‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 181 sur 285 · I. Pour trad. exacte, (sig.) B°" Gros · texte numérisé non relu

I. Pour trad. exacte, (sig.) B°" Gros

il est un point essentiel sur lequel le projet de note du Plénipotentiaire d'Angleterre diffère de celui que le Soussigné a eu l'honneur de lui communiquer particulièrement le a5 de ce mois, pour le soumettre à son appréciation, et c'est sur ce point que le Soussigné appelle l'attention de son honorable collègue.

Le Soussigné pense qu'il serait convenable de faire connaître d'avance au Gouvernement chinois les questions principales sur lesquelles devront porter les négociations à entamer, soit pour préparer la Cour de Pe-Ring aux concessions que nous voulons obtenir d'elle, et dont quelques-unes pourraient être abandonnées peut-être si dans la discussion elles pouvaient compromettre l'adoption des plus utiles, soit encore pour que les lettres de créance des Plénipotentiaires chinois soient libellées de manière à pouvoir leur permettre de s'occuper des questions à traiter avec les agents étrangers réunis à Chang-Haï.

Le projet de note que le Soussigné a préparé pour être envoyé au premier ministre de l'Empereur de la Chine est rédigé dans ce sens.

Le Plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique semble trouver plus convenable de ne rien préciser d'avance en s'adressant à Pe- King, et de demander simplement à l'Empereur la nomination et l'envoi à Chang-Haï de Plénipotentiaires avec lesquels il y aurait à s'entendre sur des questions non définies, mais qui pour le Gouvernement chinois, le Soussigné le croit du moins, ne devraient pas s'écarter des limites tracées par les traités. Il est donc probable que dès les premières conférences, et alors qu'ils entendraient poser une question nouvelle, les Plénipotentiaires chinois se déclareraient incompétents et voudraient en référer à Pe-King ; de là des lenteurs interminables à moins que leurs réponses ne soient considérées comme un refus et qu'il ne faille recourir immédiatement à l'emploi de mesures coerçitives, sans accorder de délai, ou sans avoir à faire aucune déclaration. S'il devait en être ainsi, il vaudrait mieux, peut-être, dans l'opinion du Soussigné, du moins, présenter immédiatement au premier Ministre un ultimatum qui ferait connaître toutes nos prétentions, avec^-inj onction d'y accéder dans un terme fixé d'avance.

Dans la position où nous nous trouvons et en nous présentant à la Cour de Pe-King comme des belligérants qui, par esprit de conciliation, déclarent établit* une trêve dont le terme cependant ne devrait pas être déterminé, ne vaudrait-il pas mieux lui faire savoir ou pressentir ce que nous voulons obtenir de lui, et par cette attitude donner aux Plénipotentiaires de Russie et des États-Unis

plus de facilités pour pouvoir adresser en même temps que nous, au Cabinet de Pe-King les vœux de leurs Gouvernements en ce qu'ils ont de conforme aux nôtres au sujet de concessions et de garanties à obtenir.

Le Gouvernement chinois distinguerait assurément le ton amical des demandes des Plénipotentiaires de Russie et des États-Unis, identiques au fond à celles que la France et l'Angleterre lui adresseraient, des termes contenant une menace, quoique bienveillante, dont se serviraient les Alliés ; mais ne pourrait-il pas craindre qu'un refus opposé à ces demandes présentées par quatre grandes Puissances, alors qu'il aurait la certitude que les deux premières emploieraient la force pour les faire prévaloir n'amenât les deux autres à se réunir aux premières pour avoir facilement leur part dans un résultat inévitable ? et ne trouverait-il pas alors moins froissant pour son amour-propre de céder à la pression presque amicale des quatre grandes Puissances que d'avoir à subir la loi que les deux premières lui imposeraient ?

Le Soussigné ne parle pas ici des réparations à exiger préalablement pour les griefs antérieures, la position est nett^e, à ce sujet, et les concessions demandées en termes presque conciliants prendraient un autre caractère si elles étaient rejetées ; car réunies alors aux exigences déjà formulées, elles ne formeraient avec elles qu'un seul tout sur lequel la force aurait alors à prononcer.

En résumé dans son projet de note à envoyer à Pe-King, le Plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique exige du Gouvernement Impérial la réparation des griefs passés, et demande en termes comminatoires qu'on lui donne la possibilité de négocier pour obtenir des concessions nouvelles dont il ne précise pas la portée.

Le Plénipotentiaire de France exige du Gouvernement Impérial la réparation des griefs passés et demande en termes précis, sans être cependant trop sévères, la possibilité aussi de négocier pour l'avenir des concessions dont il indique d'avance la nature et les avantages.

11 serait convenable et régulier que cette différence n'existât pas et le Soussigné croit que le fond des deux notes devrait être identique. 11 prie donc son honorable collègue d'Angleterre de vouloir bien peser dans sa sagesse quel serait le parti qui ofli'irait les meilleures chances de succès, dans la situation actuelle. Devons-nous faire connaître d'avance au Gouvernement

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