‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 6 sur 42 · POLITIQUE INDIGÈNE · texte numérisé non relu

POLITIQUE INDIGÈNE

indigène devaient donc constituer la première préoccupation de nos administrateurs au ïonkin,

Avons-nous mieux réussi de ce côté que dans nos essais de transformation industrielle et commerciale ? Mallieureusement non. Il nous fallait la confiance du peuple annamite et nous n'avons pas su Toblenir. Dès le début nous avons fait fausse route et voici ce qu'écrivait en 1886, M^"" Puginier à M^"' Freppel, député, dans une note confidentielle retrouvée après sa mort :

« Monseigneur, je vous le dis sans parti pris, sans « intention de critiquer et sans vouloir faire de person- « nalités, dans la question du ïonkin, le gouvernece ment et ses représentants ont jusqu'ici fait fausse « route sur toute la ligne et malheureusement on con- « tinue à suivre la même voie.

« Au lieu de gagner la confiance des habitants, on « l'a vue diminuer, notre influence n'a pas augmenté. « J'affirme que la France est moins aimée au ïonkin « et dans tout le royaume d'Annam qu'elle ne l'était « avant notre expédition. Chez un grand nombre l'es- « time et l'affection qui se manifestaient extérieurece ment ont fait place au mépris et à la haine. Au lieu c< de désirer comme autrefois notre action dans le pays c( on la redoute souverainement et un très grand ce nombre travaillent, les uns sourdement, les autres ce d'une manière ostensible, à la combattre par tous les ce movens

ce II faut nécessairement changer de système tant en ce politique qu'en administration. Je l'ai dit, je l'ai réce pété des centaines de fois, mais je n'ai rencontré ce que préventions, manque de connaissance des

o'i L'EXPANSION FRANÇAISE AU TONKIN

« liominos et des choses. Je suis convaincu qu'il v a là « un véritable aveuglement des esprits que Dieu perce met pour châtier le royaume d'Annam et un peu la « France qui a perdu ici tant de milliers d'enfants et « tant de centaines de millions sans obtenir encore au- « cun résultat définitif. »

Il n'y a point là d'exagération. L'anarchie véritable et affligeante, sous l'influence de laquelle écrivait yX%r Puginicr, s'est prolongée pendant de longues années et le gouvernement indigène est encore au Tonkin le plus inquiétant des problèmes.

On s'était, en i884, arrêté avec raison à la forme du protectorat. Pour les provinces peuplées par la race annamite, les plus importantes de beaucoup et les seules qui nous occupaient à ce moment, c'était le plus sage. Le traité de i884 vint compliquer les choses en nous retirant tout contrôle sur la cour de Hué. Il était possible cependant de tirer parti de la situation avec de la suite dans les idées et une politique très stable. Mais là, plus qu'ailleurs, l'instabilité du personnel français devait paralvser tous les eflorls.

Dans les affaires d'exploitation industrielle et commerciale, la métropole impose en effet, d'une façon permanente, ses procédés administratifs et son contrôle. Si les résultats sont mauvais, cela tient le plus souvent à ce que ces procédés eux-mêmes sont mauvais ou mal appropriés aux besoins du pavs. En fait de politique indigène, les règlements sont muets et le gouvernement central est obligé, à contre-cœur il est vrai, d'en laisser l'initiative à ses représentants dans la colonie. Il faudrait s'en féliciter si chacun d'eux avait le temps de se faire une pollli(|uc et de la suivre. Mais nous sommes loin de compte.

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