‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 39 sur 42 · GOMMENT EXPLOITER LE TONKIN · texte numérisé non relu

GOMMENT EXPLOITER LE TONKIN

l'ouverture du chemin de fer et la poussée grandissante des Annamites vers la frontière occasionnera une crise économique peut-être grave. Le seul moyen d'y remédier serait d'encourager dans une large mesure la production agricole et le développement des cultures riches.

Il faut citer à part la hadiane qui a fait ses preuves. S'il était possihle d'en généraliser la culture le pays pourrait se transformer dans l'avenir.

La colonisation ou l'exploitation directe par les Européens dans nos contrées ne peut vivre qu'en dépouillant les hahitants. Même h ce prix la réussite en serait douteuse.

C'est donc à la prospérité et aux progrès de l'indigène que doivent tendre nos eiTorls. Assurons-lui la jouissance tranquille du bien-être que peut lui procurer son travail, amenons-le peu à peu à augmenter ce bien-être en dirigeant mieux ses efforts, en développant ses connaissances et en facilitant ses relations commerciales. Il deviendra un auxiliaire sur et dévoué sur lequel nous pourrons compter en toutes circonstances et nous aurons rempli notre tâche dans la haute région.

J'ai, à dessein, limité cette courte étude économique au territoire de Lan^son. Je voudrais, élargissant un instant cet horizon, montrer comment les principes qui nous ont guidés dans cette excursion locale peuvent s'appliquer à l'ensemble du Tonkin. Ce m'est une occasion, volontiers saisie, de les définir une fois de plus et

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de leur demander, en terminant, quelques conséquences pratiques.

Notre grande erreur coloniale est de prétendre exploiter nos conquêtes avant maturité. Nous nous obstinons à chcrclier un immédiat débouché pour nos produits métropolitains dans des contrées qui ne peuvent absorber parce qu'elles ne produisent pas.

Il faut pourtant semer avant de récolter et grefîer avant de cueillir des fruits. Au lieu donc d'essayer infructueusement de tirer du Tonkin par des moyens artificiels de problématiques bénéfices, ne serait -il pas sage d'en faire d'abord un pays économiquement vivant et prospère ?

Mais nos capitaux sont méfiants et nos colons rares ; aussi, sommes-nous impuissants à opérer nous-mêmes la transformation matérielle indispensable pour rendre le Tonkin capable de produire et d'absorber dans une mesure suffisante.

— C'est donc aux habitants dirigés et instruits qu'il faut confier le soin de ce nécessaire progrès.

Ce raisonnement nous ramène à la double conséquence déduite, au début de ce volume, de considérations un peu différentes :

1° Notre premier travail au Tonkin doit être un travail social ;

2° Dans l'aménagement économique et commercial de la colonie, il ne faut considérer d'abord que sa vie propre, la traiter en pays libre et agir dans le seul intérêt de son développement et de sa prospérité.

L'examen du premier point m'a fourni la matière presque totale de ce livre. Le second pourrait, à mon

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sens, servir de guide dans l'étude de toutes les questions qui touchent à la mise en valeur du pays.

S'il est facile de voir ce que le ïonkin gagnerait à cette émancipation, il est plus malaisé de comprendre ce que pourrait v perdre la France.

Prétendre, à l'aide de tarifs douaniers, faire absorber dès maintenant nos produits français par les indigènes, serait une dangereuse illusion.

Les Annamites produisent à peine de quoi suffire à leurs besoins très limités.

Est-il plus raisonnable de marchander à notre colonie une complète liberté de fabriquer, dans la crainte de nuire aux industriels de France ? L'écoulement des produits manufacturés par les pays à monnaie d'or devient de jour en jour plus diflicile chez les peuples à étalon blanc.

?sous ne vendons rien en Extrême-Orient, — Au surplus, si nos industriels craignent la concurrence tonkinoise sur les marchés asiatiques, cju'ils aillent fabriquer au Tonkin comme les Anglais fabriquent aux Indes, pour vendre en Chine. Au cas où certains produits viendraient déprécier nos marchandises de France sur les marchés européens, fermons-leur ces marchés. Rien de plus juste et le Tonkin ne s'en plaindra pas s'il peut acheter à ce prix la liberté industrielle.

Toutes nos idées sont faussées, du reste, par cette obsession de lucre immédiat. On en peut voir une marque curieuse dans l'importance excessive accordée (théoriquement, il est vrai) aux questions de transit. Les colonies réduites à un port, comme Hong-Kong ou Singapour, n'avant pas d'autres movens d'existence, vivent de transit. Mais, quand il s'agit du Tonkin, n'estil pas surprenant parfois d'entendre surtout parler

d'exploiter lo Yun-\an ? Un pavs peuplé de douze à quinze millions d'habitants, riche et facile à exploiter vaut cependant la peine qu'on s'en occupe. Il semble que pour certains, la colonisation serait achevée et le but atteint s'il était possible de jeter un pont entre Ilaïpliong et Yun-Xan-Fou. Le soin d'augmenter la production locale et de lui trouver des débouchés me paraît une affaire autrement intéressante et pressée.

Admettons donc, pour un moment, le Tonkin libre et indépendant. C'est un pays bien doué, capable, s'il est judicieusement conduit, de faire bonne figure en Extrême-Orient. Quels moyens va-t-il employer pour y parvenir ?

Vraisemblablement, il voudra produire et fabriquer :

1° Ce qu'il consomme lui-même et achète actuellement à ses voisins ;

2° Ce que ses voisins absorbent et sont disposés à lui acheter ;

3° En troisième ligne seulement, ce qu'il peut espérer vendre en Europe.

Car si ce trafic promet de gros bénéfices, la réussite est aléatoire. L'Europe se défend, la partie économique y est âprement disputée et le jeu serré. Il est donc normal de baser la prospérité d'un pavs neuf sur des opérations moins fructueuses mais plus sûres.

Dans cette voie, l'agriculture tient la première place, puis viennent l'exploitation des richesses du sol et l'industrie. Or, nous l'avons reconnu, les colons sont rares et les Français clair-semés pour longtemps e-ncore en Indo-Chine.

Ce sont donc : l'agriculture indigène (le riz en pre-

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mière ligne), les exploitations indigènes (pèche côtière, salines, etc...), l'industrie indigène qui doivent devenir les premières sources de sa prospérité.

Est-il besoin de spécifier, pour prévoir une trop facile critique, que mon intention n'est point du tout d'amoindrir l'importance des entreprises françaises, des cultures riches, des grandes exploitations? Je voudrais que rien ne fût épargné pour leur ouvrir nos possessions neuves et leur y faire une très large place. Il s'agit seulement ici d'établir que cette place ne doit pas être la première et cjue toute tentative de mise en valeur doit être fondée sur la production, sur le travail indigène.

Ce n'est pas le lieu d'aborder, fût-ce dans ses lignes générales, l'étude de ce programme. Observons seulement que pour coordonner ses travaux, pour les orienter peu à peu raisonnablement et rendre moins improductifs ses efforts, le colonisateur doit s'imposer deux tâches d'ordre différent et d'importance prescjue égale :

1° Un travail social et administratif (qui, au début, prime toute autre préoccupation) ;

2° L'aménagement du sol et la création de l'outillage nécessaire à l'exploitation et au commerce.

Au Tonkin, les plaines vivantes et fertiles du Delta sont difticilcment comparables aux contrées montagneuses et les détails de la colonisation doivent être soigneusement appropriés à chaque milieu. Mais les principes qui la dominent ne changent pas et ce C|ue nous avons demandé pour les hautes régions, il faut le réclamer pour l'ensemble de la colonie.

Pour en faire la preuve, il suffit de rappeler les plus urgents de ces desiderata.

— Au point de vue social et administratif:

Tranquillité assurée.

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Asslctlc de l'iinpôt direct très stable et judicieusement équilibrée.

Prudence extrême dans l'établissement des taxes de culture et des impôts indirects.

Enseignement agricole et industriel.

Encouragements directs à la culture. Secours, essais, expositions, publicité.

Régime de la propriété assis et bien assuré. Respect absolu de la propriété indigène.

Grande simplification et libéralisme dans le régime administratif des concessions, des exploitations et des entreprises industrielles.

Frontières et ports largement ouverts au commerce. Régime douanier réduit, en grande partie, à la protection des produits que le Tonkin peut fabriquer luimême.

— S'il s'agit de l'aménagement du sol et de l'outillage à créer, c'est dans l'intérêt de la production locale et surtout du développement de l'agriculture que doivent être menées les premières entreprises :

Irrigations, protection contre les inondations, navigation intérieure, routes, cliemins de fer.

Les communications rapides sont primordiales, personne ne le conteste. Mais leur prix de revient est énorme et c'est là surtout qu'il faudrait procéder avec métliode.

Les cliemins de fer du Tonkin doivent répondre à de multiples conditions qu'il semble naturel de grouper ainsi par ordre d'urgence :

1° Répartir les ressources du pavs pour éviter les disettes, égaliser les cours et permettre aux liabitants, sûrs d'être approvisionnés en tem|)s utile, de spécialiser leurs exploitations suivant les régions ;

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