CHAPITRE II
Les difficultés locales n'expliquent pas au Tonkin nos longs insuccès. Ils tiennent à une erreur de principe. — Nous voulons exploiter à l'Anglaise 1 au lieu de civiliser. Résultats. — Nous n'avons su inspirer confiance ni aux indigènes, ni aux colons, ni aux capitaux. — Vices administratifs. — Exemples.
Qii'avons-nous fait au Tonkin depuis i884? H serait superflu de clierclier à démontrer que nous avons médiocrement réussi. Les difticultés rencontrées au début sufiisent-elles pour expliquer notre impuissance à mettre un peu d'ordre au Tonkin pendant tant d'années? Je ne le crois pas. Voici quelques extraits d'une note politique écrite en i884 i:)ar M^^'Puginier^ vicaire apostolique du Tonkin occidental, sur la demande des autorités françaises. Elle résume parfaitement l'état de la question. « Mais enfin, demandent quelques-uns, ce quels avantages positifs retirera la France de cette « expédition , pour se dédommager des sacrifices
1. Remarquons une fois pour toutes, que j'entends parler ici non pas de lexpansion pacifique de la race anglo-saxonne mais de l'exploitation par f Angleterre des pays cpi'elle ne peut songer à peupler. — L Inde par exemple.
2. Mo'" Puginier, évèque français de Hanoï, était, au dire de ceux qui l'ont approché, l homme qui connaissait le mieux le Tonkin. On le croira sans peine, car à sa mort, en 1892, il y comptait 34 ans de séjour et 24 ans d'épiscopat. G est le témoin de la première heure, le conseiller des mauvais jours, trop peu écouté malheureusement. 11 a tout vu et tout prévu. Ses notes et sa correspondance sont d'un intérêt de premier ordre. Voir: Vie de J/s^ Puginier, par E. Louvet. — Schneider, Hanoï, 1894-
38 L EXPANSION Fil ANC AISE AU TONKIN
« énormosqu'clle s'Impose? La réponse h cette question « est facile : ce n'est plus le moment de se demander « pourquoi nous sommes au Tong-King. 11 fallait se poser cette question avant d'y aller. Maintenant qu'on a engagé l'afTaire, la dignité du pays exige qu'on la règle définitivement. Je ne veux pas examiner si, en 1873, on a bien fait de venir ici, cet examen serait trop long. Je me contenterai de dire qu'il y avait de bonnes raisons pour y venir. A défaut de la France, une autre nation l'Angleterre, l'Allemagne y serait infailliblement venue. « Les avantages qu'on peut d'ailleurs se promettre sont réels et je les crois considérables. Le Tong-King « est un pays riclie dont le territoire est apte à recevoir « des cultures très variées ; si la plaine est favorable à « la culture du riz, du maïs, de la canne à sucre, les « plateaux donnent à leur tour des produits non moins « précieux : différentes essences de bois, laque, faux « gambicr, gommes, camphre, écorces à faire le papier « de Chine, sans parler des mines d'or, de charbon, « d'antimoine, dont on a constaté l'existence au Tong- « King. Ce pays qui est un des plus peuplés du globe, « fournira suffisamment de bras pour tous les travaux. « En outre, le Tong-King, par ses fleuves, ouvre à la France des voies faciles pour faire pénétrer ses produits dans le Laos et dans le sud-ouest de la Chine, le Kouang-Si, leYunnan, le Kouy-Tcheou, la moitié du Su-Tchuen et pour retirer de ces immenses territoires des produits qui constituent une branche de commerce très lucratif, le cuivre, l'étain, le zinc, le mercure, etc..
« Je m'aperçois que j'entre un peu dans des questions l)urement commerciales, mais il faut bien en dire