‹ L'expédition de Chine de 1857-58: histoire diplomatique, notes et documentsChapitre 189 sur 285 · KOTE DE M. REED AU CONSEIL SUPRÊME · texte numérisé non relu

KOTE DE M. REED AU CONSEIL SUPRÊME

sommes encore les amis de la Chine. Les relations de la République américaine avec la Grande-Bretagne ne sont pas moins intimes. L'avantage d'un langage commun et d'une même origine est un lien qui nous unit étroitement. De plus, nous avons encore l'intérêt d'un grand commerce dont nous avons, tous les deux, joui pendant longtemps, et que nous voudrions voir s'accroître et se perpétuer.

Quant à la nation Française, elle n'a jamais cessé d'être notre amie, et cette amitié s'est prouvée dans les jours de malheur. Les efforts que fait en ce moment S. M. l'Empereur des Français, pour assurer une protection efficace à ces humbles Ministres de la vraie religion qui prêchent la charité et la paix, en demandant la réparation de l'odieux massacre d'un Missionnaire français, donneront à mes concitoyens et à mon Gouvernement une nouvelle preuve de sa sagesse et de sa puissance.

C'est la connaissance de ces relations d intimité que je viens d'exposer parce qu'elles sont probablement ignorées des Conseillers de l'Empereur, qui engage aujourd'hui le représentant des États-Unis à concourir à cette grande et probablement dernière tentative que nous faisons pour approcher du trône de S. M. Impériale, et lui faire entendre les avertissements d'une voix bienveillante. L'espoir de voir bientôt la paix se rétablir sur de nouvelles bases, et d'en venir à reviser les traités de la Chine avec chacune des Puissances étrangères, m'encourage à m'associer à la démarche que l'on m'a proposée.

Le meilleur résultat de cette paix que les États-Unis ont toujours eue à cœur, c'est l'intégralité de l'Empire chinois dans toute sou étendue depuis le centre jusqu'aux extrémités, et nous déplorerions autant les spoliations étrangères que les commotions intestines.

Le Soussigné est persuadé que cet ancien Empire retrouverait une nouvelle vigueur dans l'ouverture de tous ses ports et' de toutes ses rivières au commerce étranger. Un de ses prédécesseurs disait avec raison, il y a déjà quelques années, que : « Le « jour où le Commerce permis par les autorités, et procurant « au trésor, les bénéfices de son extension, couvrirait les côtes et « les fleuves de la Chine, les Nations occidentales ne permettraient « plus aux chefs rebelles et aux pirates de poursuivre leurs cou- « pables expéditions. » La liberté du commerce est la plus solide garantie de ceux qui l'autorisent.

' Le Soussigné ne trouve ni nécessaire, ni même utile, d'entrer

dans tous les détails des concessions que le Gouvernement des

États-Unis désire obtenir par la revision des traités qu'il a mission

CoRDiER. — Expéd. de Chine 1 867-58. 19

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de demander ; aucune des nations occidentales ne peut agir à un point de vue séparé ; aucune ne demande, ni ne peut réclamer de privilèges particuliers. Les États-Unis, adoptant en général les conclusions adoptées par les autres Puissances, exposeront en temps opportun les réparations particulières auxquelles ils ont droit, et qu'ils sont décidés à obtenir. Entre autres choses, il y aurait une indemnité à réclamer pour les pertes éprouvées par les citoyens des États-Unis dans l'exercice d'un commerce légal (ni le Soussigné, ni les États-Unis n'en peuvent protéger aucun antre) ou dans d'autres occupations, soit dans les années précédentes, soit en ce moment, et alors que leur stricte neutralité n'a pas pu les protéger contre l'injure. Ceci est à régler.

Pour terminer, le Soussigné prévient le Conseil Suprême de S. M. l'Empereur, qu'il se rendra d'abord à Chang-Haï, port ouvert par les traités, et il espère y trouver un Commissaire Impérial ou des Ministres Plénipotentiaires d'un rang égal à celui du Soussigné, dûment accrédités par S. M. l'Empereur, et munis de pleins pouvoirs pour les négociations projetées. Le Soussigné se propose à cet effet de rester à Chang-Haï jusqu'aux derniers jours du mois de mars ; mais il désire toutefois qu'il soit bien entendu qu'un effort tenté, comme cela s'est fait par le passé, pour éloigner le lieu des négociations et le transporter dans les provinces méridionales de la Chine, ou à toute autre ville plus éloignée de Chang-Haï que ne l'est la Cour Impériale de Pe-Ring, serait considéré par le Soussigné, sinon comme une supercherie dont il se verrait à regret forcé de rejeter la responsabilité sur le Conseil Suprême de l'Empereur à Pe-Ring, du moins comme un refus d'accéder au désir exprimé avec instance d'en venir à entamer des négociations amicales avec la Chine.

S'il en était ainsi, ce que le Soussigné déplorerait infiniment, il le répète encore, il se trouverait autorisé sans autre notification, ni délai, ni avertissement, soit seul, soit de concert avec les autres puissances occidentales, à se rapprocher de la ville de Pe-Ring, et à prendre telle attitude que le Président des États- Unis jugerait à propos de lui prescrire.

Le Soussigné envoie ci-joint au Conseil Suprême une copie de la correspondance échangée l'automne dernier entre lui et S. E.' le Commissaire Impérial à Canton, et il le prie d'agréer l'assurance de sa considération distinguée.

(Sig.) William Reed*.

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