I. L'agent européen d une maison J lluïpliong, venu pour
En loiil élat de cause, c'est une opérai ion dinicile que de inodltier une liahitude ancienne dans les campa i;nes. 11 serait nécessaire de n'y employer qu'un personnel actif, choisi et très au courant de l'alTaire.
^ ers le milieu d'août 1890, un Chinois se présentait à Dong-Dang pour le compte d'une maison de Hanoï demandant à acheler de la hadiane. Adressé par moi à un notable producteur, il lui offrit sans hésiter 200 piastres du picul d'essence qui en valait à ce moment 55o. Ce n'est point avec des intermédiaires de ce genre que nous attirerons la badiane dans le Delta.
La véritable culture à encouraofer dans la région de Dong-Dang est donc la badiane qui peut arriver dans la suite à transformer sa situation économique.
Les habitants se remettent d'eux-mêmes à planter dès que la sécurité du pavs leur permet de songer à l'avenir. Il faut les pousser dans cette voie par tous les movens et particulièrement en réduisant la taxe dans de fortes proportions.
Xous avons recherché surtout jusqu'ici les moyens propres à ramener la prospérité chez l'agriculteur indi-
essaver un achat de l^adiane, m'avait été adressé en iSgô par le colonel Gallieni. Je le confirmai dans 1 idée qu il ne ferait rien au moment de la récolle et que le seul système possible était celui de l'aire au cours de Tannée, des avances et des prêts d arircnt remboursables en nature. Il suivit le conseil et avait à la fin de lannée, mis dans le pays lôooou 2000 piastres par lintermédiaire d un chinois de Ky-Lua. Je n'ai pas pu suivre le résultat de cet essai, intéressant cependant et utile à encourager, même dans lintérêt du producteur, à condition que 1 intérêt total prélevé sur l'argent prêté ne dépasse pas au début 20 pour 100 par an pour baisser ensuite aux environs de 12 à i5 pour 100 quand laflaire sera devenue courante et que les risques auront diminue.
228 EN TEIUUÏOIKE MILITAIIIE
gône sans insister sur les lenlalives possibles de colonisation européenne. Je ne crois pas qu'il soit raisonnable d'y songer sérieusement.
Le sol est suffisant pour nourrir les babilants et permettre aux races locales, désormais tranquilles, de s'accroître et de prospérer d'une façon normale ; mais le pays n'oITre au colon européen aucune chance de succès.
Le travail personnel y est impossible et la grande exploitation ne pourrait trouver de bénéfices qu'en dépouillant l'habitant. Le thé cependant et peut-être l'élevai^e doivent être étudiés. La réussite est possible mais douteuse du moins pour l'élevage. Les moutons n'existent pas et les petits bœufs dupavs ne reproduisent que médiocrement. Les pâturages sont en outre mauvais et les débouchés paraissent insuffisants.
Pourquoi du reste, tenter cet effort en pavs pauvre, alors que des terres fertiles, propres à tout, disponibles et à proximité du réservoir inépuisable de main-d'œuvre qu'est le Delta (comme le haut Yen-thé par exemple), attendent encore des colons?
La constitution de grandes propriétés avec des colons annamites peut réussir. Les essais de M. Thomé, auprès de Lam dans le Dong-trien, région analogue au Ventilé, sont concluants. Outre les bénéfices que cette exploitation pourrait donner aux hommes actifs et entreprenants qui la tenteraient, ce serait le plus sûr et le meilleur moyen de pacifier définitivement et de repeupler les marges du Delta, les régions movennes dévastées par la piraterie.
J'ai parlé d'hommes actifs et entre|)renants, il faudrait ajouter : pourvus de capitaux sulfisants. Tout cela est nécessaire pour réussir au Tonkin qui ne deviendra
jamais un cliainp de colonisation populaire. L'homme valide mais pauvre, s'il n'est d'avance fonctionnaire petit ou grand, débarquant à Hanoï avec ses deux bras pour chercher sa vie, y mourra de faim plus sûrement qu'en France ; à moins qu'il ne parvienne à se faire entretenir par le protectorat et à obtenir quelque vague fonction dans une administration.
L'argent lui-même ne suffit pas et beaucoup de ceux qui en étaient pourvus en arrivant, l'ont mangé sans profit. 11 faut qu'il soit aux mains de colons « de choix », de gens qui auraient réussi partout ailleurs.
Ce sont des choses utiles à dire franchement et à répéter pour éviter un malentendu trop fréquent chez les Français de France. Les colonies comme le Tonkin ne sont pas des pays de cocagne où reverdissent les fruits secs. Ce sont des champs d'action ouverts aux hommes entreprenants, actifs, pratiques, trempés pour la lutte, — rien de plus.
Dans notre haute région, ne pensons pour le moment qu'à développer l'agriculture indigène. Espérer davantage serait se préparer des mécomptes. Lidépendamment de toute autre considération, la main-d'œuvre y sera toujours trop rare et trop dispendieuse pour permettre aux Européens de prélever sur le travail indigène un bénéfice suflisant.
Le régime légal de la propriété exerce une influence considérable sur la prospérité agricole.
Ln pays ne peut progresser et se développer que dans la limite où les lois qui v régissent le pouvoir de posséder sont coiiforines aux goûts de ses habitants et
23o EN TEIUUTOIKE MILITAIRE
ap[)ro|)il('(:.s à leurs besoins. La cliose esl Irop é\ideiile pour qu'il soit utile d'y insister.
L'indigène de la haute région aime sa terre, s'attache à son coin de rizière et désire le posséder. 11 est fait pour être propriétaire. C'est l'amour du sol pour luimême tel (pie nous le trouvons chez notre paysan des contrées pauvres de France, d'autant plus tenace et entêté que ce sol est plus ingrat.
Dans les plaines riches et populeuses des provinces basses, au milieu des immenses rizières, toujours semblables et jiour ainsi dire impersonnelles, qui nourrissent son village, l'Annamite n'a pas cet instinct de la propriété individuelle. 11 donne sa part de travail et réclame sa part de riz. — Son attachement, son amour du lieu natal est d'un ordre tout dilTérent. C'est le village dans sa collectivité, le petit corps social dont il fait partie qu'il aime et qu'il ne veut pas quitter. Le régime de la communauté lui convient.
Or, au Tonkin, l'Annamite étant le plus fort, les lois sont faites pour lui et il les impose aux races soumises qui en souffrent. Ces lois ^ mal ajustées aux mœurs des Thôs sont devenues une source d'incessantes difUcullés.
Autrefois, les villages possédaient un domaine communal important et vivaient comme les Annamites, sous un régime tiès rapproché de celui de la communauté. La propriété héréditaire et absolue y était chose rare. Les habitants cultivaient des concessions dont le
I. La loi n admet pas en Annam ou au moins n'admet (|u exceplioiuiellcmenl la vente définitive des rizières. La vente liai)ituelle est toujours « à réméré ». Le vendeur conserve la l'acullé du rachat moyennant restitution du prix paye. Celle mesure esl évidemment dictée par le souci de proléger le domaine communal el convient l^en aux terres du Delta cl aux mœurs de ses hubilanls.
RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ aSi
retour à la coiiiiiniiu» ('(ail ])r('\u dans coiialii.s cas (désliérencc, incapacllo de cullure de la part de la famille, etc. . . .) et qu'ils n'avaient le droit d'aliéner que sous conditions.
Il s'est opéré depuis, une importante é\olution et le domaine communal est souvent réduit maintenant aux immenses terrains non cultivés. La propriété individuelle et perpétuelle devient le cas général pour les terrains réellement productifs.
Ce nouveau régime conviendrait mieux aux mœurs de nos indigènes, s'il était assis sur une législation appropriée. ^lais ce sont les circonstances locales qui l'ont imposé et il manque de stabilité.
Le fisc annamite ne connaît pas les particuliers et réclame toujours en bloc le total de son impôt à chaque commune, colleclivement responsable du versement. Or, depuis une quarantaine d'années, dans le Haut-Tonkin, les troubles périodiques, la piraterie et l'entretien de l'occupation chinoise épuisaient le pays. La population décimée ne parvenait plus que difficilement à exploiter les terres cultivables. Les déshérences et les incapacités de culture pour certaines familles réduites devenaient fréquentes, alors que les charges allaient en s'aggravant.
Les notables dans l'embaras aliénaient alors, pour les besoins du moment et avec une très grande imprévovance, les biens disponibles à des particuliers (Chinois ou indigènes riches); sous la condition de subvenir dans une projDortion déterminée aux charges de la commune et souvent de consentir un prêt d'argent. Le capital de ces prêts n'étant jamais rendDoursé se transformait habituellement à l'échéance en une nouvelle cession de terre.
La partie productive du domaine communal se trouva
232 EN TEHIUTOIIŒ MILITAIRE
de la sorte peu à peu transformée en propriétés privées (|iii {le\iiireiit à leur tour, par suite du manque de sécurité, l'objet de fréquentes transactions.
Tous ces contrats, bien que présentant souvent un réel caractère de pérennité et le spécifiant parfois, sont tliéoriquement soumis à la loi qui laisse au vendeur le droit de rentrer en possession movennant restitution du prix pavé. Cette cause générale de caducité dans les contrats est inconciliable avec le régime de la propriété privée. Aussi restait-il le plus souvent lettre morte dans la pratique et les nouveaux propriétaires purent se croire à l'abri de toutes réclamations, jusqu'au jour où une certaine prospérité reparut dans le pays avec la sécurité. Les anciens propriétaires ou leurs liéritiers et parfois les communes vinrent alors réclamer le racliat, movennant un prix infime et quelquefois 20 ou 3o ans après la vente, de terrains que la culture et de nouvelles plantations avaient transformés. Le cas se présentait chaque jour en 1895. Légalement, ces réclamations sont souvent recevables ou au moins discutables. En équité, elles sont généralement injustes et les nouveaux propriétaires ne les acceptent jamais sans procès.
Parmi les inconvénients résultant de ces interminables disputes, le plus grave est l'incertitude qui règne sur le droit au rachat. La propriété privée y perd une partie de sa sécurité, sans rendre aux communes les avantages de la communauté.
Par ailleurs, la reconnaissance comme délinitive de toutes les transactions précédentes, sans examen préalable, aurait ses dangers en favorisant trop ouvertement l'accaparement du sol par les Chinois et en sanctionnant (piehpiefois des ventes faites contre toute justice et à des prix dérisoires.
Cela doinando une étude sérieuse. Cliaquc cas particulier doit être examiné dans son espèce et résolu en équité. Mais il faudrait pouvoir ensuite garantir sûrement les nouveaux contrats ainsi régularisés contre tout retour oITensif des mécontents devant la justice annamite. La loi est à remanier.
L ne autre question se pose et mérite qu'on s'v arrête. Il s'agit de l'achat des terres par les Chinois. Le Thô doit évidemment être protégé contre la rapacité des prêteurs d'argent. 11 est hon pourtant de ne rien exagérer.
Le Chinois devenu propriétaire s'installe souvent isolément et d'une façon définitive sur sa terre. Il devient alors un colon intellioent, actif, et peu dissolvant
peu
au point de vue social. Au bout d'une génération il est difhcile de le distinguer des autres notables. Point n'est besoin dans ce cas d'avoir recours à des mesures d'exception.
Mais dans les cantons de la frontière il arrive fréquemment que la terre est achetée ou plus souvent saisie comme gage d'une dette non pavée, par des Chinois de Chine qui ne résident pas et font cultiver directement si leur champ est très voisin de la frontière ou conservent comme métavers les anciens propriétaires, en partageant la récolte.
C'est alors un véritable abus qu'on peut faire disparaître pour l'avenir en déclarant officiellement illégales de pareilles ventes, lorsc^ue l'acquéreur ne réside pas au Tonkin. Pour les ventes régulières précédemment consenties, il sera possible d'y remédier peu à peu en imposant aux Chinois propriétaires l'option entre la résidence au ïonkin ou la revente du sol aux communes. Mais ij serait sage de ne pas brusquer les choses et
23i EN TERRITOIRE MILITAIRE
d'exiger (ju'clles se passent régulièrement en laissant aux anciens proj^riélaires le temps nécessaire pour rembourser le prix d'achat et en les y aidant au besoin.
J'avais, au cours de l'année 1895, en répartissant des fonds prêtés par le protectorat, à titre d'avances, aux villages de la frontière, spécifié c[u'une partie de ces fonds serait consacrée au rachat des rizières cédées précédemment à des Chinois. Il serait, à mon sens, très utile de généraliser ce procédé, en exigeant qu'une proportion déterminée de la récolte des terres ainsi rachetées fût réservée pour l'amortissement de la dette. Le paysan se trouverait forcé de racheter sa terre et cette forme donnée au crédit agricole lui ferait perdre son inconvénient le plus grave. Trop souvent les avances faites aux communes et distribuées aux habitants sont employées intégralement à manger ou à reconstruire les maisons, sans souci de l'échéance. Il faut alors emjM'unter aux Chinois pour paver le protectorat et la misère va croissant.
Quoi qu'il en soit, il serait imprudent d'exonérer sans précautions les villages et les particuliers thôs d'engagements librement consentis. On risquerait d'augmenter encore leur imprévoyance et leur paresse. Ce serait une mauvaise leçon à leur donner.
11 faut apprendre aux indigènes le respect de la pro- ])riélé des autres ; mais ne serait-ce pas le lieu de rappeler que le meilleur moven pour cela est de respecter la leur? C'est le premier exemple d'intégrité que nous leur devons et, de toutes les injustices, l'expropriation violente et sans compensation de la terre est celle qu'on pardoime le moins. Ce principe n'est malheureusement pas un axiome chez les Européens quand ils se mettent
à coloniser. Sans parler de la façon dont les Anglais le comprennent ; les Arabes en Algérie, les Canaques en Nouvelle-Calédonie et tant d'autres ont pu se convaincre que nous savons aussi à l'occasion civiliser nos conquêtes « à l'anglaise ».
Ce procédé, non point excusable mais applicable en face de sauvages, n'est pas admissible au Tonkin. L'Européen doit s'y contenter des terres disponibles ou se décider à payer.
Alors même qu'il s'agit de travaux publics, d'un chemin de fer par exemple, il me paraît nécessaire d'indemniser les habitants lésés par la perte d'une terre de valeur (rizières arrosables, plantation de badiane, etc. *). Les frais généraux d'une grande entreprise n'en seraient pas sensiblement alourdis car ces terres sont relativement rares dans nos parages. Trop souvent en arrivant dans la haute région, les Européens se croient dans le désert ou en pavs conquis. Ils ne font aucune différence entre un mamelon inculte et un coin de rizière, sans se douter qu'un remblai de route ou une baraque de surveillant peut couvrir l'héritage de toute une famille. La terre pour eux ne représente aucune valeur alors que j'ai vu vendre certaines parcelles de bonnes rizières à des prix pouvant atteindre i,8oo à 2,000 francs l'hectare, — somme énorme pour un pavs pauvre.
Nous demandons à l'indigène le respect des lois et de
I. Notons que dans certains cas il suffira d'exiger que le particulier soit indemnisé d'une façon équitable sur le domaine communal quand il est suffisant. Au point de vue politique, il existe une grande dilTérence entre imposer à une commune la charge collective de la cession d'un terrain pour cause d utilité publique ou absorber, sans précaution et sans indemnité, la terre des particuliers.
230 EN TEIUUTOIIIE MILITAIRE
lajuslico. Doiiiions-lui rc\ciiipl(\ Le prétexte d'ulililé générale et de service public ne justifie pas les injustices légales, l'écrasement du iaible. La brutalité impersonnelle des organes collectifs de nos sociétés, l'impuissance de l'individu à lutter même quand il est dans son droit, jettent au cœur des foules ces ferments de haine et de révolte qui se manifestent de loin en loin par de si terribles explosions. Quand on sème l'injustice, on récolle l'insurrection.
Sans entrer ici dans le détail de l'impôt indigène, je voudrais faire ressortir les inconvénients j2;raves pour la haute région d'être soumise au régime des provinces basses. Il est peu raisonnable de prétendre imposer sans distinction à des contrées aussi différentes, les mômes impôts, les mêmes formalités, les mêmes « imprimés ».
Les tarifs et la classification des terres adoptés dans les rôles officiels ont été faits pour l'Annam et le Delta du ïonkin. Douze ou quatorze catégories de terres y sont soigneusement distinguées et tarifées de façon à ne laisser échapper au fisc aucune parcelle du sol.
Pratiquement ces distinctions et ces tarifs sont tout à fait inapplicables dans les hautes régions. Chacun les interprète à sa façon et les applique comme il l'eutend. II s'ensuit une grande inégalité dans les charges et une inquiétude continuelle chez l'habitant.
Dans le but de remédier au danger très réel de cette situation, le colonel Gallieni, au commencement de iSyô, m'avait donné l'ordre d'étudier la question
et de lui soumettre un projet de ri'nleinentalloa provisoire, fixant la manière de procéder jusqu'au moment où il serait possible d'arrêter les bases d'une assiette d'impôt plus conformes aux besoins du pavs.
A oici cette pièce, parue (en février je crois) sous forme de circulaire. Elle montre à quels expédients il fallait avoir recours pour respecter le sens commun sans porter atteinte aux formes administratives scrupuleusement exigées par l'administration centrale :
« Devant les divergences d'interprétation qui se sont « produites jusqu'ici dans l'application, aux rôles d'im- « pôt, des tarifs officiels, il m'a paru nécessaire de régu- « lariser cette application.
« Il importe de remarquer d'abord que les douze « catégories de terrains, fixées pour l'impôt annamite « des basses régions, ne sont pas applicables dans leur « ensemble aux impôts de culture dans la haute ré- « ofion.
« Pour n'en citer que quelques exemples: la neuvième « classe comprend : « les terrains communaux couverts « d'herbe et de roseaux. ... de marécages. « sablonneux ne pouvant être employés à la culture.
« novés. » Il est évident que dans une
« région où la culture ne couvre peut-être pas la « dixième partie de la superficie totale, on ne peut « demander aux communes un droit sur les centaines « d'hectares de « brousse » qui leur sont nominalece ment atTectés.
« Il est fort difficile, d'autre part, de faire entrer « dans le cadre donné les cultures flottantes, comme « le riz de montagne, l'indigo et, dans beaucoup de cas,
338 EN ÏERUITOIUE MILITAIRE
« le maïs. Ces cultures sont faites chaque année en « quantité variable, un peu au hasard dans des défri- « chenients souvent abandonnés après une ou deux « récoltes.
« Alors même qu'il est possible dans certaines com- « niunes où ces cultures sont plus stables, d'évaluer « assez exactement les terrains qui leur sont alVec- « tés, il serait injuste et inexact, en prenant les « .choses à la lettre, de faire rentrer le maïs par « exemple dans la sixième classe (la seule où il ligure). « Cette sixième classe, en elïct, spéciiie des terrains « d'alluvion et le plus souvent le maïs est planté dans « des terrains pauvres de mamelons ou dans des défri- « cliements de bois.
« Toutes ces dlfilcultés proviennent de ce que les « rôles ofilciels imposent les terrains suivant leur qua- « lité, ce qui est normal dans les pays complètement « cultivés et peuplés, alors que dans la haute région « c'est la culture seule que peut atteindre l'impôt.
« Dans ces conditions et jusqu'au moment où l'éta- « blissement d'un État régulier de la propriété rurale « permettra d'asseoir l'impôt d'une façon définitive, on « suivra pour la confection des rôles les règles ci- « après.
« En dehors de la taxe sur la badiane, l'impôt indice gène doit poursuivre :
« 1° La taxe personnelle et le remboursement des « corvées ;
« 2° Les rizières ;
« 3'^ Les cultures flottantes (maïs, indigo, haricots, « riz de montagne) ;
/j° Les propriétés bâties et les jardins. 1° Taxe personnelle el corvées.
« Lfi taxe personnelle et les eorvées peuvent el doi- « vent être payées par tous ceux qui n'en sont pas « régulièrement exemptés. L'exemption accpiise aux « fonctionnaires et mandarins sera limitée à ceux cpii ce sont régulièrement nommés et possèdent leurs « titres.
« Les communes encore soumises à la capitalion des « ]\ungs rentreront dans le droit commun : ce qui « n'aura plus d'inconvénients puisqu'alors même « qu'elles ne possèdent pas de rizières, l'impôt les altein- « dra dans leurs cultures flottantes, jardins et villages. « 3° Rizières.
« Les rizières sont actuellement loin de figurer en totalité sur les rôles. Cette fraude générale est due à l'assimilation de rizières ne donnant que tout à fait exceptionnellement deux récoltes, aux meilleures rizières du Delta. L'imposition de la totalité des rizières d'après ces tarifs serait une charge exagérée pour les communes. Jusqu'au jour où il sera possible de vérifier exactement dans quelle mesure les inscriptions des rizières sont altérées et où on pourra les taxer en connaissance de cause, il v a lieu de maintenir les tarifs et les inscriptions actuelles dans leur ensemble. Toutefois les chiffres de l'impôt de 189^ étant notablement inférieurs à l'impôt qu'il est équitable de demander aux populations désormais tranquilles, on exigera l'inscription de nouvelles rizières de façon à obtenir une majoration de i5 à 3o pour 100 suivant les cas, sauf exceptions justifiées par les circonstances locales.
« 3° Cultures diverses.
« Les cultures flottantes telles que le riz de montagne, l'indigo et le maïs sont faites en proportions
2/lo EN TERRITOIRE MILITAIRE
« variables suivant les années. Les terrains qui leur V sont alTcctés changent souvent en étendue et en « position. — C/est la quantité moyenne de ces cultures « ([u'il faut imposer sans tenir compte des emplace- « ments cultivés.
« On tablera dans chaque commune sur les résultats « de l'année précédente pour évaluer la surface cultivée « qui sera comprise dans la 9*^ classe sans distinction « entre les récoltes.
« 4^* Terrains cl' hahiiation et jardins.
« Le calcul de la surface imposable sera fait en éva- « luant la superficie couverte par chacun des villages « de la commune. On pourra, pour simplifier, taxer « les villages d'après leur importance en les rattachant « à trois ou quatre types pour lesquels le travail aura « été fait. Cette façon de procéder n'a pas d'inconvé- « nients, vu la faiblesse de la taxe.
« Dans la catégorie « jardins » seront comprises les « cultures de faible surface, faites dans le voisinage « immédiat des villages. Tous ces terrains rentrent « dans la douzième classe.
« Mesures spéciales à 1890.
« Comme il importe que dès cette année, l'impôt soit « établi d'après les instructions qui précèdent, les com- « mandants de secteur feront faire le travail par les « Tri-Chau après leur avoir donné les indications « nécessaires. Ils le vérifieront ensuite et les rôles ne « seront adressés au Tong-Doc par les Tri-Chau (le « i5 mars au plus tard) qu'après cette vérification.
« Pour la même date, les commandants de secteur « feront parvenir à leur commandant de cercle leurs « observations relatives à l'application des règles ci- « dessus, en même temps que les modifications qu'ils
IMPOT 2',i
« auraient autoris;jes en raison des circonslanccs lo- « cales. »
Ce modus vivendi, celte instruction de circonstance sulTit à prouver que, pour devenir régulièrement pros- ])LTe, la haute réo-ion a besoin d'un réoime officiel dilTé-
rent de celui du Delta.
L'établissement d'une assiette normale de l'impôt exige un travail de longue haleine. C'est une question à laquelle il ne faut toucher qu'avec une extrême prudence et l'étude pratique en est difficile.
L'impôt est certainement la base de toute souveraineté. C'est le sione matériel de la soumission et sa
rentrée régulière est un svmptôme certain de prospérité. Mais il faut que l'assiette en soit stable, conforme aux besoins du pays et que la répartition en soit équitable. Cela importe plus au pavsan et le touche de plus près que toutes les considérations de nationalité et de patriotisme.
Le détestable système annamite prêtant à tous les arbitraires, forçant le manque de sincérité dans les déclarations et rendant impossible toute sécurité pour l'avenir, fut de tout temps la principale cause d'inquiétude et de défiance chez nos administrés. Chaque changement de mandarin ou d'administrateur pouvant se traduire par une aggravation de charges, le contribuable vivait dans un continuel souci du lendemain.
Dans la pratique, les fonctionnaires français ne vivaient pas assez près des populations pour surveiller utilement l'établissement des rôles et la seule ressource des communes était de transiger avec le mandarin local, de négocier avec lui l'impôt « à forfait », moyennant un Gra>;dmaison. 14
sacrifice jx'cunlairc proporlioiiiir à leurs ressources ou à la rapacité du inaiiclarin.
Les fonctionnaires Tliùs et les notables ne nous avaient pas vus d'abord sans quelque appréhension toucher ce point délicat. Ils redoutaient l'application des tarifs ofliciels et se tenaient sur la défensive.
Dans l'impossibilité de contrôler matériellement les déclarations, il était fort difficile d'apprécier la valeur des rôles et nos investigations se heurtaient à une insurmontable défiance. C'est après des mois de fréquentation journalière et de tentatives infructueuses que je pus obtenir des habitants quelques renseignements précis sur la question. Ils ne pouvaient pas me donner, du reste, une marque plus authentique de leur confiance.
La promulgation d'un rôle spécial d'impôt, fait pour le pavs, serait l'indispensable complément de notre réorganisation politique. Il v aurait là un progrès considérable. Sachant désormais sur quoi compter et voyant appliquer régulièrement des tarifs raisonnables, les populations perdraient peu à peu cette défiance, cette crainte perpétuelle qui les empêche presque toujours de renseigner de bonne foi l'administrateur français sur les récoltes, le nombre d'habitants, la superficie des terres cultivées, etc.
Sans essayer de tracer le cadre d'un scmjjlable travail, résumons seulement les principes sur lesquels il conviendrait de l'appuyer :
1° La région frontière doit jouir d'un régime de faveur, d'une situation privilégiée en matière d'impôts pour des raisons politiques sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Le mieux serait d'y réduire en principe les charités au tribut nécessaire de soumission. Le trésor
IMPOT 2'i3
n'y perdrait pas de grosses sommes et la sllualion générale Y trouverait de grands avantages ;
2" Dans une contrée où une infime partie de la surface du sol est seule mise en culture, l'impôt ne peut frapper la terre suivant sa capacité de culture, il ne peut atteindre que la culture elle-même. En dehors des rizières arrosables et de la badiane, les habitants font surtout des cultures flottantes dans des défrichements utilisés plus ou moins longtemps suivant leur cpialilé, puis rendus à la brousse et remplacés par d'autres. La seule solution équitable est de taxer les rizières suivant leur superficie et leur qualité, les cultures flottantes en prenant pour base la récolte de l'année précédente ;
3° Le svstème d'imposition et d'évaluation doit être très simple et très clair dans une région où la sécurité restera toujours la préoccupation principale et où il faudra rendre définitive une administration militaire un peu rudimentaire et fortement disciplinée:
4" La taxe sur les cultures riches (spécialement la badiane) doit être supprimée ou très réduite.
La production agricole, répétons-le, est le seul espoir de prospérité, le seul moven d'existence des hautes régions ; il faut en alléger les charges. Peut-être sera-t-il possible de trouver peu à peu dans les impôts de consommation une compensation à ces sacrifices nécessaires. Mais dans cette voie, une très grande prudence est indispensable. Toute hâte, toute exagération dans les tarifs ferait renaître immédiatement le mécontentement et la contrebande, sources de la piraterie.
INDUSTFilE.
Dans un pavs neuf, pour Icnlcr avec quelques cliances de succès une entreprise industrielle, il faut trouver :
Les matières premières;
La main-d'œuvre ;
Des débouchés possibles et des communications suffisantes.
Il me paraît dlfriclle de songer actuellement à introduire l'industrie dans la région de Langson.
Les matières premières sont rares. Pas de charbon, pas de soie, peu de bois ; le coton, l'indigo, le thé, la canne à sucre à l'état rudimentairc. Seuls les bassins miniers vers Cao-Bang pourraient être explorés avec fruit. Encore faudrait-il y découvrir des gisements très riches de métaux précieux pour qu'une exploitation sérieuse y put être organisée.
La main-d'œuvre manque complètement et c'est le point capital. Les habitants sont exceptionnellement réfractaires au travail industriel. Ils ont recours pour leurs besoins de tous les jours aux Chinois et maintenant parfois, aux Annamites. Mais la main-d'œuvre devient dans ces conditions, dispendieuse et les ouvriers expatriés vivent mal dans un pavs qui n'est pas le leur.
Les voies de communication artiiicielles sont encore à l'état d'ébauche en dehors du chemin de fer de Langson, et dans une grande partie de la région montagneuse (dans le secteur de Dong-Dang entre autres) les commvmlcations fluviales n'existent pas.
Ouant aux débouchés commerciaux, il serait tou-
INDUSTRIE, COMMERCE a^S
jours dilTicile de faire concurrence aux Cliinois à Ilonir- Kong et aux Annamites dans le Delta.
Les conditions sont loin d'être les mêmes dans les provinces basses, isolons en passant que les deux richesses du Tonkin sont le riz et la main-d'œuvre. Trouver l'utilisation industrielle de cette main-d'œuvre, augmenter la production du riz et lui assurer un débouché commercial sont les deux problèmes de la mise en valeur générale de la colonie.
COMMEHCE.
Dans la région de Dong-Dang, le mouvement du commerce local s'est toujours porté de préférence vers le Nord. Les relations difficiles et peu sûres avec le Delta, le prix élevé des articles d'importation venant des ports français, le voisinage, la communauté de race et de langue avec les aborio^ènes de la zone chinoise voisine du Tonkin et surtout la facilité d'écouler en Chine le seul produit d'échange courant, le riz, tout y contribuait. Les rapports commerciaux avec le bas Tonkin se limitaient jusqu'à ces derniers temps au ravitaillement des Européens et à quelques importations insignifiantes des spécialités annamites : la noix d'arec, les marmites en cuivre battu, le sel.
Par ailleurs, nous l'avons vu, les races de la montagne sont tout à fait impropres au commerce. Aussi les Chinois s'étaient-ils créés là un véritable monopole. Toutes les transactions se faisaient par leur intermédiaire.
Pour entrer en relations directes avec leurs clients tonkinois, ils n'avaient pu se contenter d'apporter leurs
3',r, EN TEIUUTOIllE MILITAIRE
niarcliandiscs d'une façon inlcrniillcntc et avalent depuis longtemps fondé des marchés permanents en terre annamite. Autour de chacun d'eux s'était formée une ai^'domératlon de marcliands et d'intermédiaires. Ces villages, vérilahles colonies chinoises, devenus peu {i peu les plus importants et les plus riches de la région frontière (Kv-Lua, près de Langson, Dong-Dang, Cao-Phong, près de Ïha-Kc, etc.), avaient conquis leur autonomie et une indépendance presque complète en face des mandarins annamites qui s'en occupaient seulement pour \ recueillir le trlhut destiné à entretenir leur bienveillance.
Le chef de coni?réii:ation ou le chef de marché nommé par les Chinois remplaçait officiellement le Lv-Tliruong et administrait le village dont il assurait lui-même la police et l'entretien.
Ces marchés échappant en fait à toute surveillance, chacun d'eux s'était transformé en un centre de piraterie où se traitaient les affaires des bandes. — On y vendait parfois ouvertement des armes et des munitions.
La situation s'est heureusement modifiée. A Don":- Dong, par exemple, la présence du commandant du secteur et du Tri-Chau indigène qui v résident, l'installation des services publics et d'une garnison relativement importante, l'affluence des Annamites venus du Delta pour chercher leur vie ont transformé la plivsionomic essentiellement cliinoise de la localité.
La majorité cependant et la partie la plus riche de la population est encore formée par les marchands étrangers. Le chef de marché est nécessairement resté un fonclionnalre local inlluent. Aussi ces marchés demandent-ils encore une surveilhmce très active et une police strictement assurée.