‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 169 sur 285 · DÉPÊCHE DE PI-KOUEI AU BARON GROS · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE DE PI-KOUEI AU BARON GROS

Pi, par mandat impérial de la grande dynastie des Ts*ing, Gouverneur de la Province de Kouang-Toung communique ce qui suit :

L'entrevue que j*ai eue, le 25« jour de la présente lune (9 janvier i858) avec le noble Commissaire Impérial m*a causé la plus vive satisfaction.

L'attaque contre la ville de Canton par les troupes de votre noble nation a été motivée, sans aucun doute, par le caractère obstiné du Commissaire Impérial Yé et par la manière déplorable dont il a conduit les affaires jusqu'à ce point de compromettre les autorités et le peuple dont les clameurs s'élèvent de tous côtés. Mais les fautes du seul Commissaire Yé ne devraient retomber que sur lui et cependant, l'armée et le peuple, malgré leur innocence, ont tant souffert que sur dix maisons abandonnées par leurs habitants qui ont cherché un refuge ailleurs, neuf se trouvent encore désertes, ce qui m'afflige extrêmement et ce qui, j'en suis sûr, cause un bien vif chagrin à V. E.

En ce moment, comme le peuple est attéré, que tout commerce se trouve anéanti et que depuis les arrivages à Canton ont été interceptés, le noble Commissaire ne pourrait-il pas s'entendre avec les autres nations pour, avant toutes choses, rétablir le commerce et faire retirer les troupes sur les navires? et ensuite, s'il y a quelque question à résoudre, elle pourrait m'être clairement exposée et, bien que je ne sois pas Commissaire Impérial, je pourrais en écrire à la Cour pour tout lui faire connaître loyalement. Mais j'ignore quelle est l'opinion du Noble Commissaire à ce sujet et c'est pour cela que j'ai l'honneur de lui adresser la présente dépêche en faisant en même temps des vœux pour le bonheur de V. E.

Dépêche spéciale adressée à Ko (le Baron Gros), haut Commissaire Impérial envoyé par le Grand Empire de France, Son Ambassadeur muni de pleins pouvoirs et baron héréditaire.

Le 39® jour de la 11** lune de la 7" année de Hien-Foung (i3 janvier i858)*.

I. Pour trad. delà version portugaise trad., du chinois par M. Marques. (Sig.) fio" Gros,

Le Soussigné a reçu la dépêche que le noble Gouverneur de Canton lui a fait Thonneur de lui écrire le i3 de ce mois, et, après en avoir pris connaissance, il s*est demandé si V. E. avait bien compris les paroles que le Haut Commissaire de S. M. B. lui a fait entendre le 9 de ce mois et celles qu'il lui a adressées à son tour, puisque dans sa lettre le noble Gouverneur exprime le désir qu'avant toute chose on fasse évacuer la ville de Canton par les troupes qui l'occupent et qu'on les embarque de nouveau sur leurs navires. Le Soussigné sait que le Plénipotentiaire de S. M. B. doit envoyer au noble Gouverneur une traduction en chinois de son discours du 9 janvier, et, jointe à cette dépêche, S. E. trouvera une version textuelle des paroles que le Soussigné lui a fait entendre dans la même séance.

Il ne pourra donc plus y avoir d'équivoques; et S. E. verra par ces deux documents, qui resteront dans ses archives, que les Plénipotentiaires comme les Commandants en Chef, sont fermement résolus à ne faire cesser l'occupation militaire de Canton, pour la remettre entre les mains des autorités impériales, que lorsque la Cour de Pe-King, à laquelle ils s'adressent, à ce sujet, ayant nommé des Plénipotentiaires suffisamment autorisés, aura donné une solution satisfaisante et juste à toutes les questions qui existent aujourd'hui entre la Chine d'une part, et la France et l'Angleterre de l'autre.

Que le noble Gouverneur ne se fasse aucune illusion, la résolution des Plénipotentiaires et des Commandants en Chef est irrévocable : les Alliés ont plus de moyens qu'il n'en faut pour la faire respecter, et chaque jour en amène de nouveaux. Tout acte de révolte, tout crime isolé contre nos soldats ne seraient qu'une tentative insensée, dont les auteurs seraient inévitablement les victimes.

Cependant, touchés des malheurs que l'aveuglement de la première Autorité de Canton a fait tomber sur une population innocente, et cela, malgré les avertissements réitérés qui lui ont été donnés, malgré la franchise avec laquelle le Soussigné lui a fait connaître, il y a quelques jours à peine, les dangers auxquels il exposait la ville qu'il était en son pouvoir de ne pas sacrifier, les Plénipotentiaires et les Commandants en Chef ont fait et feront encore tout ce qui dépendra d'eux pour maintenir l'ordre

dans Canton, pour y rétablir -la paix, pour y ramener le travail et le commerce, au profit d'une population laborieuse, qui ne tardera pas, en nous connaissant mieux, à voir qu*on Ta odieusement trompée, en lui représentant les étrangers comme ses ennemis, comme des gens avides, dangereux et cruels, et qu'au lieu de les fuir, ils auront tout intérêt, tout à gagner à établir avec eux les relations les plus amicales.

Que le peuple donc se rassure complètement, qu'il rentre dans ces maisons abandonnées, dont l'aspect afflige aussi profondément le Soussigné qu'il cause de chagrin au noble Gouverneur lui-même ; qu'il reprenne ses travaux et ses occupations pacifiques, et de nouveaux jours de prospérité ne tarderont pas à lui être rendus. Que le noble Gouverneur nous aide à atteindre ce but, et l'histoire qui sera sévère pour l'homme qui a causé tant de mal aux populations qui lui étaient confiées, mettra le nom du noble Gouverneur au rang des bienfaiteurs de son pays.

En répondant ainsi à S. E., le Soussigné lui offre les vœux qu'il fait pour l'accomplissement de ses désirs.

Une communication semblable avait été également adressée le i3 janvier par Pi-Kouei à lord Elgin* qui fit au gouverneur de Canton, après avoir conféré avec le baron Gros, une réponse non moins ferme que celle de celui-ci *.

Depuis ce moment, Pi-Kouei accepta franchement sa position ou du moins se résigna à faire tout ce qui dépendait de lui pour maintenir l'ordre.

Le tribunal ou comité chargé de représenter les Alliés au Yamen du gouverneur et d'aider ce fonctionnaire à maintenir l'ordre se composait du colonel Thos. Hollowray, du capitaine de frégate Martineau des Chenez et de Harry S. Parkes.

Cependant il était nécessaire de rétablir au plus tôt les relations commerciales de Canton et par suite de lever le blocus de la rivière. Les Plénipotentiaires s'y employèrent.

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