PRÉSIDENCE DE SIR ROOERICK 1. MURCHISON
Le capitaine Sheraao Osbobn prend la parole pour une lecture sur l’exploration des régions polaires boréales.
Les découvertes arctiques doivent exciter la haute attention de tous les véritables amants de la géographie et des sciences physiques, et spécialement de la Société.
Il n*a pas besoin, devant la Société de géographie, d’expliquer que tous ses camarades ne sont pas plus disposés à renoncer ans expéditions arctiques à cause de la mort de Franklin, qu’à tourner le dos à l’enoemi à cause de la mort de Nelson.
En 1818 , on ne savait encore rien de plus qu’au temps de Baffin et de Behring sur tout le nord de l’Amérique. En trente-six ans, au moyen de quarante-deux expéditions, dont une seule a été perdue, on a tout accompli. On n’est jamais airivé à résoudre aucune grande question avec une aussi faible proportion de morts regrettables. C’e.st répondre à l'objection du danger. Il y a moins de périls à redouter au Nord que dans les voyages africains et dans les campagnes lointaines.
11 combat l’avis de ceux qui pensent que toutes ces recherches ont seulement abouti à dessiner une stérile ligne de côtes sur les cartes. Il indique à larges traits les grands progrès scientifiques accomplis; il cite l’opinion de l’ancien amiral Beechey ; * que chaque » voyage dans les régions polaires a contribué à soulever le voile * d’obscurité qui s’étendait sur tous les phénomènes de ces régions, a » dissipé quelque puérile superstition, a mis en lumière des points » nouveaux, et a servi à l’avancement de la connaissance humaine. »
Il examinera successivement trois points : 1° — La direction à suivre; 2° — le mode d’exécution ; — 3* les résultats scientifiques à espérer. ^
Il montre les distances au pôle des lieux connus les plus rapprt»ehés ; il parle de traditions vagues sur certains navires hollandais qui auraient atteint le pôle ; il dit que ce sont des contes inventés dans la rêveuse Amsterdam, sous l’influence de la forte bière hollandaise. Parry est allé à 433 milles du pôle ; il est regrettable qu’il n’ait pas exécuté son voyage en hiver ; il indique quelques objections à cette route, et il choisit la voie du détroit de Smith.
En recoinmaudaui la direction groeniandaise, son bat n’est pas de rejeter les explorations par le Spitzberg et la Nouvelle-ZeuiÛe, qui seraient très-fructueuses pour la science. Ce que de pauvres pécheurs fout pour récolter de l’huile, d’autres ne le feront-ils pas pour l’amour de la science et pour scruter les lois de la lumière, de l’électricité, du magnétisme et des vents.
Il esquisse rapidement le voyage de Kane, et dit que les terribles souffrances ressenties dans celte czpédilion n’ont pas été racontées par sou chef chevaleresque, dans le but d’effrayer des successeurs, mais, au contraire, pour les prémunir au sujet des précautions è prendre.
Il parle du témoignage de Morton et de la mer qu’il croit avoir vue ; il s’élève contre ce fait et contre ses conclusions.
La distance du mont Parry au pôle, aller et retour, est de 968 milles, et ce doit être le point de départ pour gagner le pôle.
Il montre l’existence de groupes humains dans ces froides régions, et il décrit la vie des Esquimaux. Cette description a surtout pour but de faire ressortir les preuves péremptoires de l’abondance de la vie animale pendant toute l’année.
Les établissements danois de la côte du Groenlaud servent encore à justifier le choix de sa route, en offrant un refuge en cas d’accidenL
Une exploration polaire doit être faite par l’Etat, avec toutes les ressources considérables des arsenaux pour le choix exceptionnel des instruments à nlUiser. Nombre de bâtiments de guerre roulent sur leurs ancres dans les ports ; il ne demande d’ailleurs pas de trais-pont, soais quelque cliose de très-inférienr à un vaisseau de ligne. La Société ne doit pas attendre l’initiative de l’Amirauté : Colomb, Cook, Franklin, Ross, n’eussent jamais pris la mer s’ils avaient eu b^in des Amirautés passées poiur organiser des expioraratinus scientifiqnes et géographiques.
Mais il ne doute pas que les hommes de science qui pensent que la marine n’existe pas seulement pour- tuer ou pour faire tuer, ae pourront exercer une pretsion semblable â celle exercée par d’autres lords de l’amirauté. Les serviteurs du public doivent faire ce qu’exige l’opinion ; les savants de l’ Angleterre penvent réclamer une expédition polaire ; la narine a besoin de secouer la paresse de la routine ; une exploration arctique aura un effet moral supérieur à
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celui (les guerres japonaises et autres ; les marins anglais ne sont pas avides seulement de la renommée au moyen de la guerre, et il est d’anlres travaux aussi glorieux que les victoires.
Il demande un équipage de 120 hommes et deux petits navires, à prélever sur les 50 000 hommes dont dispose l’Amirauté, et sur les sommes énormes qu’elle dépense annuellement.
L’un des navires sera laissé au cap Isabelle, le second pénéirera dans le détroit de Smith, et de là un gagnera le pôle en traîneau.
Il cite plusieurs voyages où les distances parcourues en traîneau sont plus considérables que celles à franchir ; il insiste sur l’avis du capitaine Léopold Mac-Clintock.
Il examine à la suite l’importance scieminque de l’expédition ; il passe en revue les côtés géographique, botanique, zoologique, météorologique, géologique, magnétique, en réclamant le témoignage du général Sabine et de la Société royale au point de vue des grands résultats à obtenir. Il parle de la mesure d’un arc du méridien, de la salure des eaux, des courants ; il fait ressortir la prééminence maritime de la vieille Angleterre.
Il termine par une péroraison éloquente à l’adresse de sir Roderick I. Murehison, sans le concours actif duquel les dernières expéditions n’eussent pas été ordonnées par l’Amirauté. Comme marin, il le remercie de ce qu’il a fait, et il espère qu’il couronnera ses éminents services scientifiques en faisant ajouter la découverte du pôle au bagage des connaissances humaines.
Sut Roderick I. Mürchison prend la parole.
Il résume le précédent discours en insistant sur toute l’immense importance scientifique de ces explorations, et en donnant toute son approbation au projet de Sberard Osborn.
Il cite l’opinion de sir John Barrow : « que le pouvoir matériel « de la marine anglaise est suffisamment apprécié par l’étranger; » que son influence morulè, non moins précieuse, doit être coii- » slamment entretenue par les voyages de découvertes » ; que relativement au cui bono? question qui peut être faite, on doit répondre par la nomenclature longue de tout ce que réclame le savoir humain; que, suivant un mot profond d’un ministre de la reine Elisabeth : Savoir, c'est pouvoir.
Le général Sabine, président de la Société royale, prend la parole.
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Il pactise tic tout cœur avec la louable proposiiion de Sberard Osborii ; il cite en sa fateur le témoignage de plusieurs marins de distinction ; il promet l'appui de la Société royale.
L’amiral sir Edouard Brlcher, M. John Lubbock, président de la Société d’ethnologie, le capitaine Hamilton, M. Cléments MARK iiAM.lord Düfferin, m. John Cratvfurd, le capitaine Ingle- FiELD, prennent successivement la parole pour témoigner toute leur sympathie eu faveur de l’expédition; ils insistent sur l’absence de dauger pour la vie physique des hommes, sur l’importance scientifique, sur riionncur de l’Angleterre.
Le président invite le capitaine Richards, hydrographe de l’Amirauté, à formuler son opinion.
Le capitaine Richards dit que l’heure avancée ne lui permet pas de motiver son opposition, très-courtoise d’ailleurs, et il s’expliquera plus tard.
Le capitaine Osborn reprend la parole pour répondre à quelques questions et développer quelques considérations ; il remercie l’amiral fielcher d’avoir évoqué le souvenir de l’éminent sir Francis Beaufort, et il cite une de ses paroles : «Sachez convaincre, lui disait-il, M des hommes comme sir Roderick I. Murchison et le général » Sabine, et vous convaincrez l’Amirauté <>. Le nom de Beaufort est tellement gravé au fond de son cœur, qu’il est toujours prêt ï sortir de scs lèvres.
La séance est levée.
Séance du Tl février 1865.