‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 15 sur 285 · MEURTRE DE L*ABBÉ CUAPDELAINE · texte numérisé non relu

MEURTRE DE L*ABBÉ CUAPDELAINE

Pris le 24 février dernier dans son district où le premier, il avait porté la lumière de l'Évangile, le P. Chapdelaine fut de suite conduit devant le mandarin et soumis à des tortures, dont le souvenir seul fait effroi. On lui donna d'abord 100 coups sur la joue avec la meurtrière semelle de cuir, dont un seul coup suffit pour mettre la mâchoire en sang; en sorte que ces 100 coups administrés avec la force que donnent le fanatisme et la vengeance, durent, à la lettre, faire sauter les dent^ et briser la mâchoire de ce digne confrère. Ainsi, mis hors d'état de parler et de répondre, on le fit coucher sur le ventre et on lui déchargea encore 100 coups de rotin sur le dos. Pendant toutes ces tortures, il ne poussa pas un soupir et ne proféra pas la moindre plainte, au point que le mandarin et les assistants en étaient dans l'admiration et la stupeur. Le mandarin attribuant un silence si extraordinaire à quelque art magique, fit à l'instant égorger un chien et ordonna que de son sang on aspergeât le corps du missionnaire, afin de faire tomber l'effet de ses enchantements ; puis, on continua à le frapper sans compter désormais les coups jusqu'à ce qu'on le vit incapable de .se remuer : alors, on le reporta dans la prison, car il lui eût été impossible de faire un pas. Quelque temps après, les satellites redoutant toujours son influence magique, lui firent servir un repas composé des animaux réputés les plus immondes du pays, afin de faire cesser ce qu'ils appelaient ses superstitions. Comme il savait que les affidés des sociétés secrètes ont horreur de ces viandes qu'ils regardent comme un antidote à leurs pratiques mystérieuses, il prit de tout afin de faire voir qu'il n'appartenait à aucune société prohibée ; et ce fut tout ce qu'il prit depuis le moment de son incarcération arrivée le 34 février jusqu'au 29 février, jour de sa mort, le mandarin ayant déclaré qu'il traiterait comme le P. Chapdelaine lui-même quiconque lui présenterait la moindre des choses.

Cependant le mandarin voulant en finir avec son prisonnier, le soumit pendant la journée du 27 au terrible supplice de la chaîne de fer ; le 28, on le mit à la cage, dont on se sert pour étrangler les grands criminels ; le 29, au matin, le mandarin voyant que la victime respirait encore, malgré les tortures inconcevables auxquelles elle fut soumise, appela un de ses farouches satellites et lui ordonna d'abattre la tête du martyr, laquelle fut aussitôt pendue à un arbre en dehors de la ville ; puis, les enfants l'ayant abattue à coups de pierres, on la vit rouler dans la poussière et la boue, et enfin elle devint la proie des chiens et

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