‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 137 sur 285 · Voir pp · texte numérisé non relu

Voir pp

France, nous avons donné la preuve de la manière équitable dont nous nous conduisons.

La province de Kouang-Si n'étant pas ouverte aux étrangers, s*y introduire, c'est franchir les limites fixées ; c'est s'interner dans l'Empire. Si Ma Chen-fu (M. Cbapdelaine) quand il a été arrêté, avait été reconnu pour français, on n'aurait pas manqué de le reconduire à Canton ; mais, d'après le rapport fait par le juge criminel du Kouang-Si, il est dit que le magistrat de Si-lin avait arrêté un rebelle nommé Ma Tsu-nung, qui avait déclaré être de Canton et non de France, et que ce rebelle, interrogé de nouveau, avait avoué qu'il avait violé des femmes et commis des vols dans les villages. Si le rebelle Ma Tsu-oung avait été le même individu que Ma Chen-fu (M. Cbapdelaine), lorsqu'il avait été traduit devant le tribunal il aurait déclaré qu'il était français, d'autant plus volontiers que la religion chrétienne qu'il exerce a pour objet de porter les hommes à la pratique du bien. En outre, comme il y a eu des viols et des larcins avQués par le coupable, actes qui ne peuvent pas être commis par ceux qui professent la religion chrétienne, il est évident que la personne arrêtée ne pouvait pas être Ma Chen-fu,

Je conclus de tout ce qui précède, que M. de Courcy a été mal informé au sujet de cette affaire et je ne crois pas devoir m'occuper du coupable Ma Tsu-nung.

Quant à ce que V. E. dit dans sa dépêche à propos d'indemnités raisonnables à donner par la Chine aux sujets de sa noble nation et à ceux qu'elle protège pour les pertes qu'ils ont éprouvées dans l'incendie des factoreries de Canton ; en consultant les archives, j'ai vu que dans la 9® lune de l'année dernière (oct. ou nov. i856) lorsque les Anglais, sans y être provoqués, ont fait avancer leurs troupes, ils ont incendié des milliers et des milliers de propriétés près de la porte ou de la douane occidentale. Il n'est personne qui n'ait été le témoin oculaire de cet acte, et tous les étrangers savent parfaitement que ce s6nt les soldats Anglais qui ont brûlé ces propriétés.

C'est donc aux Anglais que les étrangers doivent adresser leurs demandes d'indemnités et j'ai entendu dire même que le consul anglais (M. Parkes) avait déjà consenti à réparer ces dommages auxquels le Gouvernement chinois est absolument étranger.

Quant à la demande que fait V. E. pour qu'en vertu de l'art.

35 du Traité, S. M. l'Auguste Empereur veuille bien nommer

de nouveaux Commissaires qui viennent à Canton, etc., etc., je

dois faire observer à V. E. que le Traité signé dans la 3 5® année

CoRDiBK. — Expéd. de CliHic i857-58. i^

aîO SUITE DES NEGOCI.VTIONS

de Tao-Kouang (en i845 [lire i844]) entre les deux Empires, a été conclu par TAuguste prédécesseur de l'Empereur actuel, comme étant un traité de paix pendant une 'période de dix mille années, afin de maintenir perpétuellement l'harmonie et les bonnes relations entre les deux Empires, sans qu'il soit nécessaire d'en modifier les dispositions à aucune époque. Depuis la conclusion de ce traité, le commerce de la Chine avec les nations étrangères a procuré à tout le monde de grands avantages dus à ce même traité : il est donc évident qu'il a été sagement établi, et l'Empereur qui règne, sachant que ce pacte de dix mille années a été fait et sanctionné par son Auguste Père, ne consentira ps^ à le modifier. Or, puisqu'aucun fonctionnaire chinois, quel que soit son rang, ne veut et n'ose aujourd'hui agir ou penser contre la volonté de l'Empereur, comment me serait-il possible de demander à Pe-King que l'on nommât de nouveaux négociateurs pour qu'ils eussent à discuter les ordres augustes de Sa Majesté? Telle est à ce sujet, la simple explication que j'ai l'honneur de donner à V. E. et sans y attacher la moindre arrière-pensée.

Relativement à ce que médit V. E. sur les exigences de l'Angleterre envers la Chine, j'ai à lui faire observer que dans la 9® lune de l'année dernière (oct. i856) les Anglais, sans aucun motif provoquèrent mille désordres, firent feu de leur artillerie contre la ville de Canton, attaquèrent les forts situés dans les environs et brûlèrent un grand nombre d'édifices dans plusieurs endroits. En voyant ainsi que la Chine a été attaquée sans motifs par l'Angleterre, les nations étrangères peuvent juger par ellesmêmes de quel côté se trouvent tous les torts.

Dans la lo® lune de l'année dernière (nov. i856) lorsque le Comte de Courcy m'a écrit officiellement qu'il n'avait pas à se mêler des guerres que notre Empire pouvait avoir avec d'autres nations, il m'a donné une preuve de sa haute intelligence et de son esprit de justice, en ne voulant pas ainsi intervenir dans les querelles de l'Angleterre. Je pense donc que V. E. qui doit bien mieux comprendre que lui encore la raison et l'équité ne tiendra certainement pas un autre langage que celui du C*' de Courcy, et j'espère que V. E. ne prêtera pas l'oreille aux paroles séduisantes * que lui feront entendre les personnes qui peuvent l'approcher (les Anglais), paroles qui pourraient peut-être l'entraîner

Page 1