I73 PREMIÈRES NÉGOCIATIONS A CANTON
mettre cette question et que la réponse qui m'avait été faite était de nature à bien me convaincre que, même dans le cas où la Chine céderait aux demandes de la France, sans accéder à celles de FAngleterre, je n'en aurais pas moins à appuyer, par l'emploi de la force, les mesures coercitives que Lord Elgin croirait devoir prendre contre la Chine en pareille circonstance. ^>
Je puis, je le crois du moins, prévenir une éventualité que je ne puis envisager sans crainte. Les demandes de la Légation française, transformées depuis plusieurs mois en un ultimatum sévère, ont été dédaignées d'une manière presque injurieuse pour nous. Je pourrais donc, sans être accusé de trop de rigueur, rappeler le déni de justice dont nous souffrons depuis longtemps, tout en renouvelant nos demandes ou, pour mieux dire, la seule demande que nous ayons présentée ; car nous n'avons jamais parlé des indemnités à donner aux protégés de la France qui ont éprouvé des pertes à Canton, ni du désir que nous avions de voir cette ville ouverte à nos commerçants, comme le sont les 4 autres ports nommés dans le traité ; je pourrais déclarer au Vice-Roi de Canton, qui est en même temps le gouverneur de la province dans laquelle a été mis à mort l'infortuné missionnaire Chapdelaine, que c'est lui qui, par l'obstination avec laquelle il se refuse depuis longtemps à nous donner les réparations que nous exigeons pour la violation des traités, alors qu'il aurait dû être le premier à nous offrir ces réparations, quand ce n'aurait été que pour prouver à la France qu'il avait vu avec horreur l'exécrable forfait dont nous avons à demander justice, que c'est lui, dis-jc, qui nous forçait à prendre enfin une attitude hostile envers lui, pendant que nous en appelions encore, pleins d'espoir, à la haute sagesse de l'Empereur pour la solution générale des questions pendantes entre les deux Empires. Les deux causes, anglaise et française, pourraient alors devenir solidaires dès le début, et, comme la force morale que nous donnerions à nos alliés compenserait assurément la force matérielle dont nous ne pouvons pas disposer aussi largement qu'eux dans ces parages, les avantages obtenus en commun devraient appartenir aussi en commun aux deux puissances.