‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 18 sur 42 · CARACTÈRE DE LA RÉGION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA RÉGION

nomlDreux cirques cultivables y pourraient recevoir une population moins rare et moins misérable peut-être que celle des grands mamelons.

Les reliefs du sol, collines de terre ou cimes roclicuses, protégés contre les agents d'érosion par une végétation très active, ont conservé le plus souvent des profils for tement dessinés : pentes raides, escarpements, pointes aiguës. Il en résulte cjue toutes les régions montagneuses du haut Tonkin présentent d'une façon exceptionnellement accusée la physionomie caractéristique des terrains à charpente de calcaire dur. L'altitude habituelle de ces reliefs ne dépasse guère deux à trois cents mètres; quelques-uns d'entre eux cependant peuvent atteindre cincj à six cents mètres. De l'autre côté de la frontière, le pays est le même : des traînées de rochers calcaires souvent boisés, puis, à perte de vue, le moutonnement des grands mamelons broussailleux qui ont fait donner à la partie sud de la province du Quang-Si le nom de région des Cent-Mille-Monts. Les sommets dans le voisina2:e de \am-Ouan se hérissent de forts et d'ouvrages chinois peu redoutables de près mais bien placés pour frapper l'imagination des habitants. ^lalgré l'état généralement déplorable de ces constructions et leur armement insignifiant elles n'en formeraient pas moins, le cas. échéant, un obstacle avec lequel il faudrait compter. C'est contre la deuxième ligne de ces fortifications, c[ue le soir de la prise de la porte de Nam-Quan et à la veille de la retraite de Langson, vint en i885 se briser l'effort des colonnes françaises.

Dans toute cette contrée, la population indigène est de même origine cjue celle du haut Tonkin et parle la même langue. Les Chinois l'occupent comme les Annamites occupaient Langson et Cao-Bang, pour gou-

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vprncr ol exploiter. Alals les mesures prises dans le but (le proléger les frontières de l'empire l'ont transformée en une sorte de confm militaire dont la physionomie est assez spéciale pour qu'il soit utile d'en dire quelques mots.

On parle souvent de « réguliers » chinois pour désigner les soldats qui tiennent garnison dans ces parages. Le mot est inexact ; ce sont des mercenaires ne comptant pas dans l'armée régulière, recrutés et entretenus à r« entreprise » par les mandarins responsables de la sécurité des frontières. Des renseignements très complets sur l'organisation de cette milice figurent dans l'ouvrage publié en 1890 par le commandant Famin ^ il est inutile d'y revenir. Ces mercenaires, gens sans aveu et sans ressources, venus d'un peu partout et c[uelquefois de très loin, ne sont habituellement employés et payés que d'une façon intermittente. Après leur service, ils s'établissent souvent sur place et forment des villages militaires dans le voisinage des forts. Leurs mandarins les y encouragent et se constituent de la sorte une grosse réserve d'hommes disponibles qui leur permet en temps ordinaire de réduire leurs effectifs et de faire des économies. Cette réserve, il est vrai, servait surtout au recrutement des bandes et la piraterie du Tonkin trouvait sa meilleure clientèle dans celte population d'aventuriers. La prospérité de leur trafic avait attiré sur les marchés voisins une foule de commerçants louches, vendeurs d'opium et acheteurs de femmes, qui ne relevaient pas le niveau moral du milieu.

I. Au Tonkin et sur la frontière du Kn'ang-Si. Commandant P. Famia. Paris, Ghallamcl, iSqô.

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La crainte des incidents de frontière et la panvieté de notre occupation avaient jusque-là tenu nos postes à distance respectueuse de la Chine. Il s'était ainsi forme une zone inoccupée où pirates et soldats chinois fraternisaient en sécurité et faisaient leurs affaires. Les postes chinois qui jalonnaient la frontière servaient surtout à couvrir la retraite des pirates, c^uand par aventure une colonne les serrait de trop près. Du reste, la misère endémique dans ces agglomérations militaires, trop considérahles pour une contrée pauvre qui ne peut pas les nourrir et la façon par trop sommaire de payer la solde même aux soldats en activité, faisaient à tout ce monde une nécessité de voler pour vivre. Nous verrons c^ue l'embauchage et l'emploi régulier à Dong- Dang de six à huit cents coolies chinois pendant plusieurs mois, en donnant aux pirates sans travail et aux soldats sans place, le moven de vivre honnêtement, diminua dans des proportions considérables le brigandage local et nous donna le répit nécessaire pour réorganiser le pays.

Les mandarins eux-mêmes ne négligeaient pas à l'occasion les profits que leur assurait une bienveillance avouée pour les pirates. Ils trouvaient commode délaisser leurs soldats en congé rentrer ainsi clans leurs arriérés de solde et donnaient aux chefs de bande toutes facilités pour leurs opérations au Tonkin movennant l'engagement de ne point exercer leur profession en territoire chinois. Cette entente, quelcjuelbis tout à fait explicite, fut la cause principale de l'émigration presc|ue générale des habitants tonkinois de la zone frontière. Certains villages, pour trouAcr une tranquillité relative, n'avaient eu qu'à se déplacer de quelques centaines de mètres. Dès que leurs cabanes en pailloltes étaient reconstruites

de r.iulrc cùlr de la borne, ils jouissaient de rinimunilé assurée aux villa;^es chinois ; à la condition, bien entendu, de payer tribut au mandarin local qui a oyait d'un tiès bon œil ce supplément de revenus et ne négligeait aucun moven pour peupler de la sorte son gouvernement. Aussi l'exemple avait-il été suivi et les populations désertaient en masse nos cantons les plus maltraités pour aller vivre en Chine.

Pour tenir tète à un aussi dangereux voisinage, nous avions au ïonkin quelques postes installés sans plan d'ensemble et à mesure des besoins, pour la protection des voies de communication ou des rares villages encore habités. Ces postes, toujours placés assez loin de la frontière, avec leurs garnisons insuffisantes, leurs communications difficiles, leur autorité nulle sur les habitants, sans lien entre eux et sans surveillance, rendaient peu de services. Le plus souvent constitués par cjuelcjues cases en paillotes entourées d'une palissade de bambous, ils étaient toujours à la merci d'un coup de main ou d'un incendie. Les garnisons mal ravitaillées et à peine à l'abri y souffraient beaucoup. Enfin, l'aspect misérable de ces établissements que leur isolement et cjuelcjue vieux pavillon déteint, flottant au sommet d'une perche de bambou, distinguaient seuls des pauvres hameaux de la montagne, permettait aux Chinois de répandre périodiquement le bruit vraisemblable de notre prochain départ .

Avant de fixer la forme définitive d'une occupation plus efficace et plus honorable de la frontière chinoise, il fallait connaître le pavs. Le commandant du territoire lit procéder à cette étude par les commandants des secteurs en formation el leur prescrivit de lui soumettre

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sans retard leurs propositions. Il me semble intéressant de citer ici textuellement le rapport cjui lui fut adressé en février 1894 pour le secteur de Dong-Dang. Ce document permettra de saisir sur le vif le plan qu'on se proposait de suivre, et les idées du moment :

« Mon colonel, vous avez bien voulu me demander « un rapport au sujet des travaux à exécuter dans la « circonscription de mon poste et sur le mode d'occu- « pation qu'il conviendrait d'y adopter. Je viens cl'étu- « dier le tronçon de frontière qui me regarde. De cette « étude, non encore terminée dans tous ses détails, « résulte le projet d'ensemble que j'ai l'honneur de « vous soumettre ci-après.

« Avant d'aborder la question du placement des « ouvrages sur le terrain, il importe de préciser les « bases du travail, tant au point de vue des effectifs à « prévoir que de la forme définitive à donner à notre « occupation.

« Le but proposé est la constitution d'une sorte de

« zone militaire solidement appuvée sur des garnisons

« européennes et suffisamment surveillée pour que le

« séjour et le passage de toute bande un peu nombreuse

ce V soient rendus impossibles. Une partie de celte mis-

« sion, surtout la répression du brigandage, incombe

aux habitants armés et installés dans un petit nombre

de villages fortifiés, construits à proximité de nos

postes. Mais il nous faut avant tout organiser une

surveillance directe et protéger efficacement les indi-

ce Il est difficile de saisir l'idée d'ensemble qui a

ce présidé jusqu'ici au choix des points occupés. On est

ce frappé surtout, dans l'organisation actuelle, du

ce mancjue de lien entre les postes et de la passivité de

(tra:<dmaison 6

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« noire occupallon. Ce sonl là, je crois, les causes « principales de l'inutililé relative des cfTorls 1res réels « mais inlcrniillents et insuflisamment coordonnés, « faits jusqu'ici. Ces postes et blockaus indépendants, semés un peu au hasard, tout en immobilisant d'assez gros etTectifs, sont nécessairement frappés d'impuissance. Cliacun d'eux est censé répondre aux nécessités d'un séjour et d'un ravitaillement réguliers, d'une « défense joropre sérieuse et d'une surveillance directe « étendue. L'impossibilité de sacrifier l'une ou l'autre de ces conditions dans l'établissement d'un poste isolé, fait c[ue le plus souvent ils ne répondent complètement à aucune. La plupart des chefs de poste pensent beaucoup à leur sécurité, un peu à leur ravitaillement et pas du tout à la surveillance des environs. C'est donc l'ordre et surtout la vie qu'il faut essaver d'introduire dans cette organisation morte. c( Le plan proposé comporte trois sortes de postes : « 1° Les garnisons ou postes principaux avec circonscription territoriale (centres de secteur) ; « .*2° Les postes ou blockaus annexes ; « 3° Les postes de garde ou petits blockaus. ce Ainsi le poste principal de Dong Dang, comprenant comme circonscription territoriale le chau de A an L yen, comporterait trois postes ou blockaus annexes : Bao-Lam, Ta-Laï et un ouvrage dans le massif du Po-Mou. Cliacun de ses ouvrages, plus ou moins vaste suivant l'importance de son rayon d'action ou « mieux du réseau de chemins dont il doit assurer la « surveillance, serait installé dans des conditions de « sécurité lui donnant une résistance propre suffisante « pour laisser à la plus grande partie de sa garnison la « liberté de sortir en tout temps. Sa position devrait

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(( lui assurer, en même temps que des facilllés de ravi- « taillement suffisantes, des vues et un commandement « permettant l'usage d'un hotschkiss ou même d'une « pièce de montagne.

- (.(.■ Chacun de ces post-es ann-exes serait complété, sui- « vant les besoins, par des postes de surveillance ou c( blockaus de garde et un réseau de bons sentiers perce mettant l'accès facile non seulement des blockaus de « garde, mais de tous les points à surveiller.

« Chacun des petits blockaus de garde aurait une K garnison permanente mais relevée tous les jours. c( Cette obligation de la relève quotidienne ou au moins « très fréquente, assurerait une unité complète d'acc( tion dans le ravon du poste annexe, permettrait de « réduire à une réserve fixe insis-nifiante le ravitaille- « ment des postes de garde et surtout donnerait, par « la circulation incessante qu'elle exige, la vie qui « manque à notre occupation actuelle.

« La construction et l'emplacement de ces petits c( blockaus différeraient complètement des conditions « d'installation des blockaus isolés à i^arnison auto- « nome. Lne simple tour crénelée de quelques mètres « carrés, solidement fermée, avec une toiture incom- « bustible serait très suffisante. Ces tours seraient « placées sur les chemins mêmes et aux points de pasce sage obligés, sans préoccupation de leur donner un « commandement ou une vue très étendue.

« La surveillance serait complétée par des postes de « partisans aux abords des villages.

« Tel est l'ensemble de ce dispositif qui n'exigerait « pas un effectif considérable. On pourrait adopter, « comme base de calcul, vino-t hommes de "arnison au ce poste annexe pour chaque poste de garde (trois relèves

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« de six hommes) avec une réserve de dix ou quinze « hommes.

« En a[)|)liquanl ces données au secteur de Dong- « Dan*», on arriverait aux conclusions suivantes : etc..

« En présence des travaux et des effectifs demandés pour une bande de terrain relativement assez étroite et représentant une trentaine de kilomètres de frontière, il faut remarquer qu'il s'agit d'une prise de possession définitive de la frontière, que ce tronçon présente une importance et des difficultés spéciales, qu'enfin le plan proposé se prête très bien à la réduction progressive des effectifs par l'abandon successif, aux partisans, des postes de surveillance. « Avant de vous soumettre un projet comprenant « l'ordre d'urgence des travaux à exécuter, je désirerais, « mon colonel, avoir votre approbation en ce qui conte cerne les bases du travail et l'économie générale de « l'organisation.

« Cette économie peut se résumer ainsi : « Postes principaux avec garnison européenne, cirée conscription territoriale et commandement eflectif « sur tous les postes compris dans la circonscription.

« Postes ou htochaus annexes. Ouvrage sérieux à « garnison indigène relativement forte, avec cadres (c européens.

« Postes de surveillance ou petits hlockaus, dé- « pendant directement des postes annexes et alimentés « par leur garnison ; à relève quotidienne ou très fré- « quente.

« Réseau de sentiers militaires autour de chaque « poste annexe.

« Les avantages sont : i° La création non pas d'une

OIIGAMSATION MILITAIRE loi

(c ligne mais crime zone assez profonde de surveil- « lance ;

« 2° L'ordre assuré par le classement en catégories « fixes, de tous les postes et leur subordination rela- « tivc cjui assure en même temps la transmission régu- « lière des renseignements et l'unité d'action ;

« 3'' Le remplacement d'une occupation passive par « une surveillance vivante, cjuelles que soient par ailce leurs la valeur et l'énergie des cliets de poste. «

Comme on le voit, ce projet insiste sur la nécessite de coordonner, avant toute autre chose, l'action des troupes et de fixer exactement leur subordination.

Cette préoccupation était en concordance absolue avec les idées du colonel Gallieni cjui, dès le début, remit entre les mains des commandants de secteur toutes les ressources de leur circonscription. Il put ainsi leur imposer, dans les limites de cette circonscription, toutes les charges du commandement militaire et la responsabilité de la sécurité du pavs.

Ainsi fixé sur ses droits et ses devoirs, chacun se mit à l'œuvre. Il serait sans intérêt de détailler ici les opérations et les travaux de chacjue jour, poursuivis depuis cette époque, pour arriver peu à peu à reconquérir la frontière, à s'y installer et à faire entrer dans le domaine de la pratique les principes résumés dans le rapport que nous avons cité. Une esquisse de l'organisation telle que nous la trouvons enfin iSgSsera suffisante.

A la bifurcation des routes de Langson à Cao-Bang et de Langson a Long-ïcliéou (4 kilomètres de la porte de Chine de Nam-Quan), se trouve le gros village de Dong-Dang, marché important et siège de l'admi-

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nlslralion iiuligvnc du cliaii (sous-préfecture) de Van- Uycn. C'est le centre du secteur, le poste principal. Les cases de torchis, couvertes en paillottes, qui depuis des années servaient d'habitation à sa petite garnison, ont été remplacées par de magniliques casernements achevés en mai 1890. Ils sont occupés par une compagnie de la légion et une cinquantaine de soldats indigènes qui forment une solide réserve toujours sur pied et toujours disponible dans la main du commandant du secteur.

A quatre kilomètres de Dong-Dang, au point où la grande route de Chine entre au Tonkin, un blockaus honorable, solidement construit en maçonnerie, comportant l'usage d'un hotschkiss et une garnison de trente indigènes commandés par un sergent européen, surveille et protège le mouvement, actif déjà et destiné à le devenir davantage, de cette voie importante.

Au nord-est, la région des grands mamelons est surveillée, à la corne de la frontière et en face des ouvrages chinois d'Aï-Ro et de Cao-Cap, par le poste de Bao-Lam. Ce poste sert de liaison avec le secteur voisin (Banh-Danh), protège le centre habité de Bao- Lam et tient le chemin assez fréquenté qui entre en Chine à la porte d'Aï-Ro. Le parcours relativement facile de cette partie de la frontière a permis de s'en tenir comme poste fixe, à celui de Bao-Lam, dont la reconstruction en briques se poursuivait en iin 1895 pour trente indigènes et un sous-officier européen. Ce détachement a dû, malgré tout, pendant plusieurs mois, occuper comme poste de garde avec six ou huit hommes fréquemment relevés, le petit blockaus en pisé de Coc-Tong. Le sentier qui y passe entre Nam-Quan et Bao-Lam était souvent emprunté par les petits

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groupes de pillards en quètc d'un coup à faire ou même par les convois des bandes de l'intérieur qui envovaienl leur butin sur les marchés chinois voisins de ^»am-Quan. Dans la suite les habitants armés de Coc-Long relevèrent les tirailleurs de Bao-Lam.

Au nord-ouest, l'organisation du massif rocheux et la surveillance de ses nombreux couloirs présentait des difficultés spéciales. Il fallait à tout prix assurer la sécurité si longtemps incertaine, de la route de Cao- Bang qui longe la frontière à courte distance en suivant le pied de falaises rocheuses couvertes de bois et faites à souhait pour les embuscades. Les attaques de convois et de détachements y étaient d'autant plus faciles et fructueuses c[ue tous les mouvements de troupes et d'approvisionnements destinés aux garnisons échelonnées depuis Dong-Dang juscju'au delà de Gao-Bang doivent l'emprunter. De fait il existe au ïonkin peu de passages où les embuscades et les pillages aient été aussi fréquents que sur ce tronçon de route.

Ln poste annexe important commandé par un oflîcier sert de centre à l'occupation. Placé près du village de Xa-Han, il porte le nom du lieutenant Langrognet tué là d'une balle dans la tète, le 26 octobre 1893, en installant un blockaus provisoire au milieu des repaires que les pirates, refoulés vers le nord, allaient abandonner définitivement. Le poste Langrognet, solidement reconstruit en maçonnerie dans le courant de 1895, peut recevoir une garnison de 60 à 70 indigènes avec un officier et deux sous-officiers européens. Quatre postes de garde lui servent d'avancées. Chacun d'eux est occupé par un détachement de six à quinze hommes, dont l'officier de Xa-lian règle

To', EN TEIUUTOIIIK MU.ITAIIŒ

la force et fixe la relève, d'après les inslruclions du commandant du secteur.

1° Le blockaus de Son-Tu sur un chemin venant de Chine et servant de liaison avec le secteur de >ia-cham au nord (en pisé couvert en tôle, construit en 1894) ;

2" Le blockaus de Bo-Sa au sud, sur un chemin fréquente qui échappait à la surveillance de ^sa-Han (construit en maçonnerie en 1894) ;

3° Le blockaus du Po-Mou, destiné à disparaître et conservé provisoirement contre le brigandage ;

4° Le blockaus de Pac-Luong sur la grand'route, à moitié chemin entre Dong-Dang et Na-cham. En présence du transit important et de la circulation active cju'il faut protéger contre le brigandage toujours possible, il a été reconstruit .en 1894 et reste occupé d'une façon permanente.

La préoccupation de tenir la frontière et de protéger la route entre le groupe de ISa-Han et Dong-Dang a décidé la création du blockaus de Leo-Rao, établi sur un rocher de la frontière et commandant un réseau de mauvais sentiers trop connus des pirates. Ce petit ouvrage, construit en maçonnerie, au prix de grands eflbrts, sur une pointe rocheuse difficilement accessible, est vu de très loin en Chine et prend à revers tous les vieux ouvrages de Nam-Quan ; aussi son effet moral fut-il considérable sur les Chinois qui tentèrent, dans leur mauvaise humeur, de faire arrêter les travaux en chicanant sur le tracé de la frontière. Il remplace un poste provisoire établi sur la route, à Ta-Laï, pendant la période de pacilication et dépend directement de Dong-Dang.

En dehors des chemins créés pour assurer l'accès direct de tous ces blockaus, il fallut construire et par

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endroits, tailler dans le roc un chemin de rondo longeant la frontière par Ky-Da, Leo-Kao, Bo-Sa, ]Na- Han et Son-ïu. La surveillance active de cette nouvelle voie eut une influence immédiate et décisive sur la tranquillité de l'intérieur. Les routes et les chemins sont le premier et le véritable élément de pacification d'un pays. Pour être efficace, une occupation doit être vivante et les postes ne doivent être que les points d'appui d'une circulation incessante. Le chemin de Léo-Rao et Xa-Han, pour ne citer que cet exemple, fut tous les jours et pendant plusieurs mois, battu par une ou deux patrouilles obligatoires, indépendamment des reconnaissances, escortes et mouvements de troupe qui s'en servaient journellement.

Cette reprise de possession de la frontière n'alla pas sans quelques froissements de la part des autorités chinoises. Certaines habitudes, celle par exemple qu'avaient les soldats chinois de circuler au Tonkin comme chez eux et d'y marauder à leur aise, furent difficiles à déraciner. Il fallut v mettre beaucoup de formes, beaucoup de patience et beaucoup de fermeté. Le succès ne s'achète qu'à ce prix et la brutalité ou la hâte sont, avec les orientaux, d'aussi mauvais procédés que la faiblesse. Xous voyant décidés à aller jusqu'au bout de notre droit, les mandarins de la frontière se plièrent cependant sans trop de difficultés au nouvel ordre de choses. Ils nous prêtèrent même parfois dans la suite un secours qui ne fut pas inutile. L'un deux surtout fit preuve d'une bonne volonté assez rare chez ses pareils.

Le nom du maréchal ou général Sou, commandant en chef les troupes de la frontière dans le Quang-Si, a

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été souvent prononcé, et ses rapports avec les autorités françaises sont diversement appréciés. Il est intéressant d'en dire un mot. On a souvent voulu, surtout dans certains milieux au Tonkin, que ses services et son influence eussent été fort exagérés. Ses entrevues officielles avec M. de Lanessan et M. Rousseau, ainsi que les relations très suivies qu'entretenait avec lui le colonel Gallieni, après le colonel Servière, furent même parfois blâmées avec aigreur.

Ln fait existe cependant, qu'il est impossible de méconnaître. Toute la partie de la frontière dont il avait la garde fut rapidement pacifiée. Le mouvement des bandes pirates y devint bientôt à peu près nul. ?sous n'avions eu depuis de longs mois aucun incident sérieux à y relever, alors que sur les frontières du Quang-Tong et du. lunnan la piraterie s'exerçait encore ouvertement sous l'œil bienveillant et avec la complicité des mandarins.

On pourrait citer nombre de faits précis dénotant clicz le commandant des troupes du Quang-Si le désir d'arriver à ramener la tranquillité et à établir de bons rapports entre les deux pays. La meilleure preuve qu'il donne de ce bon vouloir est de se prêter volontiers aux explications directes et de les provoquer au besoin. Gela est tout à fait exceptionnel cbez un Cbinois de son rang et les mandarins importants sont généralement introuvables. On ne voit jamais que des comparses qui se dérobent à toute discussion, faute de pouvoirs. Il est impossible de s'entendre dans ces conditions. Sou se montre, cause volontiers et recherche les occasions de traiter les afl'aires directement. Il affecte même de se plier à nos habitudes pour rendre les rapports plus faciles et plus fréquents. J'ai conservé,

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