CHAPITRE Y
Lutte contre la piraterie. — Organisation et occupation militaire. — Relations avec les Chinois. — Utilisation des habitants au point de vue militaire. — Armement des villages.
La pacification des haulcs régions du Tonkiii, occupées par la grande piraterie, exige une opération préliminaire, exclusivement réservée à l'action militaire. La forme de cette action vient d'être étudiée d'une façon claire et complète par le commandant CliabroP, plus à même que tout autre d'en parler en connaissance de cause. ?Sous n'aurions rien à ajouter aux conclusions qu'il formule. L'historique de chacune des colonnes chargées de combattre les grosses bandes dans le voisinage de Dong-Dang demanderait, par ailleurs, des développements qui sortiraient de notre cadre. Contentons-nous de quelques principes.
Les colonnes militaires ne peuvent avoir la prétention de détruire les bandes pirates. Alors même cju'elles le pourraient, le résultat ne serait pas en proportion avec l'eflbrt nécessaire car le personnel qui alimente ces bandes est illimité. On a trop souvent, cependant, poursui>i ce résultat, sans succès du reste. C'est une
I. Opérations militaires au ro/^/i///. Commandant breveté Chabrol. Paris, Lavauzclle, 1897.
LA l'ACIFlCATION Sy
orrour qui nous a coûté cher. L'action militaire piopicment dite a pour but de dissocier les rassemblements organises, de les cbasser de leurs repaires et d'en poursuivre les débris pour les empêcher de se ressouder. On les met ainsi à la merci de la police faite par les habitants armés et convenablement soutenus qui les détruisent en détail ou les forcent à quitter le pays. En présence de vastes territoires, occupés par des bandes puissantes qu'il n'a pas été possible d'isoler, le rôle des opérations militaires peut se trouver réduit à « un coup de balai » qui nettoie le pavs dans des limites hxées d'avance. Cet effort est alors immédiatement suivi par l'établissement d'une ligne de postes provisoires destinée à endiguer le territoire laissé à la piraterie et à permettre le repeuplement et l'organisation du terrain reconquis. Dès c|ue les circonstances permettent une nouvelle poussée, la barrière de postes est reportée aux limites de la nouvelle zone balavée. C'est par ce procédé lent mais sur que nous avons entrepris de refouler peu à peu les restes de la grande piraterie vers le nord des territoires de Ha-Yang et de Bao-Lac.
Dans les contrées limitrophes de la Chine, dès que la reprise de possession du sol par la force, atteint la frontière, il faut v installer non pas un barrage pro\isoire mais une ligne de postes llxes, assez forte pour constituer un obstacle délinitif aux mouvements des bandes. Mais ce dispositif de défense, cjuelque solide et serré qu'on le suppose, ne suffirait jamais à doter la frontière d'une imperméabilité suffisante pour résister à la pression de l'inépuisable réservoir de pirates qu'est la Chine et empêcher l'infiltration des éléments de brigandage. Son rôle est donc seulement d'arrêter les bandes déjà formées et de forcer les petits groupes ([u'il
(jo EN TERRITOIRE MILITAIRE
no pciil arrôler, à pc'nétrcr sous une forme assez dissociée et assez peu dense pour n'èlrc pas en mesure de résister par la force à une police indigène solidement organisée en arrière. Ainsi constituée et soutenue par la population armée, cette organisation présente de sérieuses garanties de sécurité. Lne bande môme assez forte qui aurait réussi à forcer le passage ne pourrait subsister dans l'intérieur. Il lui faut, en effet, pour vivre et se dérober aux poursuites, la complicité des habitants et, pour exercer son industrie, sa libre communication avec la Chine. Le jour où nous serons parvenus à rendre les entreprises de la piraterie assez hasardeuses et ses bénéfices assez incertains pour dégoûter les bailleurs de fonds qui commanditent les bandes, nous serons tranquilles dans le Haut-Tonkin.
Nous prendrons ici l'organisation du tronçon de frontière dépendant de Dong-Dang, au moment où l'effort militaire proprement dit vient de disperser et de refouler les rassemblements pirates établis à demeure.
Après la colonne du Po-Mou conduite en octobre 1893 par le colonel Servière, le voisinage immédiat de Dong-Dang se trouvait débarrassé de ces rassemblements. Quelques groupes avaient gagné au sud-ouest les rochers du Caï-Rinh, que les colonnes de décembre 1893-janvier 1894 devaient nettoyer ; d'autres, plus nombreux remontant la frontière vers le nord, étaient allés se reformer dans un canton voisin, le Ilan-Lu, d'où ils continuaient à désoler les rives du Song-Kv- Kong jusqu'en mars 1894. A cette époque, une nouvelle colonne conduite par le lieutenant-colonel Chapelet, purgera ces parages et y laissera les détachements chargés d'occuper délinitivcment la frontière.