‹ L'expédition de Bonaparte en Égypte (volume 2)Chapitre 7 sur 43 · BATAILLE DES PYRAMIDES · texte numérisé non relu

BATAILLE DES PYRAMIDES

se hâter de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne faire feu qu'à bout portant.^

BATAILLE DES PYRAMIDES 21 juillet 1798

On s'avança presque à la portée^ du canon. Bonaparte qui était dans le carré du centre, formé par la division Dugua, s'assura, avec une lunette, de l'état 5 du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp, n'étant pas sur affût de campagne, ne pourrait pas se porter dans la plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchements. C'est sur cette prévision qu'il basa ses mouvements. Il résolut d'appuyer^ avec ses 10 divisions sur la droite, c'est-à-dire sur le corps des Mameluks, en circulant hors de la portée du canon d'Embabeh. Son intention était de séparer les Mameluks du camp retranché, de les envelopper-, de les pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'après 15 s'être défait d'eux.* Il ne devait pas'"^ lui être difficile de venir à bout^' de la multitude qui fourmillait dans ce camp, après avoir détruit les Mameluks.

Sur-le-champ il donna le signal. Desaix qui formait l'extrême droite, se mit le premier en marche. Après 20 lui venait le carré de Régnier, puis celui de Dugua où était Bonaparte. Les deux autres circulaient autour d'Embabeh, hors de la portée du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans instruction, était doué d'un grand caractère et d'un coup-d'œil pénétrant, devina sur-le- 25 champ l'intention de son adversaire, et résolut de charger pendant ce mouvement décisif. Il laissa deux

mille Mameluks pour appuyer^ Embabeh, puis se précipita avec le reste sur les deux carrés de droite. Celui de Desaix engagé^ dans les palmiers, n'était pas encore formé, lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent.^ 5 Mais il se forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la charge. C'est une masse énorme que celle de huit mille cavaliers galopant à la fois dans une plaine.* Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire sur la division Desaix. Nos braves soldats, devenus

lo aussi froids qu'ils avaient été fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille- Arrêtés par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs, et galopaient autour de la

15 citadelle enflammée. Quelques-uns des plus braves se précipitèrent sur les baïonnettes, puis, retournant leurs chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire brèche, et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre mème^ du

20 carré. La masse, tournant bride,*^ se rejeta du carré de Desaix sur celui de Régnier, qui venait après. Accueillie par le même feu, elle revint vers le point d'oià elle était partie; mais elle trouva sur ses derrières la division Dugua, que Bonaparte avait portée^ vers le

25 Nil, et fut jetée dans une déroute complète. Alors la fuite se fit en désordre. Une partie des fuyards s'échappa vers notre droite, du côté des pyramides ; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans Embabeh, où elle porta la confusion. Dès cet

30 instant le trouble^ commença à se mettre dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant, ordonna à ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh

Page 1