‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 180 sur 285 · I. Pour trad, exacte ; B"" Gros · texte numérisé non relu

I. Pour trad, exacte ; B"" Gros

a 62 NÉGOCIATIONS AVEC PE-RING

Le Soussigné croit utile de joindre ici une copie de ia correspondance qui a eu lieu entre lui et le Commissaire Impérial Yé avant les événements dont il s*agit» dans la crainte que, par une cause quelconque, il n'ait été déposé aux pieds du Trône impérial qu'un rapport incomplet .sur ces affaires.

Le prenjier ministre remarquera dans cette correspondance que le Soussigné, malgré les graves et nombreux motifs de plainte qu'il a fait entendre au nom de son Gouvernement et au nom des sujets de son souverain, se borne, dans la communication du 1 3 décembre au Commissaire Impérial Yé à lui présenter les demandes qui suivent, savoir ; l'exécution complète à Canton de tous les droits donnés par le traité y compris l'admission libre des sujets anglais dans la ville, et, pour les sujets anglais et pour ceux qui se trouvent sous la protection britannique, une indemnité équivalente aux pertes qu'ils ont éprouvées par suite des derniers désordres. Le premier ministre y remarquera encore que le Commissaire Impérial Yé était informé en même temps que si ces demandes modérées, et celles qui avaient été faites au nom de l'Empereur des Français par le Haut Commissaire et Plénipotentiaire de S. M. I. étaient franchement acceptées par le Commissaire Impérial dans les dix jours qui suivraient la date de la communication qui lui était faite, le blocus de la rivière serait levé et le commerce pourrait reprendre son cours ; mais que les forces anglaises réunies à celle de la France retiendraient alors en leur pouvoir l'île de Ho-nan, comme une garantie matérielle jusqu'à ce que les clauses d'un traité qui réglerait ces questions et celles qui existent entre le Gouvernement de la Grande-Bretagne et celui de la Chine seraient convenues entre le Soussigné et un Plénipotentiaire d'un rang égal au sien, nommé par l'Empereur pour négocier avec lui et que ce traité aurait été ratifié par les souverains respectifs. Mais le Soussigné ajoutait que si le Commissaire Impérial accueillait ces demandes par un refus, par le silence ou par des paroles évasives ou dilatoires, le Soussigné se trouverait dans la pénible nécessité d'engager les Commandans maritimes et militaires de redoubler de vigueur dans leurs opérations contre Canton, en se réservant le droit d'adresser au nom de son Gouvernement, à celui de la Chine, les nouvelles demandes que, dans sa manière de voir, l'aggravation des affaires pourrait justifier.

Le Commissaire Impérial, sans vouloir se rendre à la justice et méconnaissant les véritables intérêts de son Souverain a accueilli ces demandes si modérées par des paroles évasives et

NOTE DE LORD EL6IN AU PREMIER MiNISTRB a63

dilatoires, et a attiré sur lui-même et sur la cité dont il devait être le protecteur, des malheurs que le Soussigné lui avait annoncés de la manière la plus formelle. L'intention du Soussigné, en faisant la présente communication au premier Ministre de FEmpereur est d'apporter dans ses relations avec lui la même modération et la même franchise qu'il a employées envers le Commissaire Impérial Yé.

C'est par suite de ce désir qu'il a l'honneur de déclarer au premier ministre que, d'accord avec son honorable collègue le Plénipotentiaire de France, il a été résolu que les forces de la Grande-Bretagne et de la France continueront à occuper militairement la ville de Canton et que, d'ici au i5 du mois de mars prochain, elles s'abstiendront de prendre des mesures hostiles contre les autres parties de l'Empire, à moins qu'il ne soit nécessaire d'en venir là pour garantir la sûreté de leur position comme maîtresses de Canton.

En attendant, les Plénipotentiaires d'Angleterre et de France se rendront à Chang-Haï où ils seront prêts, pour résoudre toutes les questions pendantes entre leurs gouvernements respectifs et celui de la Chine, à entrer en négociations avec les Plénipotentiaires dûment autorisés par l'Empereur, qui seraient arrivés dans le lieu indiqué avant l'époque fixée plus haut. Le Soussigné, cependant, en faisant cette communication au premier ministre, croit devoir l'informer qu'il est non seulement autorisé par son Gouvernement à demander à la Chine les réparations dues pour les griefs éprouvés par les sujets britanniques et des indemnités pour les frais de la guerre dans laquelle son pays a été forcément entraîné par l'obstination du Commi^aîre Impérial Yé, mais qu'il a reçu également de son auguste souveraine, la Reine d'Angleterre, les pleins pouvoirs nécessaires pour conclure, au nom de son Gouvernement, avec celui de la Chine, tous les traités, toutes les conventions ou tous les arrangements qui seraient de nature à prévenir de nouveaux malentendus, et à développer les relations commerciales entre les deux pays, et qu'il ne pourra pas consentir à traiter avec un ambassadeur chinois qui n'auï'ait pas reçu de l'Empereur des pleins pouvoirs aussi étendus que ceux qu'il a lui-même.

Dans la présente communication* au premier ministre, le

I . A partir de ce paragraphe la note du 29 janvier continuait et se terminait ainsi :

« Si cependant un Plénipotentiaire ainsi accrédité et muni de pleins

Soussigné se bornera à présenter à S. E. quelques observations générales sur cette partie importante de ses devoirs, renvoyant la discussion des détails à Tépoque où il aura l'occasion de conférer personnellement avec un Plénipotentiaire spécialement désigné par l'Empereur pour traiter avec lui.

Nonobstant les avantages incontestables que les traités cxistans ont procurés à la Grande-Bretagne et à la Chine, à cette dernière puissance surtout, par l'accroissement du revenu impérial produit par les droits tle douane et par l'augmentation de valeur que la concurrence des étrangers a donnée aux produits de l'industrie du peuple chinois, l'expérience a démontré que dans plusieurs cas d'une grande importance, ces traités sont défectueux et nécessitent des modifications.

11 est probable, par exemple, que si Pe-King, le siège du Gouvernement impérial, avait été accessible au commerce étranger, conformément à l'usage universellement reconnu par toutes les grandes nations de l'Occident, les calamités qui ont récemment eu lieu à Canton auraient été évitées.

En outre, s'il était permis aux étrangers de circuler dans l'Empire, selon des règlements qui offriraient une garantie suffisante de leur bonne conduite, dès actes barbares, tels que le meurtre du missionnaire français, qui a amené des conséquences sérieuses ne se représenteraient plus probablement.

La création spontanée d'un commerce illégal dans des ports de l'Empire, non ouverts par le traité, et dont le trésor impérial ne tire aucun bénéfice, prouve combien est vaine la tentative de res-

pouvoirs de l'empereur de la Chine se présente à Chang-Haïau moment désigné ci-dessus, le soussigné se réunira à lui avec les intentions les plus conciliantes et avec le désir sincère de conclure avec lui tous les arrangements qui seraient de nature à rendre inutile un nouveau recours aux armes, et à rétablir Tharmonie et la bonne entente enlre la Grande-Bretagne et la Chine.

« Si, au contraire, aucun Plénipotentiaire ainsi accrédité n'arrive à Chang-Haï avant le i5 mars, ou si le Plénipotentiaire qui s'y rendra n'a pas les pouvoirs suRisants ou si encore, les ayant, il se refuse à accéder aux arrangements raisonnables qui lui seront proposés, le soussigné se réserve aujourd'hui le droit d'avoir recours sans accorder de délai ou sans taire de déclaration d'aucune espèce, de prendre toutes les mesures que, dans sa manière de voir, il jugera convenable d'adopter pour faire admettre les réclamations de son pays contre la Chine. »

29 janvier i858. — Pour trad. exacte, (sig.) B»" Gros.

KOTE DE LORD ELGIN AU PREMIER MINISTRE a65

treindre le commerce étranger aux quelques ports mentionnés dans les traités cxislans.

Pourquoi, d'un autre côté, les loyaux et industrieux sujets de l'Empereur de la Chine, qui habitent les grandes villes sur le bord de la mer, ou le long des grands fleuves, seraient- ils privés du droit de vendre les produits de leur travail aux étrangers qui leur en donnent un prix rémunératcuc ?

Les négocians étrangers se plaignent que des droits de transit illégaux soient levés sur les marchandises qu'ils importent ou qu'ils exportent. A ce mal, les traités cxistans ne fournissent aucun remède.

Les droits d'importation et d'exportation, réglés dans l'origine par les traités, étaient justes et raisonnables ; mais, par la suite des temps, quelques-uns d'entre eux sont devenus injustes et déraisonnables, parce qu'ils sont restés fixes, tandis que les marchandises qu'ils imposaient ont changé de valeur. Cela ne doit point durer et prouve la nécessité d'une revision périodique des tarifs. .

L'existence de la piraterie est un embarras pour le commerce, et un sujet de crainte continuel pour le peuple sur les côtes de la Chine. Le Gouvernement de S. M. B. est disposé à prêter son appui au gouvernement chinois pour sa suppression.

Les Chrétiens, dans certaines parties de l'Empire, sont soumis à des traitemens qui ne sont point seulement opposés aux intérêts de la civilisation, mais aussi aux préceptes des grands philosophes chinois. Or, les Chrétiens ne demandent qu'à vivre en paix et à remplir leurs devoirs envers Dieu et envers les hommes. Pourquoi les persécuter ?

Si donc un Plénipotentiaire dûment accrédité, et muni de pleins pouvoirs par l'Empereur de la Chine, non seulement pour accorder des compensations aux sujets anglais lésés dans leurs biens, mais encore une indemnité au Gouvernement de la Grande-Bretagne pour les dépenses de la guerre qu'il a été obligé de faire, si ce môme Plénipotentiaire, également autorisé à traiter avec le Soussigné sur les bases çi-dessus mentionnées, se trouve à Chang-IIaï à l'époque fixée, le Soussigné se présentera à lui dans un esprit de conciliation, et avec le sincère désir de conclure avec lui de tels arrangements qu'un nouveau recours aux armes ne soit plus nécessaire. Rétablir l'harmonie et la bonne entente entre deux grandes nations, l'Angleterre et la Chine, aplanir les dilTérends qui existent entre ce dernier pays et la Franco, et faire cesser enfin l'occupation de Canton par les

forces alliées, tel est le but que le Soussigné se propose d'atteindre.

(Sig.) : ElGIN & KiNCARDINE * .

Le baron Gros, dans sa réponse, laissait à lord Elgin l'initiative d'une mesure dont il avait été le premier à lui parler.

À bord du Primauguet, 3i janvier i858.

Le Soussigné a reçu le mémoire confidentiel que son honorable collègue, le Plénipotentiaire d'Angleterre, lui a .fait rhonneur de lui adresser le 29 de ce mois ainsi qu'une copie du projet de note qu'il se propose d'envoyer au premier ministre de l'Empereur à Pe-King. Dans ce mémorandum S. E. demande au soussigné de vouloir bien lui faire connaître les réflexions que ce projet de note pourrait lui suggérer.

Le Soussigné, sensible à cette marque de confiance dont il apprécie toute la valeur, s'empresse d'y répondre en peu de mots.

Les idées contenues dans le mémorandum dont il s'agit sont trop conformes à celles que le Soussigné a eu l'honneur de soumettre souvent à la considération de son honorable collègue, pour qu'il ne les adopte pas avec empressement. Quant à la • démarche à faire auprès des Plénipotentiaires de Russie et des États-Unis, c'est une de ces mesures dont la convenance et l'utilité ne lui ont pas échappé, et il est persuadé que les résultats qu'elle peut amener, et que le Plénipotentiaire d'Angleterre a si bien exposés dans son mémorandum, sont en tout conformes à la position que les deux Gouvernements de France et d'Angleterre ont prescrit à leurs Plénipotentiaires de prendre dans leurs rapports avec les représentants des deux Puissances dont il est question.

Après avoir étudié avec tout le soin qu'il mérite le projet de note que le Plénipotentiaire d'Anglerre se propose d'adresser au premier Ministre à Pe-King, il se présente d'abord à l'esprit du Soussigné quelques observations sans importance dont il aura l'honneur d'entretenir verbalement son honorable collègue, mais

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