DÉPART FURTIF DE BONAPARTE
vence/ mais vers celles du Languedoc.^ Un coup de vent^ l’avait ramené vers la Corse. ^ L’île entière était accourue au devant du célèbre compatriote. On avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout à coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau, trente voiles ennemies : on les voyait au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait de mettre un canot à la mer pour aborder furtivement à terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17 vendémiaire an VII (8 octobre 1799), à la pointe du jour, les frégates le Muiron et la Carrère, les chebecks la Revanche et la Fortune, vinrent mouiller dans le golfe de Fréjus.^
Les habitants de la Provence avaient craint, pendant trois années de suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait délivrés de cette crainte en 1796; mais elle leur était revenue plus grande que jamais depuis la bataille de Novi.® En apprenant que Bonaparte était mouillé sur la côte, ils crurent leur sauveur arrivé. Tous les habitants de Fréjus accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. La multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosité, envahit les vaisseaux, et, violant toutes les lois sanitaires,"^ communiqua avec les nouveaux arrivés. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'était plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la santé dut dispenser le général de la quarantaine, car il aurait fallu condamner à la même précaution toute la population, qui avait communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit sur-le-champ
l’expédition en Égypte
à terre, et le jour même voulut monter en voiture pour se rendre à Paris.
Le télégraphe,^ aussi prompt que les vents, avait déjà répandu sur la route de Fréjus à Paris la grande 5 nouvelle du débarquement de Bonaparte. Sur-lechamp la joie la plus confuse avait éclaté. La nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y avait produit des élans extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplacé partout les représentations théâtrales. 10 Le député Baudin (des Ardennes), Tun des auteurs de la constitution de l’an III, républicain sage et sincère, attaché à la république jusqu’à la passion, et la croyant perdue si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin expira de joie en apprenant cet événe- 15 ment.
Bonaparte était parti le jour même du 17 vendémiaire (8 octobre) pour Paris. Il avait passé par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces villes l’enthousiasme fut immodéré. Les cloches retentissaient 20 dans les villages, et pendant la nuit des feux étaient allumés sur les routes. A Lyon surtout, les élans furent plus vifs que partout ailleurs. En partant de cette dernière ville, Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une autre route que celle qu’il avait 25 indiquée à ses courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa direction, couraient à sa rencontre, tandis qu’il arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 octobre), il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, sans que personne se doutât de son ar- 30 rivée.
CONSTERNATION DE l’aRMÉE