KOTE DE M. DE COURCY AU MINISTRE 2J
maintenir ainsi les relations amicales qui l'unissent encore à la France. Mais pour que les mesures qu'il prendra dans ce but ne soient point éludées à l'avenir comme Tont été trop souvent les dispositions des Ëdits religieux et même les engagements consacrés par les traités : pour que la punition infligée au mandarin coupable soit un avertissement salutaire qui instruise l'ignorance ou réprime le mauvais vouloir de ses collègues, il est nécessaire que ces mesures et cette punition soient connues de tout l'Empire et reçoivent la sanction de la publicité officielle.
L'insertion dans la Gazette de Péking d'un Décret Impérial annonçant que le Magistrat de Si-lin a été dégradé et envoyé en exil pour avoir mis à mort un Français et qu'un châtiment semblable est réservé à tous les fonctionnaires qui oseraient enfreindre, comme lui, les stipulations du traité de Whampoa, me paraîtrait remplir les deux conditions que je viens d'indiquer.
Je me suis demandé si nous ne devions pas nous montrer plus exigeants, si, conformément aux dispositions de la loi chinoise ^ la tête du magistrat coupable ne devait pas tomber en expiati'on du meurtre juridique qu'il a commis ; si le décret qui ordonnerait son châtiment ne devrait pas mentionner, en même temps,, la radiation des clauses pénales insérées au Code chinois contre le Christianisme, et l'autorisation accordée aux prêtres Français de résider librement dans tout l'Empire; si, en un mot, le Représentant de S. M. Impériale ne manquerait pas à ses devoirs en ne profitant pas de l'occasion qui lui est offerte, pour réparer, d'un seul coup, les erreurs ou les fautes du passé, et pour faire sortir du martyre d'un missionnaire le complet affranchissement du Christianisme. Ce serait là un noble rôle qui m'eût séduit peut-être si la conscience que j'ai dans mes obligations et des difficultés que présenterait une aussi vaste entreprise ne m'en eût détourné.
Je n'ai songé qu'un instant à demander au Commissaire Impérial qu'il infligeât la peine de mort au Magistrat de Si-lin. Le Gouvernement chinois aimerait mieux, j'en ai la conviction, se laisser déclarer la guerre et perdre l'une après l'autre toutes ses provinces, que de nous accorder une réparation qui humilierait à ce point son orgueil ; ou bien, fidèle aux traditions de sa politique, il ferait décapiter sur la place d'exécution de Canton un pirate ou un rebelle ; il nous offrirait impudemment sa tête comme celle du coupable et joindrait ainsi, publiquement, à l'attentat qu'il a commis envers la France, l'insulte et la dérision.
a8 MEURTRE DE L*ABBÉ CHAPOELAINE
Voici, d'autre part, la conduite que comptait suivre notre chargé d'affaires dans le cas où la réponse de Yé ne serait pas satisfaisante :
Dès que le Commissaire Impérial aura décliné ma demande ou qu'il m*aura donné des preuves suffisantes de sa ferme réso— Jution de n*y point obtempérer, je lui déclarerai nettement que je veux couper court à des discussions inutiles, que je maintiens, jusqu'à nouvel ordre, les termes de la satisfaction que j*ai réclamée, et que j'attends les ordres de V. E. Je prierai, en même temps, M. l'Amiral Guérin de vouloir bien concentrer aux environs de Canton et de Macao toutes les forces dont il pourra disposer, en ce moment, afin que nous nous trouvions en mesure d'agir de concert aussitôt que j'aurai reçu les instructions de V. E. et que nous fassions comprendre, ainsi, au Gouvernement chinois qu'il est grandement intéressé à donner, sans retard, à ses fonctionnaires des avis de modération et de prudence. Il me semble que j'aurai fait ainsi tout ce qui dépendra de moi pour sauvegarder l'honneur et les intérêts de mon pays * .
Le massacre de l'abbé Chapdelaine avait été suivi de nouvelles poursuites contre les Chrétiens dans cette même partie du Kouang-Si où il avait eu lieu.
Pour ne pas paraître confondre deux griefs, et éviter de fournir à Yé Toccasion de soulever une discussion, M. de Courcy n'envoya que le 26 juillet au vice-roi une seconde note pour lui signaler la persécution sanglante qui avait eu lieu dans le district de Si-lin après le martyre de M. Chapdelaine.
NOTE DE M. DE COURCY A YÉ, MACAO, 26 JUILLET l856
J'ai eu l'honneur de faire appel, il y a quelques jours, aux sentiments d'équité de V. E. en faveur des Chrétiens qui subissent une injuste persécution dans la province du Pe Tche-li. Les informations que j'ai recueillies sur les circonstances qui ont
I. Letlre de M. de Courcy au Ministre des Affaires étrangères. Macao, 3o juillet i856.