‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 3 sur 43 · CONQUETE DE L ILE DE MALTE · texte numérisé non relu

CONQUETE DE L ILE DE MALTE

L'ordre des chevaliers de Malte^ était comme toutes 25 les institutions du moyen âge : il avait perdu son objet, et dès lors sa dignité et sa force. Il n'était plus qu'un abus,'^ profitable seulement à ceux qui l'exploitaient.

Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en France, en Allemagne, en Italie, des biens^ considérables, qui leur avaient été donnés par les fidèles pour protéger les chrétiens allant visiter les saints lieux.^ 5 Maintenant qu'il n'y avait plus de pèlerinage de cette espèce, le rôle et le devoir des chevaliers étaient de protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques,^ et de détruire l'infâme piraterie qui infeste la Méditerranée. Les biens de l'ordre suffisaient à l'en-

10 tretien d'une marine considérable; mais les chevaliers ne s'occupaient aucunement à en former une. Ils n'avaient que deux ou trois vieilles frégates ne sortant jamais du port, et quelques galères* qui allaient donner et recevoir des fêtes dans les ports d'Italie. Les bail-

15 lis,^ les commandeurs, placés dans toute la chrétienté, dévoraient dans le luxe et l'oisiveté les revenus de l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun intérêt. En France on lui avait en-

20 levé ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir en Italie, sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur. On a vu^ que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer des intelligences^ dans Malte. Il avait gagné quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider

25 par un coup d'audace,^ et de les obliger â se rendre; car il n'avait ni le temps ni les moyens d'une attaque régulière contre une place réputée imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ces dangers en voyant les escadres françaises dominer dans la Mé-

30 diterranée, s'était mis sous la protection de Paul P^® Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de Civita-Vecchia ; il ne put la joindre qu'à

Page 1