I. Trad. du portugais
RÉPONSE DE YÉ A M. DE BOURBOULON ao5
parole du magistrat de Si-Un qui avait commis le crime ! Cette réponse justifiait les mesures que le baron Gros avait prises d'avance:
Yé, Haut Commissaire Impérial de la dynastie Ta- Ts'ing, etc., etc., etc., répond ainsi qu'il suit:
Le 26 de la 10' lune (le 1 1 déc. 1857) j'ai reçu de V. E. une dépêche datée du 25 de la même lune (10 déc. 1857) et j'ai pris connaissance de son contenu.
Quand j'ai reçu le 10 de la 3* lune (le 4 avril 1867) ^^ dépêche de V. E. au sujet de l'arrestation et de la mort du missionnaire Chapdelaine ordonnées par le mandarin du district de Si-Un, dans la province de Rouang-Si, j'ai écrit au sous-vice-roi de cette province pour le prier d'examiner cette afTaire et j'ai ordonné au juge criminel (du Kouang-Si) de faire faire, de son côté, et par ses subordonnés, une enquête sérieuse à ce sujet.
Par suite de cette démarche, le jiige criminel m'a répondu qu'après avoir reçu ma dépêche, il avait donné des ordres précis pour que cette affaire fût bien examinée et le rapport que ce fonctionnaire a reçu du magistrat intérimaire de Si-lin dont le nom est Tchang Ming-fong est ainsi conçu :
« En cherchant dans les archives (celles du magistrat), confor- « mément aux ordres que vous m'avez donnés, je n'ai trouvé « aucun indice qui pût faire connaître que le prêtre Ma Chen-fu « (M. Chapdelaine) ni l'individu nommé Pa-ven, ni la veuve « Agnès aient été ni arrêtés, ni battus, ni mis à mort par moi « dans le 19® jour de la i*"^ lune de la 6® année de Hien-Foung « (le 24 fév. i856) et ce jour là personne n'a été détenu dans la « prison. Mais voici ce qui s'est passé pendant la 2" lune de cette « année (mars i856) : me trouvant dans le village de Si-hiang a pour le défendre et m'opposer à l'entrée des rebelles dans la « partie basse de ce village, le chef même du bourg de-Ing-joung, « est venu me dire que le rebelle Ma Tsu-nang et quelques autres « y étaient arrivés et y répandaient des paroles étranges pour « séduire lé peuple et l'engager à faire partie de la société de la « Triade ; que ces individus s'étaient livrés à toutes sortes d'excès w en volant, en violant les femmes, etc., etc.
« En recevant cette déclaration du chef même de ce bourg, je « suis parti sur-le-champ avec lui et avec des soldats pour chera cher à m'emparer des coupables; mais je n'ai pu arrêter que « Ma Tsu-nung, les autres rebelles ayant pris la fuite.
ao6 SUITE DES NÉGOCIATIONS
« Ma Tsu-nung interrogé par moi a déclaré qu*il était né à « Canton ; qu'il appartenait à la même Société que Lin-pa et « Tan-asieou ; que Lin-pa et ses associés étaient dans le district « de Young-hien, mettant le désordre parmi le peuple ; il a dit « aussi qu'il s'était rendu à Sî-Iin pour y rassembler du monde « et gagner des adeptes à la Société de la Triade ; et il a avoué « enfin avoir commis des vols et violé des femmes» etc. Par suite « de cette déclaration faite par le coupable, et dans la crainte « qu'au grand nombre de rebelles qui cherchaient à soulever le « peuple, d'autres révoltés ne vinssent se réunir pour causer « plus de troubles encore, j'ai fait exécuter le coupable et dans le « rapport que j'ai envoyé pour faire connaître la destruction des « rebelles, j'ai parlé de cette exécution. Comme j'ai reçu l'ordre « de rechercher tout ce qui a eu lieu dans cette occasion, je « déclare que j'ai fait arrêter seulement le coupable Ma Tsu-nung « et que je l'ai fait exécuter. Mais, le nom de cet individu n'étant « pas le même que celui de Ma Chen-fu que vous m'indiquez « dans votre dépêche et ces deux individus n'étant pas non plus « du même endroit, je ne crois pas possible que l'on prenne l'un « pour l'autre.
« Je vous prie de vouloir bien transmettre cette déclaration à « S. E. le Vice-Roi des Deux Kouang. »
Je dois donc, par suite de cette déclaration du mandarin du district de Si-lin qui m'a été transmise par le juge criminel de la province de Kouang-Si, faire observer à V. E. qu'il n'y a eu aucune arrestation d'effectuée sur. la personne de Ma Chen-fou (M. Chapdelaine) ; je juge donc que V. E. a été mal informée, et je trouve, par conséquent, qu'il est inutile de parler plus longtemps de cette affaire.
Quant à ce que V. E. me dit dans sa dépêche qu'un haut dignitaire nommé K'o (S. E. M. le Baron Gros) expressément envoyé par Son Noble Empereur était arrivé à Canton pour traiter une affaire d'une haute importance pour l'honneur et la dignité de sa nation, je dois dire à V. E. que si S. E. M. le Baron a quelques négociations à entamer, ma réponse sera que je me restreindrai aux limites du Traité et que j'agirai comme je l'ai fait jusqu'à présent.
Voilà ce que j'ai à répondre à V. E. en lui souhaitant en même temps toutes les prospérités- La dépêche ci-dessus est adressée à S. E. M. de Bourbonien, etc., etc.
Le 27* jour de la lo* lune de la 7* année de Hien-Foung (12 déc. 1857)*.
Peu après, le baron Gros recevait de Yé une réponse à sa note du 12, réponse absolument dérisoire^ qui ne pouvait être considérée que comme .un refus formel de la part du vice-roi de se rendre aux injonctions des deux puissances :
Yé, Haut Commissaire Impérial de la dynastie Ta Ts'ing.etc. ,etCi^ adresse la réponse qui suit à S. Exe. M. le Baron Gros, Commissaire extraordinaire et plénipotentiaire du Grand Empire de France.
Le 27^ jour de la 10® lune (12 déc. 1857) j'^^ ^^Ç^ de S. E. M. le Baron Gros (Ko), une dépêche datée du même jour et j'en ai pris connaissance.
J*ai éprouvé une vive satisfaction lorsque j*ai vu que V. E. était arrivée en Chine pour y traiter des questions d'une haute importance.
Quant à ceijue V. E. dit dans sa dépêche au sujet de l'arrestation du missionnaire Ma Chen-fu (M. Chapdelaine) par le mandarin du district de Si-lin dans la province de Kouang-Si, j*en ai déjà écrit à M. de Bourboulon en lui répondant, et j*ai envoyé à ce Ministre le rapport du juge criminel de la province de Kouang-Si, rapport qui est ainsi conçu : [Suit le rapport donné plus haut dans la réponse de Yé à M, de Bourboulon.^
C'est après avoir reçu cette déclaration qui m'a été transmise par le juge criminel de la province de Kouang-Si, que j'ai écrit à M. de Bourboulon ainsi que mes archives le prouvent.
La religion chrétienne a pour principe d'encourager les hommes à la pratique du bien !... L'article 28 du traité dit qu'il sera permis aux autorités chinoises d'arrêter tous ceux (les étrangers) qui franchiraient les limites convenues et qui s'introduiraient dans le pays, et il veut que dans ce cas les personnes
I. Pour trad. exacte du texte portugais trad. du chinois par M. Marques. (Sig.) fio»» Gros.
a. « La réponse du vice-roi ne se fait point longtemps attendre; elle est adressée, le i4 déc, au baron Gros. Elle est ambiguë, de mauvaise foi, et d'une légèreté déplorable dans des circonstances aussi graves. Yeh oppose un refus formel, comme en se jouant, à .toutes les demandes de l'ambassadeur de France, et sans chercher à opposer des arguments bien concluants à la logique serrée de son adversaire. » (M'* deMoges, p. 98.)
arrêtées soient remises à leur consul le plus voisin pour qu'il veille sur elles ; il défend aussi aux autorités chinoises quelles qu'elles soient et aux gens du peuple, de battre ni de maltraiter ces personnes arrêtées ; mais les sujets de votre noble Empire enfreignent souvent cette clause du traité ; bien des fois ils ont outrepassé les limites assignées et ils se sont introduits fréquemment dans l'intérieur du pays, pour y prêcher le Christianisme. Ainsi, dans la S^ lune de la 36® année de Tao-Kouang (sept. 1846), deux missionnaires nommés Ko-pi-is-tso-Ko et Va-ti-su-la^ ont été reconduits depuis le Tibet jusqu'à Canton.
Dans la 12® lune de la 28® année (déc. 1848 ou janvier 1849) un autre missionnaire nommé Lo Ki-tchen (M. Renou^) a été dirigé du Se-tch'ouan sur Canton.
Dans la 1 1® lune de la 3o^ année (janvier i85o) deux missionnaires nommés Ni-ki-li-U-oua^ et Lin-ka-li^ ont été reconduits de la Mongolie dans la province de Canton.
Dans la 4® lune de la i'° année de Hien-Foung (Mai i85oj un autre missionnaire nommé Mong-to ^ a été ramené du Kiang-si à Canton.
Dans la 9^ lune de la 5e année (nov. i855) un autre missionnaire nommé Jacquemin ® a été reconduit de Kia-ing-tcheou à Canton.
EnQn, dans la 4* lune de cetle année (mai 1857), un missionnaire français dont le nom n'a pu être connu, quelles que fussent les questions que l'on ait adressées à cet individu, a été reconduit de Jen-hoa à Canton.
Tous ces missionnaires ont été remis aux Consuls de leur Noble Empire, comme la preuve en existe dans les archives, et en renvoyant ainsi à leurs consuls et sans exception tous les missionnaires français qui s'étaient introduits dans le pays, dès qu'à la suite d'une enquête il a été reconnu qu'ils appartenaient à la