‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 34 sur 42 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

L'occupation complète des hautes régions était-elle nécessaire? — Caractère du pays. — Agriculture. — Possibilité de la colonisation européenne. — Régime de la propriété. — Impôt. — Industrie. — Commerce. — Avenir de la région.

Nous avons fall, depuis quelques années, clans les hautes régions du ïonkin, un effort considérable. L'importance des résultats obtenus ne peut plus être contestée. En suivant la voie ouverte, nous arriverons à pacifier, à gouverner et à faire progresser ces immenses territoires.

Mais il est permis de se demander si un tel eflort était nécessaire. Les dépenses et les sacrilices consentis ne sont-ils pas disproportionnés avec les bénéfices probables de l'entreprise. La question a été posée souvent.

Liconteslablement il serait plus avantageux, si la chose était possible, de limiter sa conquête aux parties riches d'un pays. C'est un projet longtemps caressé au ïonkin que celui de coloniser et d'occuper seulement les provinces basses en limitant la prise de possession des régions montagneuses à une surveillance très somluaire. Malbeureu.sement, c'est une utopie. L necontrée ne peut être réellement tranquille cpi'à condition d'a\oir des frontières nettes. Les marges vaii:ucs sont en

MISE EN VAEEL'R DES HALTES RÉCJIONS ■?,:,

tous pavs une source pcrniaucnlo crinsécuiilt'. La tendance générale et souvent irréilécliic qui pousse les avant-gardes européennes vers l'intérieur, dans tous les liinterlands africains, y compris le sud algérien, est une manifestation caractéristique de l'appréhension des voisinages inconnus. Xous ne pouvions en Indo-Chine échapper à cette loi et nous n'y trouverons d'éc|uilihre stahle que le jour où nous nous serons heurtés de tous côtés à des frontières véritables: Chine, Birmanie, Siam. C'est du restes, sous la pression des événements, nous l'avons vu et un peu à contre-cœur, qu'on s'est décidé en 1S94 à marcher franchement.

Il est donc sage d'accepter sans inutiles récriminations cette charge nécessaire et de chercher les movens de rendre moins onéreuse l'occupation de ces nouveaux domaines.

^"ous avons réclamé pour eux un régime militaire et politique exceptionnel. Il nous reste à montrer que, même au point de vue économique, ce régime d'exception s'impose.

Recherchons donc de bonne foi dans ce dernier chapitre ce qu'on peut attendre de l'avenir agricole, commercial et industriel de notre région de Langson. 11 ressortira j'espère de cette élude que s'il est prudent de ne point se faire d'illusions sur l'avenir d'une région incapal)le, à mon sens, d'enrichir nos colons, on peut compter au moins qu'elle arrivera dans la suite à se suffire sans grever l'ensemble de la colonie.

Xous néolin-erons le travail de reconstitution économlque qui s'est acconq^li parallèlement à la réorganisation polilique et prendrons le pays revenu à son équilibre normal vers la fin de 1890, pour y analyser

iC. EN TRIUUTOIliE MILITAIRE

Irrs hrirvcMiionl les principales cpicslions (pii iiilércsscnl son tlévc'loppenicnl iiialcricl.

CARACTKRE DU PAYS

Il s'ai;il ici (le la circonscriplion de Dong-Dang ou, pour lui donner son nom oiliciel, du Cliau de Van- Uycn ; c'est là qu'ont été recueillis les renseignements C{ui suivent et je tiens à leur laisser ce caractère local. — (^eci posé, j'ajouterai que l'aspect et la constitution de ce territoire sont très répandus dans le Haut-Tonkin. La plupart de nos observations peuvent donc s'applicjuer dans un rayon fort étendu.

Le Cliau de Van-Uyen comprend sept cantons répartis sur les deux rives du Song-Ry-Kong, dans la région de hauts mamelons et de rochers, où cette rivière, après avoir arrosé Langson, dessine le grand coude de Yan-Quan pour remonter ensuite vers le nord, à JNa- Cliam, où elle devient navigable à la petite batellerie.

Le Song-Ry-Kong est, comme on le sait, un des hauts affluents de la rivière de Canton. Les provinces de Langson et de Gao-Bang se trouvent donc en grande partie sur le versant chinois du Haut-Tonkin, face au nord. Cette disjDOsition explicjue, avec l'altitude, la différence de climat et de cultures entre cette frontière et les provinces basses.

Malc;ré son volume assez fort, le Soni^-Rv-Rons:, loin d'èlre l'artère du pays, n'en forme qu'un accidenl, d'inqiorlance secondaire. Les rives généralement escarpées el peu prallcables, les diflicullés d'un cours irrégulier, torrentiel par endroits et encombré de rochers en font un obstacle à la circulation bien plus qu'une voie de pénétration.

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