‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 129 sur 285 · LE BARON GROS A L* AMIRAL RIGAULT DE GENOUILLY · texte numérisé non relu

LE BARON GROS A L* AMIRAL RIGAULT DE GENOUILLY

nière fois de nous accorder les satisfactions qui nous sont dues, et je lui déclarerai, en même temps, qu'un refus ou une réponse évasive de sa part me donnerait le droit d'avoir recours immédiatement à remploi de mesures coercitives. S. E. le Haut Commissaire de S. M. Britannique a voulu, de son côté, adopter la même marche, et, comme vous le savez, Monsieur 1* Amiral, le Gouvernement de TEmpereur désire qu'il s'établisse entre les Plénipotentiaires de France et d'Angleterre l'entente la plus intime pour arriver, de concert, au but que les deux Gouvernements veulent atteindre, c'est-à-dire à obtenir des réparations pour les griefs passés, et, pour l'avenir, des concessions importantes au point de vue politique et commercial pour leurs relations ultérieures avec la Chine. Cette entente se trouve heureusenaent établie, et vous savez. Monsieur l'Amiral, que la cause de la France et celle de l'Angleterre en Chine sont devenues en quelque sorte solidaires.

Dans cet état de choses, et l'emploi des mesures coercitives étant une des nécessités impérieuses de la situation, mes instructions me prescrivent de vous le faire connaître oflBciellement. Mais l'emploi de la force ne peut et ne doit avoir lieu qu'autant que les chefs militaires et maritimes des deux puissances dans ces parages, seuls juges compétents en pareille matière, reconnaîtront avoir à leur disposition les moyens suffisants pour agir avec succès contre Canton, c'est-à-dire pour l'attaquer, le prendre, y maintenir l'ordre, et conserver la ville et ses défenses comme un gage à ne rendre qu'au moment où la Chine aura souscrit aux demandes que les deux Plénipotentiaires de France et d'Angleterre ont l'ordre de lui adresser.

S'il en était ainsi, je vous prierais. Monsieur l'Amiral, de vouloir bien vous entendre avec M. l'Amiral Sir Michael Seymour et avec M. le Général Van Straubenzee pour prendre une résolution définitive, préparée probablement déjà dans les conférences particulières que vous avez eues avec ces officiers généraux ; et, dans une éventualité qui me semble prévue, j'ai l'honneur de vous remettre ci-joint la copie d'un document qui peut faire connaître la marche que les deux Plénipotentiaires sont convenus de suivre avant que les Commandants en chef des forces maritimes et militaires des deux nations ne viennent à prendre des mesures décisives contre Canton.

Vous y verrez, Monsieur l'Amiral, qu'il y aura à déclarer que l'escadre sous vos ordres se joindra à celle de S. M. Britannique pour bloquer Canton, et que cette mesure devra être prise le

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jour même où l'escadre remontera la rivière, et où des notes, écrites à Yé par les deux Plénipotentiaires extraordinaires, seront envoyées en même temps par deux Parlementaires, l'un français et l'autre anglais, au Vice-Roi de Canton. Vous y verrez aussi que les hostilités réelles, c'est-à-dire l'attaque de la ville ou de ses abords ne devra avoir lieu que lorsqu'après l'expiration du délai accordé au Commissaire Impérial Yé, les deux Plénipotentiaires n'auraient pas cru devoir accepter les propositions qui leur auraient été faites, ou souffrir le silence qui aurait été gardé envers eux, et qu'à partir de ce moment les Commandants des forces alliées pourront agir quand et comment ils le jugeront convenable pour s'emparer de la ville et de ses défenses ou pour l'occuper pacifiquement si le Vice-Roi n'opposait aucune résistance aux sommations qui lui seraient faites par les amiraux réunis.

Dans le cas où il résulterait des conseils tenus par les chefs maritimes et militaires des deux puissances, que les moyens d'action dont ils disposent en ce moment ne leur paraissent pas suiFisants pour obtenir un succès à peu près assuré, je vous prierais. Monsieur l'Amiral, de vouloir bien mêle faire connaître officiellement afin que je puisse prendre, de concert avec naon honorable collègue d'Angleterre, les mesures qui nous paraîtraient les plus opportunes pour parer aux éventualités du moment.

Veuillez agréer, etc.

(Sig.)'B°° Gros.

L'amiral Rigault de Genouilly répondait le lendemain :

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