L AMIRAL RIGAULT DE GENOUILLY AU BARON GROS I9I
Les chefs variaient d'avis sur la manière de conduire l'attaque contre Canton : Sir Michael Seymour, dont l'esprit paraît avoir été fort aventureux, était d'avis de donner l'assaut à la ville avant de prendre le principal fort qui la commandait; Van Straubenzee et Rigault de Genouilly, vétéran de Crimée, étaient d'une opinion contraire partagée par lord Elgin et le baron Gros ; ces derniers l'emportèrent et Seymour abandonna une partie de ses projets hasardeux.
Le baron Gros se rendit à Hong-Kong le 6 décembre, et le 8, il arrêtait avec lord Elgin la marche qu'ils allaient suivre.
Le mercredi 9, un bâtiment à vapeur anglais portant M. Wade, secrétaire-interprète, deux lettrés, deux graveurs sur bois, et un imprimeur chinois sous ses ordres, partait de Hong-Kong à 5 heures du soir pour aller rejoindre l'amiral Seymour, mouillé à Boca Tigris ; Parkes accompagnait Wade comme interprète de l'amiral ; ce dernier emportait avec lui la note officielle de lord Elgin * au Vice-roi et la proclamation que les Plénipotentiaires adressaient aux habitants de Canton pour les engager à ne pas être hostiles aux alliés et à pourvoir à la sûreté de leurs personnes et de leurs propriétés.
I. Voir Blue Book, p. g5. — Lord Elgin écrit (T. Walrond, p. 309) : « I hâve hardly alluded in my ultimatum to that wretched question of the Arrowy which is a scandai to us, and is so considered, I hâve reason to know, by ail except the few who are personally compromised. »
Cette opinion de lord Elgin n'a peut-être pas été étrangère à l'esprit de M. Stanley Lane-Poole lorsqu'il a écrit ie passage suivant de sa biographie de Parkes, I, p. 205 : « Lord Elgin was disposed to treat the opinions of the résidents and old officiais somewhat cavalierly, and it cannot be said that he produced a very favourable impression upon those who were best able to judge of the steps to be taken. He seemed to regard the whole afifair and especially its beginning, the Arrow incident — as a' wretched' blunder, and his sympathies were apparently rather with the Ghinese than with his fellow-countrymen. » M. Lane-Poole est injuste à l'égard de lord Elgin ; l'opinion des gens capables de juger de la situation n'était nullement défavorable à celui-ci ; il n'y a aucun doute que Parkes, Seymour et Bowring ont agi avec précipitation et ces deux derniers sans aucun jugement. , .j
La Dragonne, canonnière française, partait également le même jour à 5 heures du soir de la rade de Macao pour aller rejoindre J'amiral Seymour auquel elle devait remettre la déclaration du blocus de Canton par Tescadre française et lui annoncer que le 1 1, à midi, Famiral Rigault de Genouilly et les bâtiments sous ses ordres viendraient mouiller auprès de lui. M. de Bellecourt et M. de Trévise s'embarquaient sur la Dragonne, mais sans caractère oflBciel, ainsi que l'aide de camp de l'amiral Rigault de Genouilly, le lieutenant de vaisseau Ribourt*, un ingénieur-hydrographe et Marques, l'interprète chinois de M. de Bourboulon. C'était l'aide de camp de l'amiral qui, sous pavillon parlementaire, devait remettre aux envoyés du vice-roi la déclaration du blocus de Canton par les forces navales françaises et la communication officielle du baron Gros au Vice-roi.
DÉCLARATION DU BLOCUS, lO DÉCEMBRE 1867
La déclaration de blocus était ainsi conçue :
Notification.
Je, soussigné, Contre-Amiral commandant-en-chef les forces navales de Sa Majesté l'Empereur des Français dans les mers de la Chine et de l'Inde ;
Après m'ètre entendu avec le Haut Commissaire de Sa Majesté Impériale sur les difficultés pendantes entre les Gouvernements de la France et celui de la Chine, sur les moyens d'y mettre un terme, sur la résolution des Gouvernements de France et d'Angleterre de poursuivre en commun les réparations qui leur sont dues, et en vertu des pouvoirs qui m'appartiennent comme Commandant-en-Chef, déclare :
A partir du 12 du courant, la rivière et le port de Canton et leurs issues seront tenus en état de blocus effectif par les forces
I. Amédée- Louis Ribourt, né le 8 oct. i8ai ; sorti de TÉcole navale en iSSg ; capitaine de vaisseau, 5 juillet i863 ; contre-amiral, 4 juin 187 1 ; vice-amiral, 1878 ; f à Dijon, 22 février 1893.