‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 132 sur 285 · BLOCUS · texte numérisé non relu

BLOCUS

navales placées sous mon commandement, agissant de concert avec les forces navales de Sa Majeslc Britannique.

Il sera procédé contre tout bâtiment qui essayerait de violci liblocus, conformément aux lois internationales et aux Traités en vigueur avec les l'uissances neutres.

A bord de la frégate de Sa Majesté Impériale, la a Némcsis », lade de Macao, le 10 Décembre. 1857.

(Signé) RiCADLT deGE^oulI,[,ï,

H La note de M. de Bourboulon et celle de Sir Jolm Bowring, datées l'une et l'autre du 10 de ce mois, écrit le baron Gros, seront envoyées au vice-roi le vendredi 11, ut à ces notes sera joint un mémorandum, pour le prévenir que le lendemain, samedi 12 décembre, à l'heure de la haute mer devant Canton, un parlementaire français et un parlementaire anglais envoyés par les deux amiraus, paraîtront, sous pavillon blanc et en même temps devant la ville pour remettre aux délégués du vice-roi les importantes communications que les nouveaux Plénipotentiaires ontà lui adresser. La note de lord Elgin et la mienne seront datées du la de ce mois et fixeront à dix jours la durée du délai accordé au vice-roi pour nous envoyer sa réponse. Si elle n'est jiiis satisfaisante, ou s'il garde le silence, l'action diplomatique cessera le 22, et le lendemain les amiraux et le général Van Slraubenzee agiront contre la ville dès qu'ils le jugeroni opportun ; mais ils pourront, s'ils le veulent, établir quelques postes sur l'île d'Ho-nan qui est située sur la rivière, en face de Canton, sans attendre l'expiration du délai accordé au Vice-roi, cette mesure ne devant être considérée que comme une de celles qui constituent le blocus, puisque les Anglai-t occupent déjà à terre depuis longtemps à ce titre le fort de Macao, situé vis-à-vis la pointe Ouest de l'île d'Ho-nan.

« Enfin, le 11 de ce mois, à 3 heures du matin, VAuila' ciease accompagnée par toute l'escadre française quittera la rade de Macao, pour remonter la rivière et se joindre .'i l'escadre de S. M. Britannique mouillée devant Canton. CoRDiER, — Eipéd. de Chine t857-5S. i3

« La déclaration du blocus par l'escadre française portera là date du lo décembre et fixera au 12 le jour où ce blocus sera mis à exécution ; le 1 2 sera également la date des notes adressées au Vice-roi par les deux plénipotentiaires.

« Le général Van Straubenzee va remonter la rivière pour se réunir aux amiraux*. »

Le délai accordé au vice-roi expirait donc le 2 2 décembre

NOTE DU BARON GROS A YÉ, 12 DÉCEMBRE iSSy

A bord de la Frégate Impériale V Audacieuse, dans la rivière de Canton, le la décembre 1807.

A S. E. le Cfouverneur général des Deux Kouang, le Noble Commissaire Impérial Yé, Tun des Ministres de TEmpereur, chargé des relations extérieures du Céleste Empire, etc., etc., etc.

Le Soussigné, nommé Ambassadeur extraordinaire de S. M. FEmpereur des Français, près le Grand Empereur des Ts'ing, et muni des lettres de créance qui Taccréditent en cette qualité auprès de l'Auguste Souverain du Céleste Empire, porteur également de pouvoirs qui lui ont été conférés en qualité de Commissaire extraordinaire et Plénipotentiaire de France pour régler les différends qui existent entre les deux nations, et chercher à rendre plus utiles aux sujets des deux Empires les rapports d'amitié, de commerce et de navigation établis entre eux par les traités et par les progrès de la civilisation... a l'honneur d'annoncer à S. E. le grand dignitaire, gouverneur général des Deux Kouang, Ministre de S. M. I., et chargé des relations extérieures du Céleste Empire, qu'il est arrivé dans la rivière de Canton, et qu'il est prêt à recevoir, à bord de la frégate de S. M. I. V Audacieuse, toutes les communications que S. E. voudra bien lui adresser en conséquence de l'attitude qu'il lui est prescrit de prendre en arrivant en Chine.

La première démarche qu'il doit faire, après avoir rempli les formalités dont il vient de s'acquitter, est de rappeler à S. E. le noble Gouverneur Général des Deux Kouang, la violation du traité de Wham-poa, et l'impossibilité qu'il y a eu jusqu'à présent

I. Lettre du baron Gros au Ministre, Audacieuse^ rade de Macao, 9 déc. 1857.

NOTE DU BARON GROS A YÉ IqS

pour la France, d'obtenir, par les voies ordinaires, la juste réparation qui aurait du lui être offerte spontanément par l'autorité supérieui'e, lorsque a eu lieu le meurtre de l'infortuné missionnaire français, Auguste Ghapdelaine.

Le déni de justice que la France éprouve depuis longtemps et •qui ne doit plus se prolonger, a donné lieu de croire que le <jrand Empereur de la Dynastie des Ts'ing n'avait pas été informé •des plaintes et des réclamations que la Légation de France avait adressées, à diverses reprises, aux dépositaires de son autorité. Comment Sa Majesté Impériale n'aurait-elle pas fait prompte justice si la vérité était parvenue jusqu'à elle? En douter, ce serait lui manquer de respect !

Le soussigné a donc reçu l'ordre de son Auguste Souverain, de se rendre en Chine le plus promptement possible, et en y arrivant, de se diriger vers le Pei-ho, pour faire connaître Ja vérité à l'Empereur et lui demander en même temps de vouloir bien dé^gner un fonctionnaire d'un rang égal à celui du Soussigné, pour que réunis à l'amiable, les deux négociateurs puissent s'entendre en cherchant à améliorer les relations qui existent heureusement entre les deux Empires ; mais, arrivé trop tard dans ces contrées lointaines, le Soussigné a dû remettre à une ^utre époque son voyage dans le Nord.

Cependant, le désir qu'il éprouve de voir se terminer un état <lc choses qui, dans le Sud de l'Empire, tend à devenir plus grave de jour en jour, l'engage à faire une dernière tentative auprès du Noble Gouverneur Général auquel il s'adresse aujourd'hui, en le priant en môme temps, ou en le requérant s'il le faut, de vouloir bien faire connaître à S. M. L l'arrivée d'un agent supérieur diplomatique de France dans son Empire, et les motifs qui ont déterminé l'Empereur des Français à le •charger de la haute mission qui lui est confiée.

La position du Plénipotentiaire extraordinaire de France étant ainsi nettement définie, il demande à S. E. le noble Gouverneur <jénéral des Deux Kouang la permission de lui rappeler en peu de mots, et sans y apporter le moindre sentiment d'aigreur, les griefs sérieux dont la France se plaint, le silence presque injurieux que l'on garde à ce sujet envers elle, et enfin les réparations qu'elle demande.

Le second paragraphe de l'art. 28 du Traité de Wham-poa est ainsi conçu: « Si, contrairement aux présentes dispositions, des « Français, quels qu'ils soient, pénétraient dans l'intérieur, ils « pourraient être arrêtés par l'autorité chinoise laquelle, dans ce

« cas, serait tenue de les faire conduire au consulat français du « port le plus voisin ; mais, il est formellement interdit à tout « individu quelconque de frapper, de blesser, ou de maltraiter « en aucune manière les Français ainsi arrêtés, de peur de trou- « hier la bonne harmonie qui doit régner entre lesdeux nations. »

Ce traité, qui doit être considéré comme une des lois du Céleste Empire, puisqu'il a été ratifié par le Souverain, a dû nécessairement être communiqué à tous les magistrats du Kouang-Si par l'autorité supérieure de cette province, par le Noble Gouverneur lui-même.

Cependant, au mois de Février i856, c'est-à-dire il y a déjà près de deux ans, un prêtre français, le sieur Auguste Chapdclaine, un apôtre de paix et de douceur, un homme qui consacrait sa vie à prêcher la charité envers les pauvres, l'obéissance et le respect à l'Empereur du Céleste Empire, l'oubli des injures et le pardon des offenses, a été découvert et arrêté à Si-lin bien, dans la province de Kouang-Si, dont S. E. le noble Gouverneur est le Chef suprême revêtu d'une puissante autorité.

L'infortuné Français avait sans doute manqué à l'une des prescriptions du traité, il avait fait une faute en s'internant dans le pays, rien n'est plus vrai ; mais cette faute même avait été prévue par le traité, puisqu'il prescrit que tout Français qui l'aurait commise serait arrêté « et remis à l'un des consuls de sa « nation, sans qu'il eût à éprouver aucune injure ni à souffrir le « moindre outrage » .

Au lieu d'obéir à cette injonction formelle du traité et de tenir ainsi une conduite aussi conforme aux ordres de l'Empereur de la Chine qu'aux sentiments d'humanité, le magistrat de Si-lin bien a fait charger de fers le malheureux Français, il l'a fait conduire à son prétoire, où il a été étendu par terre, frappé au visage, accablé de coups, et rapporté presque mourant dans la prison de la ville. Deux jours après, le même magistrat a fait subir h cet infortuné le supplice de la chaîne de fer : le lendemain il l'a fait enfermer dans la cage des grands criminels, et enfin, le 29 février, il a fait trancher la tête au pieux missionnaire, qui, dans ce moment suprême, priait sans doute pour l'homme qui, sans aucun motif, était devenu si cruel envers lui. Le Noble Gouverneur Général n'ignore pas que l'un des préceptes de notre sublime religion veut qu'il en soit ainsi.

Ce n'est pas tout ; le magistrat de Si-lin hien a fait jeter dans la rue la tête du malheureux Français, il l'a livrée aux animaux immondes, et pendant que des pourceaux s'en repaissaient, les

bourreaux de la victime lui arrachaient le cœur et le dévoraient de leur côté !

En apprenant les détails d'un aussi horrible forfait, en connaissant la violation formelle du Traité de Wham-poa, k- ntMc Vice-Roi. le chef suprême de cette province de Kouang-Si, ([uc l'un des magistrats ses subordonnés déshonorait aux veii\ du monde civilisé, ne devait-il pas punir immédiatement l'uuteur de ces atrocités, et offrir spontanément k la France la répai'alion qui lui était due si justement? Ne pouvait-il pas le faire cl'aiilant plus aisément, que le coupable se trouvait placé dans lei^ lîmlli'f^ de sa haute juridiction, et qu'en ne le punissant pas, le iiiihli' dignitaire, chef suprême de la province de Kouang-Si. |jou\iiiL faire croire aux méchants qu'il ne désapprouvait pas la cuiiduîti' du magistral de Si-lin bien ?

Châtier le coupable, et offrir une réparation à la France, eût été agir avec autant d'équité que de sagesse, c'eût été prouver au monde que l'on respectait les traités sanctionnés par la volonté de l'Empereur, et que l'on flétrissait avec énergie un acle do barbarie que la raison humaine se refuse à croire possible !!

Malheureusement il n'en a pas été ainsi, le noble diL;iiiluire Gouverneur général des Deux Kouang, chargé en mônic li'iiips des relations extérieures de l'Empire, n'a pris aucune iniiliilÎM' A ce sujet, il n'a répondu aux réclamations pressantes des représentants de la France que par des lenteurs calculées, dos lins de non-recevoir inadmissibles, par des phrases ambiguës ou dilatoires, et pendant plus d'un an la Légation de l'Empcri^ur des Français en Chine, a renouvelé ses protestations et ses dcnjundes de réparation, sans jamais obtenir une réponse satisfaisante, et, il faut bien le dire aussi, sans qu'un seul mot de re^ef, de blâme ou de réprobation lui ait été adressé pour flétrir l'odieux attentat de Si-lin bien.

Le a5 août de l'année dernière, sur le refus qu'a opjinsé le noble Vice-Roi à l'insinuation qui lui avait été faite, le 36 juilli?!, par la Légation de France, d'offrir lui-même à cette Puissance la juste satisfaction qui lui était due, une demande de réparation dont les termes ont été clairement formulés, lui a été adressée par la Légation de l'Empereur en Chine, et la réponse qui y a été faite a été malheureusement semblable à toutes celles qui l'avaient précédée.

En&n le 4 avril de cette année, c'est-à-dire depuis plus de huit mois, une nouvelle tentative a eu lieu. S. E, M. le Minisire de l'Empereur en Chine, M. de Bourboulon. s'est encore adressé au

iqS suite des NÉG0C1AT10>'S

noble Gouverneur des Deux Kouang, et la réponse qu'il en a reçue a été aussi évasive, aussi affligeante que les autres. Tout porte à croire même que S. E. n'a jamais fait connaître à la Cour de Pe-King, à l'Empereur, les justes plaintes de la France, et la dernière lettre que le Noble Gouverneur général a écrite à ce sujet à M. le Ministre de l'Empereur en Gbine, semble prouver qu'il se refuse à le faire, bien que M. de Bourboulon lui ait demandé avec instance de déposer ses plaintes aux pieds du Trône d'où émane toute justice dans le Céleste Empire.

Il n'est donc plus permis de douter que le noble Gouverneur des deux Kouang, chargé en même temps des relations extérieures de l'Empire, n'ait assumé sur lui toute la responsabilité de cette pénible affaire, et c'est en conséquence à lui que le Soussigné s'adresse puisqu'il ne peut pas, en ce moment, se rendre à l'embouchure du Pei-ho.

Le Soussigné doit encore avant de finir rappeler à S. E. le noble Gouverneur général la dernière demande de réparations qui lui a été présentée le 25 août i856, par la Légation de France, demande qui fait connaître d'une manière précise les satisfactions qu'elle voulait obtenir à cette époque ; mais en les établissant de nouveau, le Soussigné doit y apporter quelques modifications. Le Soussigné demande donc au nom de son Gouvernement : 1° La dégradation et l'exil du magistrat coupable du meurtre du Français Auguste Chapdelaine, meurtre commis dans la ville de Si-lin bien, sur laquelle s'étend l'autorité suprême de S. E. le Gouverneur Général des Deux Kouang.

2° Qu'une dépêche officielle lui soit adressée par S. E. pour lui annoncer que justice a été faite.

3° L'insertion dans la Gazette officielle, et en termes convenables du châtiment qu'a subi le magistrat de Si-lin bien, et du motif qui le lui a fait infliger.

4° L'insertion dans le même journal, et le même jour, d'un article destiné à faire comprendre à tous les fonctionnaires publics qu'ils s'exposeraient à subir un châtiment semblable à celui qu'a souffert le magistrat de Si-lin bien, s'ils étaient assez mal inspirés pour agir comme il l'a fait.

5° Une indemnité pécuniaire raisonnable pour la famille de l'infortuné missionnaire.

6" Pour les Français et les protégés de la France, une indemnité équivalente aux pertes qu'ils ont éprouvées, ou par suite de l'incendie des factoreries par la populace de Canton, ou par suite de déni de justice de la part des autorités chinoises.

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