‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 15 sur 42 · POLITIQUE DES RACES · texte numérisé non relu

POLITIQUE DES RACES

affaires de gouvernement. La nouvelle autorité doit tendre à devenir le seul lien entre les groupes ethniques de l'ancienne agglomération politique et ne permettre en dehors d'elle aucun groupement général. En plus des avantages matériels qu'il retirera de cette conduite, le colonisateur chrétien y trouvera un bénéfice d'ordre supérieur. La suppression d'un intermédiaire le rapprochera des populations et lui permettra de leur assurer, dans une plus large mesure, un bienfait qui suffirait à lui seul pour légitimer toutes les conquêtes et les rendre définitives. Ce bienfait, il faut l'avouer, est rarement accordé aux vaincus; c'est la justice.

Xous avons vu qu'en présence de la densité de population et du sentiment national très développé dans le bas Tonkin, la forme du protectorat s'est imposée tout d'abord à notre occupation et qu'il s'en est suivi l'obligation de conserver en place le personnel annamite. Il est inutile de revenir sur les tâtonnements, les fautes et les déboires que nous a valu l'emploi d'un instrument aussi défectueux. Les circonstances nous l'ont mis de force dans la main ; il faut donc s'en servir ; mais la prudence exige que son fonctionnement soit surveillé avec soin et strictement limité à son rayon d'action obligatoire.

Essayons de montrer comment les populations des hautes régions pouvaient sans peine lui être soustraites et quels avantages nous avons tirés de cette réforme^.

I. Le retard apporté à la publication de ce volume permet de constater quels résultats ont donné jusqu'ici ces principes et les procédés d'application qui vont être exposés plus loin.

Depuis leur mise en pratique, les hautes régions du II'' territoire n'ont pas cessé de jouir d'une tranquillité complète et les quelques troubles, dont les journaux nous apportent encore parfois lécho, ont toujours lieu en terre annamite et du fait de malfaiteurs annamites. 11 en sera ainsi tant que les hautes

S', EN ÏEIUUTOIllE MILITAIRE

A la fin do 1890, le colonel Cjallienl, commandant le deuxième territoire militaire, voulant établir le bilan de vingt mois de travaux consacrés à la pacification et au relèvement de régions qu'il avait trouvées dévastées par la piraterie et en partie dépeuplées, demanda aux commandants de secteur un relevé des résultats acquis et un exposé des moyens propres à les rendre définitifs. 11 estimait à bon droit que cet examen pouvait seul mettre dans leur jour les principes directeurs de son œuvre et donner pour la suite les éléments d'une ligne de conduite raisonnable.

Je viens d'écrire le mot « secteur », en voici la définition. Une des innovations les plus fécondes du colonel Gallieni fut la création, sous ce nom, de commandements territoriaux peu étendus et exactement délimités, où le commandement militaire et l'administration politique réunis dans une seule main, permettaient d'appliquer très largement ces deux principes fondamentaux de toute entreprise sérieuse: l'initiative et la responsabilité. La division des cercles importants en petits gouvernements de ce genre devint la base de l'organisation nouvelle des territoires militaires. C'est l'installation et le fonctionnement de l'un d'entre eux que nous allons étudier.

Les notes qui suivent sont extraites en grande partie du mémoire établi à cette époque pour le secteur de Doncr-Dani?, dans le cercle de Lan^son. Les indications topographiques et les quelques détails de métier qui à dessein y ont été conservés, offrent par eux-mêmes peu d'intérêt; mais voulant éviter à ce travail le reprocbe,

réglons resteront protégées contre la piraterie chinoise et soustraites à lintluence des Annamites (mars 1898).

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si généralement mérité, d'être de seconde main et de généraliser trop facilement des observations locales, il m'a semblé intéressant de Ini laisser ce poinçon d'authenticité qui en précise le sens et en limite la portée. J'ajouterai que la plupart des procédés d'administration qui Y sont exposés sont devenus depuis tout à lait olliciels, sous le gouvernement de M. Rousseau. Le secteur de Dong-Dang s'étant trouvé, par suite de sa situation particulière et de l'intérêt que présentait sa pacitication, en avance sur les circonscriptions voisines, le mémoire qui en traite a servi de type pour l'organisation de plusieurs autres.

En octobre 1898 et depuis longtemps déjà, on vivait d'expédients dans les hautes régions. L'attention du gouverneur général en avait été détournée par des embarras économiques et politiques de toutes sortes. M. de Lanessan qui avait toujours espéré voir la pacitication s'étendre naturellement de l'intérieur vers les frontières, désirait avant tout s'assurer le bénétlce d'une situation nette dans le Delta. En attendant, il se refusait à voir autre chose, dans les graves avertissements qui se succédaient, que des actes de brigandage sans portée et il acceptait difficilement l'expression d'une opinion différente. Son optimisme dans l'espèce était compliqué d'un peu de parti pris et sous prétexte d'appliquer toutes les ressources disponibles à la mise en valeur des provinces basses, cpii seules, en effet, se prêtent actuellement à une exploitation productive, on avait, de propos délibéré, réduit l'occupation des territoires montagneux à une surveillance tout à fait insuffisante. La consigne était: pas de renforts, pas d'argent, pas d'histoires

Le calcul ('tait mauvais ; il fallut le reconnaître. Sur ce sujet, du reste, les idées de M. de Lanessan se modifièrent par la suite et il semblait, à la fin de son séjour, en communauté de vues complète avec le colonel Gallieni.

Les demi-mesures avaient fait leur temps, la situation s'aggravait tous les jours et, à la fin de 1898, le pays n'était plus tenablc.

Dans le seul secteur de Dong-Dang, aux portes de Langson, où nous allons désormais fixer notre attention, du 34 septembre au 27 octobre, nous avions à enregistrer : un gros convoi pillé et six ou huit hommes tués à i,5oo mètres du poste principal, une escorte de six tirailleurs tonkinois massacrée quelques jovirs après sur un autre chemin, un officier (le lieutenant Langrognet, de l'infanterie de marine) tué en installant un blockaus, sans parler des courriers assassinés, des villages brûlés, des habitants enlevés...

Une forte colonne conduite par le colonel Servière, refoulait, vers la fin d'octobre, les grosses bandes installées à demeure dans les cirques calcaires de la frontière chinoise à cjuelqucs heures de Dong-Dang. La situation, en novembre, n'en était pas moins inquiétante.

Sur la frontière, un pays dévasté, des cantons entiers abandonnés, les chemins assez peu surs pour rendre très aléatoire le ravitaillement des postes. De petites escortes, des courriers, des habitants journellement attaqués et massacrés.

Dans l'intérieur, à part certains villages possédant quelques fusils et en état de se faire respecter, les habitants ruinés, inquiets et sans confiance sont constamment pris entre les exigences des pirates qui les cxploi-

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tcnt sans pitié-ct les représailles des Français, incapables de les protéger, qui leur font un crime de paver tiihut aux pirates.

Comme occupation militaire : une trentaine d'hommes à Dong-Dang ne pouvant suffire aux escortes et quelques détachements indigènes, répartis dans trois ou quatre blockaus de bois et de torchis, isolés, sans liaison, à peine en sûreté et vivant au jour le jour.

C'est dans ces conditions que M. de Lanessan, reconnaissant la nécessité d'agir, se décida h tenter l'essai en grand des réformes appliquées déjà avec succès dans le premier territoire militaire (Sept-Pagodes, Moncaï) par le colonel Gallieni. Il l'appela au commandement du deuxième territoire, lui donna des hommes, de l'argent et la liberté d'agir. Les résultats ne devaient pas se faire attendre. ]Nous avons essayé tout à l'heure de définir le but et l'idée générale de cette réorganisation des hautes régions dans ses rapports avec la pacification générale, il nous reste à en suivre le détail dans les limites que nous nous sommes imposées.

La tâche entreprise pouvait se résumer ainsi :

Nettoyer le pays des grosses bandes de pirates ; protéger efficacement les habitants contre leur retour; les armer contre le brigandage ; leur inspirer confiance, les surveiller efPectivemcnt et se les attacher, en améliorant leur vie.

Nous allons en étudier le développement dans les chapitres suivants où nous examinerons successivement l'organisation militaire, l'organisation politique, la situation économique et l'avenir possible d'un élément de territoire militaire pendant sa période de transformation et de définitive pacification.

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