DÉPART FURTIF DE BONAPARTE
Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat, Andreossy, Marmont, Berthollet et Monge, il se rendit, escorté, de quelques-uns de ses guides,^ sur une plage écartée.^ Quelques canots 10 étaient préparés ; ils s’embarquèrent et montèrent sur les deux frégates le Muiron et la Carrère. Elles étaient suivies des chebecks^ la Revanche et la Fortune. A l’instant même on mit à la voile, pour n’être plus au jour en vue des croiseurs anglais. Un calme 15 survint, on trembla d’être surpris, on voulait rentrer à Alexandrie ; Bonaparte ne le voulut pas. « Soyez tranquilles, dit-il, nous passerons.» Comme César il comptait sur la fortune.^
On eut ensuite des vents contraires qui prolongèrent 20 la traversée. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et l’on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant à son étoile,® apprenait à y croire, et à ne pas s’agiter'^ pour des périls inévitables. 25 II lisait la Bible et le Koran, œuvres des peuples qu’il venait de quitter. Craignant, d’après les derniers événements, que le midi de la France ne fût envahi, il avait fait gouverner,® non vers les côtes de Pro-