PI-KOUEI CHARGÉ DE L*ADMINISTRATION DE CANTON
relard que nous éprouvions, lorsque nous avons su que Pi-Kouei et le Général Tartare n'avaient pas pu quitter le Quartier général parce ^ue Tétat-major anglais avait oublié de lever la consigne des factionnaires qui gardaient les prisonniers. Enfin, vers cinq heures, deux saluts de trois coups de canon chacun ont annonce rapproche des deux grands dignitaires 'et ils ont paru avec leur suite à l'entrée du jardin. Nous nous sommes levés pour aller les recevoir. Quelques compliments ont été échangés de part et d'autre et les saluts les plus humbles et les plus affectueux, en apparence du moins, nous ont été prodigués. Nous sommes revenus au fond de la salle en plaçant, pendant le trajet, Pi- Rouei et le Général tartare entre nous deux ; nous nous sommes assis sur l'estrade, les amiraux ont pris place à notre droite et l'on a indiqué aux mandarins les fauteuils à gauche qu'ils avaient à occuper, mais à ce moment, le Gouverneur et le Général Tartare se sont récriés avec force sur la place qu'on voulait leur donner ; ils demandaient à être à nos côtés, c'est-à-dire sur le même rang que nous, et après un colloque assez bruyant, assez long et assez peu convenable, nous avons fait asseoir les deux grands dignitaires sur l'estrade dont nous occupions le milieu. Le général tartare à la gauche de Lord Elgin, le Gouverneur Pi- Kouei à ma droite ; placés au milieu de l'estrade et assis sur les coussins qui s'y trouvaient nous occupions encore les deux premières places dans la réunion.
Lord Elgin, sans se lever et d'une voix ferme, très accentuée, et accompagnée de gestes presque menaçants, a prononcé le discours dont je joins ici la traduction. J'ai pris la parole après lui, et V. E. trouvera ci-joint une copie de ce que j'ai dit au Gouverneur. Mr. Wade, Tinterprète anglais, a traduit à Pi- Kouei le discours de Lord Elgin, et M. Marques, l'interprète français, a traduit le mien au même fonctionnaire. V. E. trouvera dans cette dépêche les réponses qui nous ont été faites par le Gouverneur. Elles sont à peu près identiques : cependant, en s'adressa nt à moi, Pi-Kouei a blâmé, en le nommant, son ancien chef, le Commissaire Impérial \é, la seule cause, a-t-il dit, des pénibles événemen1;s qui se passaient à Canton. J'ai su depuis, que dans une conversation qui avait eu lieu entre Mr. Wade et Pi-Kouei, alors que ce dernier, encore prisonnier, parlait des arrangements à prendre pour la séance du 9 de ce mois, il avait demandé si, dans la réponse qu'il comptait faire à Lord Elgin, il pourrait blâmer la conduite de Yé ; et, comme Mr. Wade ne lui avait pas répondu à ce sujet, il est probable que voulant absolu-
a4o CAPTURE DE YÉ
ment attaquer le Vice-Roi en public, il a saisi Toccasion qui se présentait à lui pour faire entendre à Lord Elgin, sans les lui adresser, les paroles que pour lui, peut-être, le Plénipotentiaire de S. M. Britannique avait refusé d'entendre.
Le discours ayant été prononcé et les réponses qui y ont été faites ayant été traduites, nous nous sommes levés, les deux grands mandarins nous ont accompagnés jusqu'à la sortie de la salle, ils nous ont encore donné aiTectueusement la main ; et, pendant qu'ils rentraient dans le palais, le cortège s'est remis en marche, salué par 2 1 coups de canon ; mais, cette fois, à la demande de Lord Elgin, c'est ma chaise qui a marché la première.
DISCOURS DE LORD ELGIN (tRADUCTIOn)
Nous sommes réunis en ce lieu pour féliciter V. E. à l'occasion de son retour dans son Yamen et de son rétablissement dans l'exercice de ses fonctions un moment suspendues.
Je dois néanmoins faire connaître à V. E., et par son intermédiaire à tous les habitants de Canton, que les Plénipotentiaires de France et d'Angleterre, et les Commandants en Chef des forces alliées sont fermement résolus à maintenir l'occupation militaire de la ville, jusqu'au règlement définitif de toutes les questions pendantes entre leurs Gouvernements respectifs et le Gouvernement chinois, par Nous, les Hauts Commissaires nommés à cet effet par nos Gouvernements, et les Plénipotentiaires de rang égal qu'il plaira à S. M. 1. l'Empereur de la Chine d'investir des méjnes pouvoirs. En conséquence, quiconque chercherait à nous inquiéter dans notre possession de la ville, soit par la force, soit par la ruse, soit par la violence, soit par la trahison, attirerait infailliblement sur lui et sur ceux qui l'y auraient poussé, un châtiment éclatant et sévère. — Je ne suis pas moins empressé d'annoncer à V. E. que nous sommes également déterminés, lorsque les questions auxquelles j'ai fait allusion plus haut, seront réglées, à faire cesser l'occupation militaire de la ville, et à la rendre aux autorités impériales. Mais, en attendant, je dois ajouter que nous voulons sincèrement que pendant toute la durée de cette occupation militaire, les coutumes du peuple soient respectées, la vie et les propriétés des habitants protégées, le bien récompensé, et une punition sévère infligée aux perturbateurs quelle que soit leur nationalité. Nous désirons
RÉPONSE DE PI-&OUEI AU BARON GROS a4l
coopérer avec V. E. pour arriver à ce but, et dans cette intention nous avons établi un tribunal composé d*officiers d*une haute distinction et d*une grande sagesse pour agir de concert avec vous. Nous espérons que par Tentremise de ce tribunal la confiance renaîtra dans le peuple ; nous espérons aussi que désormais il s'établira entre les Cantonnais et les étrangers une entente plus cordiale qui permettra à l'avenir aux uns et aux autres de s'occuper en paix de leurs affaires, et de reprendre leurs opérations commerciales si profitables à tous * .