PREMIÈRES NÉGOCIATIONS A CANTON
veuille bien l'examiner, et puisse faire sur son contenu toutes les observations qu'elle jugerait opportunes.
Le temps accordé aux autorités de Canton pour répondre à cette note devrait être calculé de manière à faire coïncider le délai fatal avec le moment où toutes les forces des deux escadres pourraient être réunies et seraient à même d'agir avec tous les moyens d'action dont elles peuvent disposer.
L'envoi préalable de la note dont il s'agit serait, aux yeux de l'Europe, une dernière tentative faite auprès du. Vice-roi de Canton, et cette démarche, conforme en tout au droit des gens, aurait encore lieu avant l'emploi de mesures coercitives, toujours à regretter, même lorsque la nécessité la plus absolue est venue l'imposer.
Les deux Légations de France et d'Angleterre, continuant à être accréditées en Chine, pendant la présence des nouveaux Plénipotentiaires dans le pays, ne serait-il régulier que MM. Bourboulon et Sir John Bowring annonçassent par une note officielle au Vice-roi chargé des affaires extérieures du Céleste Empire, et, en son absence, au fonctionnaire qui le remplacerait, que les deux Gouvernements, justement offensés du refus de réparation que, sous une forme ou sous une autre, les autorités de Canton opposent sans cesse à leurs demandes, ont envoyé des Plénipotentiaires Extraordinaires chargés de mettre un terme à un état de choses blessant pour leur honneur ? Les notes des deux Ministres accrédités en Chine pourraient avoir la même date que celles des nouveaux Agents et seraient remises en même temps que les dernières et par les mêmes parlementaires.
Le blocus actuel de Canton n'en serait pas moins continué sans interruption par l'escadre Anglaise, et renforcé immédiatement par l'escadre Française. Mais aucune attaque contre la ville ne devrait être tentée avant le terme fatal fixé par les deux notes.
A l'expiration du délai dont il est question, soit qu'il n'ait été fait aucune réponse aux notes des Plénipotentiaires, soit que dans le cas contraire une réponse ne contienne qu'un refus ou que des paroles évasives, il serait enjoint au Vice-roi d'éloigner de Canton les troupes qui l'occupent, et de laisser les forces alliées prendre possession de la ville. Les commandants de ces forces s'engageraient à maintenir l'ordre dans Canton, à y respecter la vie et les propriétés de ses habitants, et à Tévacuer dès que le Gouvernement Chinois aurait accédé aux demandes d^s Plénipotentiaires de France et d'Angleterre. Il va sans dire que des
MEMORANDUM t>U BAtVON GROS 177
magistrats Chinois seraient chargés, sous leur responsabilité, d'assurer la tranquillité dans l'intérieur de Canton. et dans la banlieue, et d*y veiller à la sûreté des Européens.
Si un refus arrivait, ou si une réponse dilatoire était faite à la . dernière sommation dont on vient de parler, la force serait employée pour obtenir justice, où, quand, et comment, les chefs militaires le jugeraient opportun ; mais, dans ce dernier cas, :|
comme dans le premier, la Magistrature Municipale dont on vient de parler devrait être établie, et l'organisation de cette utile institution semble exiger que l'on s'occupe d'avance de la création d'un coi'ps d'interprètes honnêtes, dévoués et convenablement rétribués.
Soit que la ville se rende, soit (ce qui est beaucoup plus probable) qu'il faille la prendre de vive force, il serait bon que de nombreuses proclamations, rédigées en peu de mots, pour rassurer les habitants de Canton, et surtout ceux des quatre-vingtseize villages, et pour leur promettre une protection eiRcace s'ils ne faisaient que s'occuper tranquillement de leurs affaires, fussent répandues dans la ville et dans la campagne. Elles devraient bien faire comprendre aux populations auxquelles elles s'adresseraient, que les alliés ne font pas la guerre aux gens paisibles, mais seulement aux mandarins et à leurs soldats. Ces proclamations seraient, autant que possible, placardées dans la ville et dans les villages, et, ce qui vaudrait mieux encore, il en serait remis aux officiers du corps expéditionnaire, qui les répandraient partout avec profusion. Les missionnaires pourraient aussi en faire distribuer d'avance un assez grand nombre par leurs coreligionnaires dans Canton et dans les villages.
Il va sans dire qu'aucun acte de violence, aucun pillage, ne devraient ni ne pourraient être tolérés, et que l'ordre le plus sévère serait maintenu parmi les soldats et les marins des deux escadres qui occuperaient la ville, soit par la force des armes, soit en vertu d'une capitulation. Ce point est d'une bien haute importance : le succès de l'entreprise, la sûreté de nos forces, et pardessus tout l'honneur des troupes engagées en dépendent.
Or, l'un des meilleurs moyens à employer pour maintenir cette discipline indispensable serait de pourvoir largement, à terre, à tous les besoins des soldats et des marins, en établissant des lignes de communication sûres et faciles à garder entre le corps expéditionnaire et les escadres combinées, mesure que dans leur prévoyante expérience les chefs alliés ne pourront pas manquer de prendre comme base essentielle de leurs opérations. CoKDiEii. — Expéd. de Chine 1807 58. la