été construits sur des Ilots artificiels et sont cuirassés.
La passe occidentale, ou passe de Needles, est détendue par Uunt-Castle et par des batteries sur les côtes de Wight. La baie de Sandown, 'jui est le point le plus abordable de l'Ile, est protégée par plusieurs anciens ouvrages et par des batteries.
Défenses de la Tamise. — Les estuaires delà Medwayet de laTai grand arsenal de Chaton sont défendus par les fortifications de Hhmrness au sud, de l'Ile de drain entre Medway et Tamise, et de Stuxburyrusî au nord. Celles-ci sont armées de pièces à très Iflttgua poi
L'EXPANSION EUBOPÊBKNE
Dans la Tamise mt-mesont plusieurs forts qui protègent les abords des grands chantiers de Gravesend et de Woolwicli. Les plus importants sont : les Forts de Cliffe et de Shom-Head sur la rive droite, et de Coal-ïïouse sur la rive gauche; ces forts sont de nouvelle construction. Plus en amont: New-Tavem sur la rive droite, près de Gravesend, et Tilbury en face sur la rive gauche; ces fortifications sont plus anciennes que les précédentes.
Plusieurs forts sont également établis sur !a Medway.
On admet d'ailleurs que les passes et les estuaires se défendent plus efficacement par des torpilleurs que par des batteries. Des préparatifs considérables ont été faits dans ce sens.
Les côtes méridionales sont donc très protégées; celles de l'est, à partir de la Tamise, sont au contraire d'autant plus exposées, qu'il serait plus facile à une flotte ennemie d'échapper à la surveillance de la flotte anglaise. Mais il n'existe jusqu'à présent dans la mer du Nord aucune marine de gui en état de se mesurer avec la marine britannique.
Kists erre
Pour Faire respecter sa domination dans loules les mers du
globe et proléger son commerce, l'Angleterre avait surtout
oin d'une flotte puissante ; c'est donc au développement d
sa puissance maritime qu'elle a consacré la plus grande partie de ses efforts. Lorsqu'elle s'est trouvée engagée dans des guerres continentales, c'était encore le souci de ses intérêts coloniaux qui inspirait sa politique, mais elle s'est toujours Abstenue de donner à ses armées une trop grande importance, et s'est gardée avec soin de tout entraînement qui aurait pu la détourner de son principal objectif : l'empire des mers.
N'ayant pas, et ne voulant pas avoir de soldats nombreux1, même à une époque où les armées européennes ne se composaient que de troupes mercenaires, elle a su habilement y suppléer par des subsides payés aux princes ou aux nations tpVeUe enlrainait dans son alliance.
C'est avec l'or anglais que l'Autriche et la Prusse ont, en jurande partie, soutenu leurs guerres contre la France, au siècle dernier et pendant la période de la Révolution française et de l'Empire.
A l'époque contemporaine, pour lutter contre la Russie, il a fnlluâl'Angleterreu ne alliance continentale, et, avec un singulier oubli du passé, c'est la France qui a accepté ce rôle, *;n sacrifiant avec un étonnant désintéressement, dans la le Crimée, ses trésors et ses enfants.
Depuis 1870, la situation s'est modifiée. En 4878, il s'est trouvé un moment où l'Angleterre, isolée et inquiète, a fait venir, à défaut des troupes européennes qui lui manquaient, des régiments indous pour, s'il en était besoin, les opposer aux armées russes.
C'est alors que l'Italie, tourmentée par le besoin de mouvement et l'ambition des peuples jeunes, s'est offerte pour soutenir la politique anglaise, et, au moment où les Anglais se
I. Cromwell (1G40-1GjS) avait posé celte maxime que l'Angleterre ne détail pas avoir d'armée, ou n'avoir que ta plus pelile armée possible, maia que sa marine devait être in plus forte du moude. L'Angleterre est toujciurt restée fidèle à ce principe.
ee efforts tendent i maintenir a sn (lotte l;i Mipr.'ninlic sur les i i-jri-LS. Ses vaisseaux iihlit.Ii ;uid s, dont un grand nombre sont
■ .Jn-"i,ii.»r» de manière a. pouvoir être armée, peuvent être considérés
■ .i;u!i- nue prâuante réserve a
trouvaient aux prises avec les difficultés de la guerre du Soudan égyptien, un corps de troupes italiennes a été débarqué à Massaouâ, sur les côtes de la mer Rouge.
On a dil très liaut qu'en retour, l'Italie pourrait compter sur l'appui des flottes anglaises, si elle en avait besoin contre la France, et on a répété en Allemagne que l'on pouvait considérer 1'ADgleterre comme « flanquant la Triple Alliance ».
Armée anglaise.
Les forces militaires de l'Angleterre comprennent : Y armée active, la réserve, la milice, et les volontaires.
Armée active. — L'armée active, ou permanente, dont l'organisation est réglée par la loi de 1881, avait, au commencement de l'année 1892, un effectiT de 211,000 hommes.
Celle armée se recrute par des engagements de 12 ans, dont 7 dans l'armée active et'5 dans la réserve (service court), ou de 12 ans actifs (service long), ou de 3 ans dans l'armée active et de il ans dans la réserve.
Le recrutement a donué 36,000 hommes en 1891.
Bëserve. — L'organisation de la réserve est récente. Elle comprend trois classes : lu prfuiirre classe est formée par les hommes ayant servi 7 ans. (Ils reçoivent une solde journalière de 0 fr, 60f et peuvent être appelés 12 jours par an.)
La deuxième classe est formée par d'anciens réservistes, rengagés pour 4 ans ; ils reçoivent une solde de 0 fr. 40.
La troisième classe est composée d'hommes retraités.
Ces deux dernières classes ne doivent de service qu'à l'intérieur.
L'effectif budgétaire de la première classe était, eu 1892, de 68,000 hommes. Il n'est pas Lesoiu d'insister pour montrer que cesréserves n'ont aucun des caractères des troupes de mime nom dans les autres armées européennes.
Milice. — Organisée par une loi de 187j, elle se recrute par enga-
e durée de 6 ans ou de 12 ans. Les
:e, et peuvent être appelés pour des
périodes d'instruction de 3 à 4 semaines.
La milice ne doit le service qu'à l'intérieur; cependant, moyen-
nant quelques avantages pécuniaires, une partie des miliciens s'engagent à servir à l'extérieur1.
La milice comprend 110,000 hommes environ (1892)..
En outre, des corps de cavalerie, yeomanry, recrutés parmi les petits propriétaires fonciers, et se remontant à leurs frais, présentent un effectif d'environ 11,000 hommes (1892).
Volontaires. — Organisés par une loi de 1874, ils commencèrent à se former en 1856, époque à laquelle existait une certaine tension» dans les rapports avec la France. Ils constituent une armée territoriale peu instruite, mais animée d'un très bon esprit. Ils se distinguent en volontaires efficients, c'est-à-dire ayant quelque instruction, et en non-efficients, dont le chiffre est indéterminé.
L'effectif des volontaires efficients devrait être d'environ 258,000 hommes. Le chiffre était de 222,000 h. en 1891.
Us forment :
4 corps de cavalerie, 54 corps d'artillerie, 16 corps de génie, 206 bataillons d'infanterie.
L'État alloue à chaque corps une somme de 37 fr. 50 (1 livre sterling et demie par homme; cette somme est insuffisante, mais le commandement des corps de volontaires est très recherché en raison de l'influence politique qui en résulte, et les chefs de corps contribuent à leur entretien pour des sommes souvent considérables»
Il y a, en outre, en Irlande, un corps de police armé et organisé militairement, fort de 13,000 hommes et 400 chevaux.
Les troupes de marine formeraient un appoint de 10,000 hommes d'infanterie, 2,700 artilleurs, 20,000 hommes de réserve navale. Les équipages de la flotte ont un effectif d'env. 50,000 matelots On compte donc :
Armée active 211,000
Réserve 68,000
Milice et yeomanry 121,000
Volontaires 222,000
Troupes de marine 13,000
Réserve navale 20,000
Équipages de la flotte 50,000
1. L'effectif prévu pour ce service extérieur est de 28 à 30,000 hommes. La milice a fourni 45,000 hommes pour la guerre de Crimée.
Celte armée, formée d'éléments dis para les, constitue, sans doute, une force appréciable pour la défense du Royaume-Uni; mais elle n'a ni l'effectif ni l'organisation qui lui permettraient d'entrer en ligne avec les armées des autres grandes puissances européennes. L'Angleterre ne manifeste d'ailleurs aucun regret à ce sujet et ne semble nullement désireuse d'entrer dans la voie du service obligatoire et des gros effectifs. Elle remet la défense de ses intérêts continentaux à l'habileté de sa diplomatie et à sa puissance financière. Au besoin, elle espère suppléer par des alliances à l'insuffisance de ses moyens militaires. Ce fut là le secret de sa politique pendant les guerres du siècle dernier et de notre temps encore.
Le territoire de la Grande-Bretagne est divisé en 17 districts militaires', qui ne correspondent d'ailleurs qu'à des circonscriptions de recrutement et non à des formations organiques.
D'après le plan de mobilisation, on se propose de former deux corps d'armée, en cas de guerre continentale ; il n'est pas certain qu'on puisse y parvenir.
Pour former des corps d'armée actifs, il faut emprunter des éléments à la milice, et cette armée de seconde ligne n'est pourvue que d'un outillage de guerre très insuffisant.
On a évalué à 300 mille, le chiffre des hommes exercés que l'Angleterre pourrait réunir pour sa défense intérieure, et à 60,000 hommes seulement l'effectif mobilisable pour une guerre continentale.
Le général Wolseley, qui devait commander l'armée anglaise en 1878, en cas de conflit avec la Russie, pensait que l'Angleterre pouvait, en 15 jours, équiper et embarquer 30,000 hommes, elle double de ce chiffre en un mois. 11 croyait aussi que l'Angleterre pourrait lever des légions étrangères nombreuses.
En 1878, l'Angleterre a tiré des Indes un corps de 7,000 natives, qui ont élé amenés en 23 jours de Bombay à Malte, puis à Chypre.
En 1882, un corps de même force a été débarqué en Egypte.
1. 10 en Angleterre, 1 en Ecosse, 4 en Irlande, 2 dans les lies normandes.
En 1890, Farinée anglaise était ainsi répartie :
Royaume-Uni (y compris 1,800 h. dans les lies normandes). lio,000h°s. Indes 72,600
Gibraltar 5,700
Malte 9,000 J 15,250
Chypre 550
Bermudes 1,400
Halifax 1,400 } 5,800
Antilles, etc 3,000
Cap et Natal 3,300
Sainte-Hélène 220 [ 4,400
Maurice 880 )
Afrique occidentale 1,200
Hong-Kong 3,300
Ceylan 1,600 J 6,400
Singapore 1,500
Egypte
environ 224,050 ho».
(223,700 d'après les chiffres du budget.)
L'EXPANSION ECROPÉESMï
Au mois de septembre 1890, la ilotle a
blindés, partiellement blindés, vapeur en fer ou eu bois, voiles (stationnâmes, etc.).
Total. . . 416 navires, portant 1,465 canons. En outre, 150 torpilleurs, S)j paquebots. Le personnel comptait :
48,000 marins, dont 5,000 officiers; 13,000 hommes de troupes de marine (10 ci 2,100 hommes; 48 compagnies d'infanterie, e Portsmouth, Plymoutli, 10,000 hommes); 22,000 hommes de réserve navale; 25,000 hommes : employés, ouvriers, médecins.
Les transformations du matériel naval sont si fréquentes que la situation de cette flotte se modifie sensiblement d'une annéoà l'autre, et qu'il est difficile d'apprécier, à un moment donné, sa puissance comparée à celle des autres Étals, dont les forces navales se développent parallèlement '.
Mais la grande supériorité maritime de 1'A.ngletcrre résulta du nombre de ses vaisseaux marchands, qu'il faut considérer comme de véritables réserves des Éloltes de guerre.
La flotte à voiles, 14,0011 navires, est aussi nombreuse que la moitié des flottes à voiles, et la flotte à vapeur, 7,000 navires, est égale îtui flottes h vapeur de toutes les nations réunies.
Les Hottes des colonies comptent environ 13,000 voiliers et 2,300 vapeurs (1833).
Un certain nombre de ce3 bâtiments de commerce peuvent être transformés en navires de guerre ; environ 300 navires de commerce sont inscrits à l'amirauté, comme pouvant être aménagés pour être
t. Il y a quelques années, on estimait qu'eu exprimant parle coefficient de 1,000 ta force de la îuririiie cuira; sée de l'Angleterre, celui correspondant à la France serait de 160; a la Russie, de 140; a l'Allemagne, de 330. Ces proportions ue doivent pas être maintenues, et l'on a mfme dit, sans pu fournir d'ailleurs des preuves suffisantes, que [mur f armement de -es navires de premier rang, l'Angleterre s'était, à un certain moment, laissé devancer par d'autres puissances.
rapidement armés. Leur armement est préparé dans les arsenaux coloniaux. Ceux qui ont une marche rapide deviendraient de dangereux croiseurs ; d'autres, de construction récente, sont aménagés pour recevoir d'énormes provisions de charbon, et les soutes sont disposées de manière à protéger les machines1.
Forces coloniales.
L'insuffisance de son état militaire ne permet pas à l'Angleterre d'assurer la garde de ses colonies; elle n'y entretient qu'un chiffre fort minime de troupes, et les encourage à pourvoir elles-mêmes à leur propre défense.
Les garnisons de Gibraltar et de Malte, dont l'effectif est, pour chacun de ces postes, de 5,000 et de 9,000 hommes, ne doivent pas être considérées comme des troupes coloniales, mais bien comme de véritables garnisons de guerre placées en avant-garde dans la Méditerranée. Ces postes sont, en outre, des stations de transition et d'acclimatement pour les troupes qui vont aux Indes ou qui en reviennent.
Aux Indes. — Outre les régiments anglais, dont l'effectif est d'environ 72,000 hommes, l'armée impériale native compte environ 140,000 hommes, dont 1,574 officiers anglais, formant 40 régiments de cavalerie et 126 régiments d'infanterie.
Les princes vassaux entretiennent environ 300,000 hommes avec 5,000 bouches à feu ; mais l'Angleterre ne peut avoir confiance dans la majeure partie de ces contingents, qui, bien au contraire, pourraient se tourner contre elle.
En Australie. — Il n'y a plus de troupes métropolitaines. Les colonies ont organisé des corps de milice. 11 existe, en outre, une escadre, dite australienne : 1 cuirassé,
1. On estime qu'un paquebot pourrait porter 4 canons de 0m,14 et 400 projectiles.
UOrient, qui appartient à la compagnie The Orient Line, a été le premier type de ces nouveaux paquebots. 11 a été construit en 1879, marche avec une vitesse de 17 nœuds, reçoit un approvisionnement de charbon pour 40 jours; il est construit en fer avec compartiments étanches, ses soutes à charbon protégeant les machines et les chaudières. 11 est percé de quatre grands sabords pour canons de gros calibre, et de sabords pour le lancement des torpilles. 11 peut porter 3,000 hommes et 400 chevaux.
5 croiseurs et 2 canonnières, équipée par la marine anglaise, mais au* frais des colonies australiennes.
La colonie de Victoria a 1 cuirassé à tourelle, i frégate en bois, 2 canonnières, et 3 torpilleurs; — la Nouvelle Galles du Sud, possède 1 corvette à vapeur, 2 canonnières et -2 torpilleurs ; — l'Australie méridionale a 1 croiseur; Queensland a 3 aloops et 1 torpilleur.
Au Canada. — Une loi de 1882 a créé une force permanente de 4,000 hommes, formant le noyau de 3 batteries d'artillerie, d'un escadron de cavalerie, et de deux corps d'infanterie,
Il y a en outre une milice divisée en section active, 40,000 hommes environ, faisant 2 ans de service; et section de réserve, 658,000 hommes environ, se recrutant par engagements volontaires de 3 ans.
La flotte locale se compose de 3 vapeurs de mer et de 2 vapeurs de fleuve.
Le gouvernement anglais n'entretient que 1,400 hommes environ à Halifax, qui est une de ses stations stratégiques, et un petit détachement à l'arsenal d! 'Esquintait , près de Victoria, dans l'Ile de Vancouver (côtes du Pacifique).
Les autres colonies ont des corps de milices et des troupes indi-
OSITIONS STRATÉGIQUES DE L'ANGLETERRE SUR LES GRANDES ROUTES DE NAVIGATION
Pour maintenir sa supériorité sur les mers lointaines, ravitailler ses ilotteB, protéger son commerce, l'Angleterre s'est, depuis longtemps, préoccupée d'établir des dépôts de charbon et des arsenaux de réparation sur toutes les grandes lignes de navigation. Le développement de la navigation a vapeur rend cette nécessité plus pressante encore, car, tandis qu'un navire à voiles pouvait rester pendant plusieurs mois sans toucher à un port, le navire à vapeur, qui, en général, ne porte de charbon que pour 12 à 15 jours, a un besoin impérieux de se ravitailler sur sa route. Les dépôts de charbon de la flotte britannique lui assurent la possibilité de tenir les mers, à l'exclusion de celles de tous les autres Etats'. Mais il suffirait pourtant de quelques navires rapides marcheurs et bien armés, pour causer, f?i quelques jours, des dommages considérables a la puissance maritime de la Grande- Bretagne.
U peut arriver aussi, que. dans une grande bataille navale, les principaux vaisseaux cuirassés subissent des avaries telles qu'ils soient hors d'état de naviguer; le domaine de la mer serait alors soudainement rendu aux bâtiments non cuirassés, et de grands paquebots de commerce pourraient se transformer en navires de guerre redoutables ; dans celte éventualité encore, l'Angleterre aurait une grande supériorité sur les autres marines.
1. Des navires d'un nouveau type ont été construits en vue des longue Darigatioas. J.a Russie possède un navire auu'iia^' île manière à pouvui *e rendre d'Arkhauye! a Vladivostok, sans relàcheal
9stalions:
Les mers do globe ont été partagées par les Anglai
4" Station delà Manche [jusqu'au cap Vert) ;
2" — de la Méditerranée;
3° — du Nord-Amérique (jusqu'à la Guyane) ;
4° — du Sud-Amérique;
5° — de l'Afrique méridionale et occidentale;
6° — de l'Afrique orientale et Indes (jusqu'à Singapour)
"° — de l'Australie et Nouvelle-Guinée;
8° — de la Chine;
9° — du Pacifique (jusqu'aux lies Fidji). H existe des dépôts de charbon sur les points suivants : Europe. —Gibraltar, Malle, Chypre.
Amérique (côtes de l'Atlantique}. — Halifax, lies Bermud'
Royal (Jamaïque), lies Falkland.
Afrique. — Ascension, Sainte-Hélène, Simon's Bay (colonie du
Cap), Port-Louis (île Maurice).
Asie. — Aden, Bombay, Triacomalce et Colombo (Ceylan), Singapour, Hong-Kong.
Océanie. — King's George Sund, Melbourne, Sydney. Amérique (côtes du Pacifique). — Vancouver.
Mers de l'Europe septentrionale1.
Les ports des lies anglo-normandes, près des cotes France, donnent des poinLs d'appui à une flotte dont le but serait de fermer la Manche à l'ouest et d'isoler Brest de Cherbourg.
Les iles a nglo -normande s comprennent: Jersey, Guerncsey, Aurigny (ou Alderney), Serck, et de nombreux ilôts, la plupart inhabités : Ilots de Herm*, de Jethou, des Marchands, et des Casquets.
Jersey est l'île principale, son cher-lieu est Saint-Bélier; Guernesey et Aurigny ont quelque importance militaire.
Dans Aurigny se trouve, à Braye, à 12 kil. du cap de la Hogue, à 37 kil. de Cherbourg;, un très bon port de refuge protégé par des fortifications.
1. L'Ile d'Helgoland, prise au Danemark par l'Angleterre, en 1807, a fié cédée a l'Empire allemand en 1890.