CAUSES D'INSUCCÈS
« quelque chose, puisqu'on se préoccupe en France des
« avantages matériels qui pourront compenser les sa-
« crilices qu'on demande au pays pour l'expédition du
K Tong-King.
« Quel est maintenant le meilleur mode à adopter
« pour établir notre influence ici et l'y maintenir? La
« France doit-elle s'annexer ce pays pour en faire une
« colonie française, ou vaut-il mieux y établir un pro-
c< tectorat sérieux et effectif? Je n'hésite pas à dire que
« c'est le protectorat qui vaut le mieux. C'est ce que
« j'ai toujours répondu aux représentants de la France
« qui m'ont demandé mon avis. La France gagnera à
« ce régime, le Tong-Ring aussi. A oici les raisons de
« ma manière de voir : la France éprouvera moins de
(( difficultés, elle aura moins de luttes à soutenir, il lui
« faudra par conséquent moins de troupes, elle aura
« moins de dépenses à faire pour réaliser le protectorat.
« En effet, les Tong-Rinois préfèrent, sans aucun
« doute, conserver leur autonomie que de devenir
« Français ; ils auront moins de répugnances à accepter
« le protectorat qui les blesse moins dans leurs senti-
« ments nationaux que l'annexion. Les populations,
« voyant leurs vœux respectés, seront moins portées à
« se soulever r gouvernés par des mandarins de leur
« pavs, conservant leurs lois et leurs coutumes, les
« Tong-Rinois seront satisfaits en majorité; les mé-
« contents étant moins nombreux, le pays sera plus
(( tranquille et se relèvera plus vite des désastres de la
« guerre, grâce aux relations commerciales c{ui s'établi-
« ront bientôt sur une grande échelle. Par suite la
« tâche de la France sera bien moins grande, bien « moins coûteuse et bien moins lonsfue.
« L'annexion, au contraire, blesserait davantage les
3o L'EXPANSION FRANÇAISE AU TONKIN
populations; les méconlenls en profileraient pour exciter des soulèvements dans le pays ; ils trouveraient dans la proximité de la Chine, dans la population du Tonkin qui est de seize millions, un point d'appui pour la révolte. Gela occuperait un nombre considérable de troupes françaises ; nos compatriotes se trouveraient comme perdus au milieu d'un pays ennemi ; ils auraient continuellement à se tenir sur leurs gardes et à guerroyer. Pour quatre à cinq ans de lutte cju'il faudra à l'installation d'un protectorat et au rétablissement de la tranquillité au Tongking, il nous faudrait au moins dix à quinze ans pour assurer l'annexion, et après avoir versé beaucoup de sang, fait des sacrifices énormes on ne dominerait que sur un peuple ruiné et toujours hostile. On ne transforme pas une nation du jour au lendemain.
« Le protectorat a l'immense avantage, sans choquer les populations, de les habituer peu à peu aux relations avec les Européens et, par une transition lente et douce, de les préparer merveilleusement à devenir Français de cœur et d'habitudes. Deux choses surtout, comme je ne cesse de le dire, sont le meilleur instrument de la transformation d'un peuple ; la religion et la langue. Si le gouvernement français comprend ses vrais intérêts et qu'il veuille favoriser la prédication de l'évangile et l'enseignement de notre langue, j'affirme qu'avant vingt ans, sans violenter personne, ce pays sera chrétien et français. »
En résumé, nous sommes au Tonkin sans trop savoir pourquoi et très étonnés d'y être. L'occupation est un fait définitif sur lequel il n'est plus temps de revenir. Acceptons-le et essayons d'en tirer parti. Une question
CAUSES D'INSUCCÈS 3i
surtout doit être comprise et réglée: celle de nos rapports avec les occupants. La guerre avec la Chine ne sera qu'un épisode, et l'extinction de la piraterie, même de la piraterie chinoise des frontières, est intimement liée à notre politique indigène. Le milieu social auquel nous aurons à faire ne paraît pas devoir présenter à notre établissement une résistance insurmontable. Nous arrivons dans un pays peuplé et riche, fatigué de troubles et d'insécurité, possédant un outillage complet de gouvernement, défectueux peut-être mais en état de fonctionner. Le peuple y est facile à mener, peu guerrier, laborieux, sans fanatisme d'aucune sorte et sans passions vives, bien que très attaché à ses traditions et à sa nationalité. La question religieuse n'existe pas pour lui et les innombrables massacres de chrétiens au Tonkin depuis cinquante ans ont toujours été (commeen Chine, du reste) ordonnés par l'autorité et menés par la classe instruite contre les amis de l'étranger, au nom de la vieille civilisation annamite menacée. La religion de Bouddha n'a rien à voir dans tout cela ; les lettrés s'en moquent agréablement et les persécutions ont toujours eu ce caractère de guerre sociale contre l'inlluencc étrangère.
Remarquons en passant que notre façon de nous désintéresser officiellement des cinq cent mille chrétiens du Tonkin et de les « lâcher » en toute occasion, après avoir fait pendant si longtemps de la protection des missions la base de nos revendications, nous a valu une réputation de duplicité très tenace chez les payens qu'on pensait gagner ainsi. Pour les Annamites, depuis cent ans les chrétiens sont les amis des Français ; il leur est impossible de comprendre que les Français ne soient pas les amis des chrétiens. En 1880, malgré
la dlniiniilion (nTavait sul)l noire prestige après la reculade de 1873 et le discrédit que nous avait valu l'abandon de nos partisans payenset chrétiens compromis avec Garnier , nous étions reçus sans hostilité, bien qu'avec une certaine défiance. La masse du peuple, désirant surtout la tranquillité, attendait passivement les événements.
Le régime politique que nous allons adopter en principe est le seul possible: un protectorat qui ne soit ni une annexion déguisée, ni une suzeraineté dépourvue de sanction et qui tout en dirigeant de très près l'administration, lui laisse sa forme et son personnel responsable ^ Le point de départ, il est vrai, était défectueux. En soustrayant l'Annam central et la capitale de l'Empire à toute surveillance effective, le traité de i884 allait singulièrement compliquer les choses.
« Il est permis de dire, écrit très justement M. de « Lanessan^ que la cour (d'Annam) trouva dans le « traité du 6 juin ^1894 non seulement les moyens de « nous résister, mais encore une sorte d'encouragement « à le faire. »
Le compromis séparant le sort des provinces du centre de celui du Tonkin avait été accepté sur l'idée fausse que le ïonkin désirait échapper à la tutelle de Hué et qu'il serait facile, en encourageant ses tendances séparatistes, de le soustraire complètement à l'influence de
1 . Il ne s'agit bien entendu que des provinces de race annamite, de beaucoup les plus peuplées et les plus importantes ; les seules du reste dont il était possible de s'occuper à ce moment. Cette remarque nest pas inutile pour éviter 1 apparente contradiction entre ce programme et les principes exposés dans la deuxième partie de ce volume, au sujet de la « Politique des races ».
2. La colonisation française en Indo-Chine, de Lanessan. Paris, Alcan, i8q5.
la cour. Cette solution était mauvaise comme toutes les demi-mesures. Si on voulait séparer le Tonkin de Ilué et le gouverner directement, il fallait le faire ouvertement au lieu de proclamer un protectorat avec l'arrièrepensée de le transformer en annexion quand le fruit serait mûr. C'était vouloir jouer au plus fin avec la cour d'Annam et à ce jeu, c'est toujours nous qui perdons. S'il s'agissait, au contraire, d'appliquer lovalement le protectorat, le bon sens voulait qu'on l'étendît à tout l'empire pour avoir dans la main tous les rouages qu'on entendait utiliser. Cette situation fausse du début nous a causé beaucoup d'embarras ; ce n'est pourtant qu'un détail et la persistance de nos insuccès tient à des causes plus générales.
11 V a deux façons de coloniser :
1° S'implanter dans un pays de civilisation inférieure dans le but de le transformer d'une façon défmitive moralement et matériellement, d'en faire un pays civilisé uni à la métropole non par la force, mais par les liens plus forts et plus durables d'une communauté de langue, de religion, d'intérêts. Faire participer loyalement ce pavs aux bienfaits de la vie nationale, de façon à pouvoir lui en faire léijitimement partai^er les cbarofcs. C'est
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l'ancienne école, celle des peuples civilisateurs;
3° S'imposer dans une contrée riche pour y faire fortune, sans autre souci que d'exploiter la terre et ses habitants au mieux des intérêts commerciaux de la métropole. C'est l'école anglaise, celle des peuples exploiteurs.
Par tradition, nous sommes un peuple civilisateur. Au temps où la France pouvait encore avouer des intentions généreuses et une politique coloniale con-
forme aux instincts delà nation, nous avons poussé aux quatre coins du monde des rejetons plus vigoureux qu'aucun autre peuple, semant ainsi sous le ciel, avec la prodigalité de gens qui n'ont point à ménager le sang des apôtres et des soldats, de nouvelles Frances où notre race, soustraite aux influences qui ont anémié peu à peu les Français de France, a conservé son ancienne vitalité et ses facultés natives. On a pu nous les arracher par la force mais pas une n'a rompu de plein gré les liens qui l'unissaient à la mère patrie et toutes ont protesté contre la violence qui leur était faite en conservant avec une admirable ténacité leur caractère national. Pourquoi donc irions-nous chercher ailleurs des modèles de colonisation et des exemples à
suivre
Malheureusement, quand nous avons été repris, avec presque toutes les nations de la vieille Europe, par ce besoin d'expansion si caractéristique de notre fm de siècle, l'état de nos institutions et une sorte de respect humain nous ont détournés des traditions anciennes. Les résultats matériels obtenus par les Anglais allumaient toutes les convoitises ; il fallut se lancer à leur suite dans la voie de l'exploitation coloniale. N'ayant ni les qualités ni les défauts nécessaires pour y réussir, nous avons si complètement échoué qu'il est permis de se demander si la France est encore capable de coloniser.
L'insuccès décourageant de nos expériences tient à des causes profondes, il est vrai, mais nous pourrons, en étudiant les tantes commises, relever des indices rassurants, et conclure que si le mal est grave, il n'est peut-être pas sans remède. Les symptômes les plus caractéristiques et les plus alarmants d'impuissance
coloniale sont, en France, ranémlc de la race cl la ruine de l'initiative individuelle. C'est une constatation qu'il est malheureusement trop facile de faire et que les étrangers ne manquent jamais de nous jeter h la tète en donnant leur avis sur l'expansion française. Il est délicat de donner une consultation sur cette maladie plivsique et morale qui nous épuise et je n'ai point la prétention de m'y hasarder. Essayons cependant d'en dire un mot, ne fût-ce que pour montrer quelques-unes de ses conséquences dans nos entreprises de colonisation et pour aftirmer la conviction qu'elle n'est pas incurahle.
Cet égoïsme qui tue la famille et cette déchéance troji réelle des caractères sont pour une bonne part le résultat de la déformation sociale produite à la longue par le moule trop étroit et trop rigide de nos institutions centralisées à l'excès. L'individu rendu timide par les embûches journalières que lui tendent les innombrables « pouvoirs publics » dont chacun exige l'exécution littérale, immédiate et sans protestation possible de ses exigences propres, use ce qui lui reste d'activité à évoluer au milieu de rouages si compliqués et si brutaux. Le principal souci de son existence est de se mettre en règle avec l'administration et son ambition se borne le plus souvent à faire lui-même un jour partie de celte administration, espérant ainsi vivre à l'abri de ses exigences. Une carrière soigneusement réglementée et garantie par l'P^tat devient l'idéal des parents pour leurs enfants, dont ils limitent soigneusement le nombre afin de les soustraire aux incertitudes et aux dangers d'une lutte pour la vie chaque jour plus âpre.
Le plus sûr remède aux maladies contagieuses est le changement d'air et il suffit, l'expérience l'a maintes fois démontré, pour lui rendre sa vitalité et son relief, de
Iransplanlor la race française dans un milieu plus aéré et plus libre. Ce milieu devrait et pourrait être nos colonies nouvelles; mais il ne faudrait pas alors vouloir les couler de force et uniformément dans le moule administratif de la métropole. Ce n'est pas en effet de formalisme administratif et de tutelle politique cpi'un pavs neuf a besoin pour vivre et progresser, mais d'une large autonomie et d'une véritable liberté économitpie et commerciale.
On se demande comment une idée, à ce point conforme au sens commun, pr^ut être aussi complètement méconnue en France. Cette aberration n'est à mon sens qu'une consécjuence de l'erreur de principe qui domine si malheureusement notre politique coloniale.
D'après l'ancienne école, la colonisation doit être faite d'abord dans l'intérêt du pays colonisé. Il faut travailler sans réticences et sans arrière-pensée à le rendre tranquille et productif, à le civiliser avant de songer à en tirer profit. A ce prix seulement, l'expansion coloniale devient légitime et il est bon de se rappeler parfois que la morale est faite pour tout le monde.
C'est en outre la seule conception qui puisse nous mener à des résultats pratic|ues et durables. Le bon sens devrait suffire à le prouver.
Une colonie nouvelle ne devient un débouché commercial et une source de profit pour la métropole que lorsqu'elle atteint un développement économique suffisant pour produire et absorber. On ne cueille pas de fruits sur un sauvageon avant de l'avoir greffé et amélioré par la culture.
C'est ce principe-là que nous aurions dû emprunter aux Anglais, à condition d'en proportionner l'application à nos ressources et à nos capacités. Pour bien des
raisons, nous ne sommes pas capables de créer directement comme eux cette transformation matérielle qui est une des faces de la civilisation. C'est donc seulement par l'intermédiaire des populations indigènes instruites et cultivées que nous pourrons produire ce nécessaire progrès.
Il faut reconnaître c[ue telles ne sont pas les idées du jour. On admet très généralement chez nous que la colonisation doit au contraire procéder avec circonspection et ne civiliser ses conquêtes que dans la mesure strictement nécessaire pour en faciliter l'exploitalion. L'instruction des habitants, leur éducation industrielle, les cultures à encourager, le commerce, les industries à créer, tout v est calculé pour ne pas porter ombrage à la métropole. Lue colonie nouvelle n'est plus un champ ouvert à l'activité féconde des habitants dirigés et Instruits et des colons installés à demeure, mais un fief créé au bénéfice exclusif de la spéculation et du commerce de l'intérieur. Il est à peine besoin de rappeler combien d'industries susceptibles de prospérer ont été tuées ou entravées au Tonkin dans le seul but de ne pas nuire à des industriels de France. ^N'est-ce pas, du reste, un document caractéristique de cet état d'esprit f|ne cette note relevée dans un numéro récent de la « Revue Française de l'élranger et des colonies », au sujet de l'école professionnelle que le général Gallieni venait de créer à Tananarive ? ^ « Cette école peut (( rendre des services à ceux de nos colons qui établi- (( ront des industries à Madagascar ; mais peut-être c( serait-il sage de ne pas développer l'éducation indus-
I. Revue française de l'étranger et des colonies, mars 1897, no 219, p. i85.
GRA^•DMAIso^• 3
« lilc'llc des Malgaches qui pourraient bien devenir « raj)ldenient des concurrents sérieux pour nos com- « merçants et nos colons. Ce n'est pas pour cela que « nous avons fait la conquête de Madagascar. »
Gela est dit tout simplement, comme l'expression d'une vérité courante et partout admise. Si nous avons sacrifié tant des nôtres et dépensé tant de millions làbas, ce n'est pas pour y introduire notre civilisation au profit de la colonie. Gardons-nous bien d'instruire les Malgaches, ils pourraient compromettre le véritable but de l'entreprise qui est d'enrichir les spéculateurs de la métropole. Supprimons avec ostentation l'esclavage du corps, nous ne pouvons faire moins, mais ne touchons pas à cet esclavage de l'esprit qu'est l'ignorance, car un peuple éclairé ne se laisserait peut-être exploiter que malaisément.
Gc sont bien là les préoccupations du colonisateur anglais qui protège ses missions surtout dans les colonies qui ne sont pas à lui. Elles sont excusables. Toutes les colonies anglo-saxonnes aspirent à secouer le joug de la métropole aussi bien au point de vue économique qu'au point de vue politique. Quelquesunes y ont réussi par la force, d'autres s'v acheminent par des voies détournées. Uien n'est plus intéressant que de suivre, par exemple, l'éviction progressive des ouvriers, des contremaîtres et enfin des ingénieurs anglais, déjà presque complète dans les filatures de l'Inde.
Pour nous qui savons coloniser, mais qui ne savons guère administrer, ce serait lolie que de suivre de pareils errements ; au moment surtout où les Anglais eux-mêmes commencent à en comprendre le danger. jNotre intérêt, répétons-le bien haut, est de favoriser
largement le progrès social et la prospérité écononiicjiie des pavs que nous acquérons. Nous devons avant tout chercher le bien de la colonie et de ses habitants indigènes aussi bien que Français installés à demeure, sans mesurer parcimonieusement aux uns la civilisation et aux autres la liberté de s'établir et de commercer au mieux de leurs intérêts. Toute autre conception n'est pas seulement odieuse, elle est maladroite. En écartant de parti pris toute préoccupation civilisatrice, nous écartons ce qui faisait autrefois et pourrait faire encore la force et la vitalité de notre expansion.
Mais il fallait a. tout prix suivre les Anglais, administrer comme eux, exploiter comme eux. Comme nous n'avions, dans cette voie nouvelle, ni leurs aptitudes, ni leur expérience, ni leurs traditions nationales, nous avons réussi seulement à leur emprunter le principe mauvais de leur exploitation sans parvenir dans la pratique à copier leur puissante organisation.
En l'absence de toute base sérieuse pour asseoir son œuvre, le législateur s'est généralement contenté de transporter dans nos colonies les cadres administratifs de la métropole avec leurs procédés et leurs mœurs. On aurait pu cependant prévoir les déplorables résultats de cette solution. A ouloir coloniser par l'administration est une conception dangereuse et fausse ; c'est travailler en sens contraire des lois de développement des peuples. Le gouvernement d'un pays doit être la résultante des facteurs sociaux cjui s'v rencontrent : races, religion, instruction, situation économic|ue. Imposer sans étude préalable à des pavs neufs et très différents entre eux une organisation identique serait déjà une imprudence. Mais quand cette organisation est aussi absorbante et aussi hostile à l'effort individuel que la nôtre, la faute
',.) LFAP.WSION FIIVNÇVISE AU TONKIN
dc'vicMiL inexcusable. La preuve esl faite, du reste, et les résultats sont là.
Sans avoir la prétention de faire ici le procès de nos mœurs coloniales j'en voudrais noter quelques-uns des traits les plus saillants. Reconnaître ses fautes est le commencement de la sagesse.
Le principe fondamental de notre administration est l'impersonnalité. Ln fonctionnaire doit être un rouage parfaitem-ent interchangeable, avec un autre rouage de même ordre. Ln changement de personne, dans un service bien tenu, se fait sans à-coup, sans frottement, sans arrêt dans la machine. C'est une signature qui en remplace une autre. ?sotre administration coloniale prétend au même idéal et l'instabilité du personnel v est aussi complète cju'en France. Depuis les gouverneurs généraux jusqu'aux plus humbles employés, tous les fonctionnaires changent avec la même facilité. J'ai voyagé, en arrivant au Tonkin, avec un modeste gardemagasin, métis de la Ivéunion qui, accompagné de sa femme et de ses deux enfants, passait d'un poste à un autre. 11 venait en ligne directe de Nouvelle-Calédonie et se trouvait désigné pour Cao-Bang ! Son vovagc représentait pour l'P^tat une dépense à peu près équivalente à une année de son traitement. 11 est vraiment difficile de croire qu'on ait été forcé, pour administrer le magasin de Cao-Bani;, d'aller chercher un titulaire à Xouméa.
J'ai cité ce détail comme caractéristique. Dans l'espèce, il s'agissait seulement d'un supplément de dépenses pour l'État. Mais ce qui prend une autre gravité, c'est le perpétuel changement des fonctionnaires
ERREURS AD.MIMSÏUATIVES ',i
importants, des administrateurs. Les rouages du gouvernement ne sont pas aussi soigneusement ajustes cpi'en France, ils s'appliquent mal à un milieu social tout dilTérent de celui pour lequel ils ont été faits et les questions de personne prennent, bon gré, mal gré, une importance dont on ne tient pas assez compte. Un changement de gouverneur au Tonkin trouble profondément la vie politique et commerciale et arrête pendant des mois les progrès de la colonisation. (^)uand le nouvel arrivant n'est préparé ni par ses connaissances spéciales ni par ses fonctions antérieures à une tàclie aussi difticile, fùt-il le plus parfait des administrateurs et le plus intelligent des hommes, il lui faut un apprentissage souvent long, pendant lequel il est exposé sans défenses aux compétitions et aux appétits qui assiègent sa bonne foi. Cet apprentissage absorbe les quelques mois qui lui sont généralement accordés, un autre survient et tout est à recommencer.
« Je ne veux blâmer personne, écrivait dès 1886 « M^'' Puginier, ni les hommes du gouvernement ni « les conmiandants en chef, ni les autorités de tous « genres qui ont eu à agir au ïonkin. Je déteste l'escc prit criti([ue et suis le premier à excuser les fautes de « l'autorité. On ne peut, en effet, exiger de quelqu'un c( qui ne passe que quelques mois, tout au plus un an « ou deux, dans un pays comme celui-ci, dont il ne « connaît pas la langue, vivant dans un milieu tout « européen, on ne peut, dis-je, exiger qu'un homme « dans cette situation ait des idées adéquates sur les « hommes et les choses de la politique orientale. Les « erreurs sont donc inévitables »
Il est sage de faire comme M^'" Puginier et de mettre à part toute critique des hommes. On les juge mal à
distance et notre but est justement de faire ressortir que le plus souvent ils ne sont pas responsables de l'impuissance et des fautes (pi'on leur reprocbe.
Une entreprise qui se fonde, quels que soient sa forme et son but, a besoin de crédit; crédit moral ou matériel. Il lui faut des croyants qui exposent leurs intérêts sur ses chances de succès. Cela s'appelle la conliance. Pour une entreprise coloniale c'est une question de vie ou de mort. Il lui faut beaucoiq) de confiance parce qu'elle a besoin de beaucoup de crédit et que les bénéfices sont à longue échéance. Il s'agissait donc en Indo-Chine d'obtenir la confiance des habitants pour rendre le pavs sur et prospère, lacontiance des colons et des capitalistes pour le mettre en valeur, ^ous parlerons avec un peu plus de détail dans le chapitre suivant de nos rapports avec le peuple annamite, constatons seulement ici que nous avons tout fait pour éloigner le crédit et déûfoùter les colons.
Interrogez les hommes d'action qui ont essavé de coloniser au Tonkin avec d'autres préoccupations que celle d'obtenir des subventions, de spéculer sur les concessions ou d'exploiter quelque monopole obtenu par surprise. Tous vous diront que le vrai colon, celui qui ne demande rien à personne, ne peut arriver à percer. Il n'est pas d'entrave que l'administration ne lui rive, pas de tracasserie qu'il n'ait à supporter. On se croirait en France avec cette aggravation que la solution de la plus petite difficulté demande six mois, car tous les fonctionnaires entretenus sur place ne sont que les instruments de l'administration centrale. Toute affaire sérieuse se traite en France et c'est ce qui explique en
partie la tendance, signalée déjà, à exploiter les colonies au bénéfice de ceux qui ne s'expatrient pas, ni ne voyagent pas, du capital des industriels métropolitains. On décourage ainsi le petit capital vivant entre les mains du colon de bonne volonté, l'industriel qui s'expatrie, le commerçant qui veut fonder un foyer à côté de son comptoir. Tout ce qui fait, en un mot, la vitalité et prépare la prospérité d'une colonie. Les gros capitaux eux-mêmes qu'on entendait favoriser, ne voyant aucune chance deprotit dans une contrée dont la vie économique ne progresse pas, se portent ailleurs.
Comment, du reste, aurions-nous trouvé crédit et confiance dans le grand public alors c[ue l'administration centrale refusait obstinément l'un et l'autre à ses représentants au ïonkin et traitait sa colonie comme un enfant prodigue dont on pave les dettes de mauvaise grâce, cjuand elles deviennent trop criardes, mais auquel on n'ose confier les moyens et la liberté de s'établir à son compte pour gagner sa vie. Cette tutelle, ce conseil judiciaire permanent imposé à nos possessions nouvelles, est peut-être le plus grand obstacle à leur développement matériel.
J'ai vu le Tonkin gouverné par un homme, très discuté en France, qui avait réussi à relâcher un peu les lisières de la métropole et je puis affirmer que c'est surtout à son indépendance d'esprit et à son manque complet de traditions administratives c£ue M. de Lanessan doit d'avoir obtenu des résultats cju'on ne peut méconnaître. L'exagération de ces tendances au point de vue linancier lui a souvent été reprochée. On peut ne pas partager beaucoup de ses idées et ne pas approuver quelques-uns de ses actes. Ce que je veux retenir ici, c'est que par sa seule indépendance admi-
Ix'i L'EXPANSION FRANÇAISE AU TONlvlN
nislralivc il a pu donner une réelle impulsion à la colonisation matérielle comme par la seule application d'idées, discutables peut-être, mais nettes dans sa politique intérieure, il a fait faire de sérieux progrès à la pacification. Nous le verrons même entrer, pour l'organisation des hautes régions, dans une voie nouvelle et féconde c|ui n'était pas en concordance absolue avec ses idées du début. C'est ini gage de bonne foi qu'il est juste de reconnaître ^ . Dois-jc ajouter que malheureusement en France l'indépendance réelle est chose rare et qu'un fonctionnaire, comme le gouverneur général de l'Indo-Chine, toujours à la merci d'une campagne de presse ou d'une interpellation, doit-ctre l'homme de quelqu'un : haute administration ou parti politique qui lui serve de caution en face de l'opinion. Ce qu'il gagne sur l'administration il faut qu'il le perde en s'inféodant davantage à son groupe politique. Il se donne là un maître moins autoritaire et moins gênant, mais généralement aussi moins désintéressé que les bureaux. Xous voici sur les confins de la politique et je ne m'y attarderai pas. Je voudrais seulement enlever à ces réflexions le caractère d'un réquisitoire fait de « chic » et les étaver sur quelques exemples.
A oici d'abord le trop célèbre cliemin de fer de Langson. Il n'est question, bien entendu, que de son exécution matérielle, car je n'ai pas l'intention de pénétrer dans les coulisses financières de l'entreprise.
I . Il n'est question dans tout ceci que du gouverneur général, dont les actes appartiennent au pulilic et qu il ne faut jîas confondre avec 1 homme polili([ue. Leurs idées sur quelques points ne paraissent pas toujours être restées, au moins dans la forme, en concordance absolue.
Les voies de commun ical ion, siirtoul les chemins de fer, constituent le premier élément de la mise en valeur commerciale d'un pays. En possession depuis treize ans d'une colonie de douze millions d'habitants nous avons déjà réussi à y construire cent kilomètres de chemin de fer. Mais il faut remarquer pour justifier cette activité inusitée que nous l'avons fait sans le vouloir et que, s'il marche, c'est malgré ;les règlements. L'histoire en est mer\eilleuse, il nous faut à peine l'esquisser.
Vers 1888, l'administration militaire, trouvant très onéreux le ravitaillement des troupes dans la région de Langson, demanda au gouverneur général s'il ne serait pas possible d'étudier la jwse de rails Decauville de Phu-LaniJ^-Thuoni? à Langson. Les études faites dans
c ce
ce but furent un peu sommaires, car le service compétent déclara que rien n'était plus facile et qu'il suffisait de poser les rails sur la route mandarine ; la dépense ne devait pas dépasser i ,3oo, 000 francs. Sur cette assurance, l'autorisation de commencer fut laborieusement obtenue en France et on se mit au travail. Mais an jour, on s'aperçut qu'à vingt kilomètres du point de départ il V avait des montagnes. Je néglige les détails. Après bien des vicissitudes, le tracé fut repris par morceaux, on refit les tronçons qui ne cadraient plus avec les nouveaux plans, on emporta comme on put les autorisations en dissimulant l'importance des travaux, et en mai 1898 on arrivait à Bac-Lé après avoir posé quarante-C[uatre kilomètres de voie, dont la moitié en terrain plat. Les travaux, après cet effort, étaient du reste interrompus faute d'autorisation, d'argent et de travailleurs.
Le gouverneur général, M. de Lanessan, voyant que le chemin de fer de Langson marchait sur les traces de celui du Soudan et jugeant avec raison qu'il fallait
(Ml Unir, ('iii|)runla do l'ari^ent, se passad'aiitorisalion et lit fournir en permanence par les corvées cinq à si\ mille travailleurs. Dix-huit mois après, les cinquanlesi\ kilomètres qui restaient à faire en pays très accidenté, dilTicilc et peu sur, étaient ouverts. Le chemin de fer marche et fait ses affaires. Il faut avouer que le travail se ressent de la façon dont il a été conduit. On sera forcé, à href délai, de reprendre toute la ligne pour élargir la voie, car le transit est de beaucoup supérieur à ce qu'on avait prévu. Les études commencées en vingt endroits, un peu au hasard, ont donné de terribles mécomptes et deux tronçons arrivés à dix kilomètres l'un de l'autre présentaient dix-huit à vingt mètres de différence de niveau qu'il a fallu racheter par des pentes assez fortes pour diminuer de beaucoup la capacité commerciale de la ligne. Le matériel est en morceaux avant d'avoir servi, car on avait, avant toute autre chose, acheté fort cher, à tite d'économie, le matériel déjà usé de l'exposition de 1S89.
Tel quel, c'est un travail utile et le premier outil commercial de quelque importance que nous ayons créé là-bas. Mais, n'est-ce pas en petit notre histoire habituelle et n'est-il pas intéressant ce petit tramway que l'on commence à poser le long d'une route pour ravitailler les troupes et (jui se transforme à travers mille avatars en cent kilomètres de chemin de fer ayant donné sept cent trente-cin(| mille mètres cubes de déblais rocheux et terrassements avec cinq cent soixante-deux ouvrages d'art et soixante-dix-huit bâtiments de service. Le tout coûtant dix-huit millions, auxquels il faudra en ajouter quatre ou cinq pour élargir la voie ? Encore sommes-nous très heureux d'avoir abouti à quelque chose, le hasard nous a forcé la main. Si une
EIlllELllS ADMINISTRATIVES t^
compagnie sérioiisc s'était présentée, voilà dix ans, proposant de construire en quatre ans une ligne mieux laite pour douze millions, ses propositions auraient été repoussées haut la main et il n'y aurait rien de fait.
L'histoire de l'hôpital de Hanoï vaut aussi la peine d'être rappelée. Il était urgent de construire un hôpital militaire à Hanoï, tout le monde était d'accord et la dépense décidée. Or, pendant cinq ans, il a été envové chacpie année au ministre des colonies deux rapports contradictoires sur l'emplacement à choisir : l'un du service des constructions, l'autre du service de santé. Heureusement, en 1891, on eut l'idée de donner au gouverneur général le droit de trancher ce grave conflit. L'hôpital est fait et très beau. Il était à peu près fmi, qu'il parvenait encore à Paris des rapports tendant à démontrer cju'on avait eu tort de choisir l'emplacement proposé par les médecins.
Que dire du régime des douanes et des ports ? Constatons-en seulement les conséquences : la stagnation des affaires et l'abandon de nos côtes par le commerce.
J'ai pu, en faisant, au retour du Tonkin, les escales des ports d'Annam, m'assurer cjue leur décadence est complète. Au début de notre occupation, Tourane, par exemple, était fréquenté par plusieurs lignes locales, chacjue semaine un ou deux vapeurs venaient v traliquer. Aujourd'hui la visite mensuelle d'un petit bateau allemand est plus que suffisante et les courriers des messageries, que le service postal arrête dans cette rade deux fois par mois, n'v prennent rien. Le dépôt de charbon qu'on parle d'y établir, depuis quatorze ans pour assurer l'indépendance de nos escadres d'Extrême-Orient est encore à l'état de projet. Le mouvement de Haïpliong est insignifiant et celui de Saigon très faible
',8 L'EXPANSION FIVAN(;USE AL TOMvIN
alors (|iie Hong-Kong cl Singapour regorgent de navires.
N'est-ce pas aussi une étrange conception pour favoriser les transactions et attirer le commerce que d'entourer un pays d'une barrière de douanes et d'imposer des droits exorbitants aux navires qui se hasardent à relâcher dans ses ports ') Alais le produit de ces douanes et de ces ports représente malgré tout une somme importante. L'augmentation du trafic et de la richesse du pays ne rachèterait que progressivement ce délicit dans le budget du protectorat. Et comme, pendant leur court S(^our dans la colonie, les gouverneurs généraux n'ont pas de préoccupation plus impérieuse que celle de mettre sur pied ce budget, aucun d'eux ne peut, même dans l'espoir d'une augmentation d'activité commerciale considérable mais lointaine, prendre l'initiative d'une mesure qui produirait un déficit immédiat.
En fait de procédés financiers je ne retiendrai qu'un fait, parce qu'il est caractéristique et que j'ai pu en observer de près les suites. L'analogue s'était produit (hi reste une fois déjà aux environs de 1889, lors de la rentrée en France, si je ne me trompe, de M. Piquet. Celui que je rapporte était donc une récidive.
Dans les premiers jours de 1890, au moment du rappel de M. de Lancssan, le protectorat se trouvait engagé dans une série de grands travaux et devait faire face à des engagements iinanciers que je n'ai point à examiner ici. Quelques semaines après, M. de Lanessan cpiittail l'Indo-Chine en même temps que son successeur, M. Rousseau (mort depuis à Hanoï), s'embarquait à Marseille. L'interrègne durait depuis quelques jours à peine, quand subitement parvint à Hanoï un télé- Lnammc de Paris contenant l'ordre formel de fermer
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k's caisses publiques et de surseoir à tous les pavements jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur. M. Iloltermann, payeur-général du Tonkin, homme d'initiative et de grand sens, mort quelques mois après, se permit de représenter les conséquences de cette faillite et sous sa responsabilité pava quelques dépenses urgentes. On lui répondit par un blâme olTiciel et en mettant à sa charge les deux ou trois cents francs de « càblogrammes » envoyés à ce sujet. M. Rousseau apprenait cette élonnanle mesure en débarquant à Saigon et son premier acte fut d'en réclamer l'abrogation immédiate.
Il n'en est pas moins vrai cjue cela avait duré plus de trois semaines, pendant lesquelles créanciers et entrepreneurs du protectorat avaient eu tout le loisir de faire faillite, devant les guichets fermés. J'avais à ce moment le soin de la sécurité et un peu la surveillance de l'entreprise chargée des travaux considérables qu'on achevait dans la réu:ion de Doui^-Danu. L'entrepreneur sur un télégramme de son agent à Hanoï v était descendu en toute hâte, avant justement un compte très fort avec le Trésor. Au retour, en me montrant ses mandats impavés, il me disait : « Le protectorat me doit plus de cent mille piastres (environ 200,000 francs). Si au lieu d'avoir fait une excellente alTaire j'en avais fait une ordinaire ou si seulement la catastrophe était arrivée au moment de mes grosses échéances à paver en France, je n'aurais eu, comme tant d'autres, qu'à mettre la clef sous la porte. » Il ajoutait, tellement la débâcle était forte à Hanoï, qu'il n'aurait pu à ce moment faire escompter en banque, à quelque prix que ce fût, son papier du protectorat. Une pareille fausse manœuvre tue pour longtemps le crédit d'une colonie et il faut moins s'étonner en présence de semblables aléas de voir
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les prétentions exorbitantes des entrepreneurs qui se risquent à traiter avec le protectorat et des banquiers qui bii prêtent de l'argent. Il faut avouer que ces derniers abusent un peu de la situation. Je n'ai jamais vérifié les traités du protectorat avec ses banquiers et n'ai pas qualité pour les apprécier ; voici cependant une anecdote personnelle qui me paraît instructive.
On devait construire un poste d'une certaine importance à fpiclques beures de Dong-Dang dans les rocbers ([ui bordent la frontière de Cbine. Sur la demande du colonel Gallieni, le gouverneur général avait accorde quatre mille piastres (onze mille francs environ). Il avait été décidé, en outre, que cette petite somme me serait directement remise, mais régularisée comme les dépenses annexes du cbemin de fer (c'est-à-dire payée par les banquiers du cbemin de fer sur mandat du protectorat). Après avoir construit le poste, sur la parole du gouverneur général, et ressenti l'incjuiétude explicable, après le krach raconté plus haut, de voir rejeter la dépense, je reçus finalement le mandat régulier et le fis présenter. C'est alors qu'on m'expliqua poliment que sur un mandat de cjuatre mille piastres* le bancjuier n'en payait que trois mille trois cents qui me furent effectivement versées. Il est certain que de l'argent prêté moyennant une commission de i8 à 20 pour 100 sans compter l'intérêt normal de 5 à 6 pour 100 qui court sur la somme totale, n'est pas donné. On peut regretter que les opérations de ce genre soient tout à fait entrées dans nos mœurs et qu'elles constituent pour beaucoup de gens le dernier mot de la politique coloniale.
Ai-je trop insisté sur nos misères? Je n'ai fait que les eftleurcr, craignanl surtout de tomber dans le travers
ERREURS ADMINISTRATIVES 5i
farilo de In criticjuo de paiii pris. Retenons seulement de tonl eeci que c'est une tàclie inurate de i'alre non pas de Jurandes choses mais quekpie chose dans nos colonies. 11 est juste d'encourager sans réserve la bonne volonté de ceux qui essayent, et d'admirer l'éneruic de ccuv qui réussissent.