I®*" DÉCEMBRE
Frégate la Némésis.
£n rade de Macao, le i^^' décembre 1857.
Monsieur le Baron,
J'ai reçu la communication officielle que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du 3o novembre. Elle m'informe qu'il s'est formé en votre esprit la conviction que, pour amener la solution des questions pendantes entre la France et la Chine, le temps est venu d'avoir recours, vis-à-vis du Commissaire Impérial Yo, chargé des relations extérieures de l'Empire, à des mesures coercilives prises en commun avec les Auto-
L* AMIRAL RiGAULt DE GENOUILLY AU BARON GROS 189
rites de Sa Majesté Britannique, la cause de la France et celle de l'Angleterre étant devenues, en ces affaires, en quelque sorte solidaires. Je partage entièrement. Monsieur le Baron, votre conviction sur la nécessité d'en venir aux moyens de rigueur visà-vis des autorités chinoises qui me paraissent dans leur fol orgueil, décidées à repousser toutes les ouvertures pacifiques et je pense également avec vous qu'il entre dans les vues du Gouvernement de l'Empereur que l'entente la plus intime règne entre ses agents et ceux de Sa Majesté Britannique, soit dans les négociations, soit dans les actes de guerre destinés à amener les réparations qui sont dues aux deux puissances.
Les mesures coercitives consisteraient d'abord en un blocus du port et de la rivière de Canton et, plus tard, dans une attaque de la ville de Canton occupée et tenue en gage par les forces alliées jusqu'à la conclusion de la paix. L'exécution du blocus est des plus faciles ; quant à l'attaque de la ville elle-même et au succès de cette attaque, toutes les présomptions, d'après les conférences que j*ai eu l'honneur d'avoir avec Mr. l'Amiral Seymour, d'après les précédents des opérations semblables qui ont eu lieu et d'après les renseignements que j'ai recueillis sont, qu'en effet, l'attaque précitée pourra être tentée avec chance de réussite, lorsque tous les moyens d'action présents ou prochainement attendus seront réunis. Je comprends dans ces moyens, les mille hommes de troupes. Marines et autres annoncés à M"^ l'Amiral Seymour et à M' le Général Van Straubenzee et sans la coopération desquels il me paraîtrait impossible d'exécuter l'entreprise projetée.
J'admets aussi que le mode d'attaque discuté après une étude attentive des lieux, consigné par écrit et adopté en commun par les amiraux des escadres anglaise et française et M"" le Général Van Straubenzee sera proportionné aux forces dont on pourra disposer. J'ai eu l'honneur de vous faire connaître, en effet. Monsieur le Baron, que sur ce mode d'attaque, je ne partageais pas, au moins jusqu'à plus ample informé, les vues que mon honorable collègue. Sir Michael Seymour, m'a fait l'honneur de me communiquer et qu'à son projet, j'opposais un contre-projet. Sous ces réserves d'attendre les renforts de troupes anglaises annoncés, d'adapter le plan d'attaque à la quotité des forces à mettre en ligne et à la nature des localités dont je ferai l'étude sérieuse dès que la déclaration du blocus de notre part m'aura permis de remonter en rivière, je crois en effet qu'avec 5 ou 6 ooo hommes on pourra prendre Canton, le tenir sous la domination des forces
igO SUITE DES NÉGOCIATIONS
alliées et y maintenir l'ordre. Il importe, toutefois, pour que cette dernière condition puisse être régulièrement remplie, si l'occupation de Canton se prolonge pendant plusieurs mois et aussi pour que cette occupation elle-même présente toute garantie de sécurité, lorsque la mousson de sud-ouest ramenant des maladies viendra notablement affaiblir les effectifs des forces alliées, que les Gouvernements d'Angleterre et de France fassent arriver ici, avant le mois de mai, de nombreux renforts. Vous savez. Monsieur le Baron, que depuis longtemps déjà je suis en instance auprès de S. E. M. le Ministre de la Marine pour qu'on expédie en Chine un corps de troupes, infanterie, artillerie, génie. Je saisis cette nouvelle occasion de vous prier d'intervenir auprès du Gouvernement de l'Empereur pour que cet envoi ait lieu dans un temps très rapproché.
Quelle que soit J 'époque à laquelle puisse se produire le plein et entier effet des mesures coercitivcs à adopter et je pense qu'elles pourront être appliquées dans un avenir prochain, il me paraîtrait essentiel que je sois mis en demeure de déclarer le blocus de la rivière de Canton sous peu de jours. S'il importe, en effet, que je puisse prendre connaissance du théâtre des opérations, il importe aussi que les capitaines de la division voient les lieux où ils auront à agir. L'attaque finale devra d'ailleurs entraîner des attaques préparatoires, soit pour assurer le mouvement définitif à accomplir, soit pour masquer le but principal de l'agression, et il est bon que notre corps de débarquement prenne part à tous ces préliminaires. Ce sera un moyen de l'aguerrir et de lui faire connaître l'ennemi auquel il aura affaire. INous sommes d'ailleurs obligés pour faire remonter les grands bâtiments dans le haut de la rivière de tenir compte des marées de vives eaux, et la perte d'une marée favorable peut nous causer un retard de près de i5 jours; et c'est un motif d'abréger tous les délais.
Je suis tout prêt à déclarer le blocus de la rivière de Canton. Cette déclaration sera faite, suivant votre désir, en même temps que la division se mettra en mouvement et tout est disposé, à bord des bâtiments, pour que ce mouvement puisse avoir lieu au premier ordre. Rien ne me retiendra à Macao, dès que vous aurez bien voulu me faire connaître que vos dernières mesures sont prises et que vous êtes prêt à remettre à bord du bâtiment qui sera envoyé en parlementaire les pièces diplomatiques destinées aux autorités de Canton.
Veuillez agréer, etc.
(Sig.) C. RiGAULT DE Genou iLLY.