I. Remarquons en passant que les manJarins payés par
graves abus. Il en résulte chez les mandarins une vénalité très générale et farilenienl explicable. Laisser aux fonctionnaires le soin de fixer eux-mêmes le prix de leurs services et une marque de confiance que ne méritent pas toujours ceux d'Extrème-Orienl.
On a dit souvent que le recrutement des mandarins par voie de concours ouverts à tous devait constituer une administration démocratique, un personnel très rapproché du peuple et en communauté complète de tendances et d'idées avec lui. Kien n'est plus inexact. Les mandarins sortent du peuple comme un arbre sort de terre, ils ne conservent avec lui que les points de contact nécessaires pour en tirer leur subsistance. Aucune administration n'est plus fermée, plus oligarchique, plus hostile à tous les progrès. Cette sélection très sévère et cette éducation intellectuelle de forme immuable et compliquée, auxquelles sont soumis pendant de longues années les aspirants au mandarinat, font de la classe lettrée le résumé et comme la quintessence de la vieille civilisation annamite. Le mandarinat est la clef de voûte des sociétés d'Extrême-Orient; sa suppression amènerait la désagrégation du corps social dont il forme la charpente. Mais la réciproque est
nous le sont avec la même parcimonie qu'ils Tétaient autrefois par le gouvernement annamite. A titre d'exemple : le Tri- Cliau (sous-préfet) de Dong-Dang toucliait 2^ piastres par mois, alors qu'il lui en fallait 60 ou 80 pour vivre très modestement dans sa situation. Son premier secrétaire, lettré, pourvu d'un grade de mandarinat, recevait 3 ou 4 piastres, alors que nos « bovs )) étaient payés 8 à Q piastres, un cuisinier 10 à i4 et qu un chef de chantier chinois pour la maçonnerie ou la charpente gagnait de 3o à 5o piastres. C'est une véritable prime à l'exploitation de lindifrène et nous arriverons diflicilcnicnt ainsi à empêcher les mandarins de rançonner le contrihuable.