LES PLÉNIPOTENTIAIBES A CHAN&-HAÏ
probable, ou de soufirir encore patiemment les nouvelles insultes que le gouvernement chinois leur prodiguait, ce qui serait plus conforme à Fesprit comme à la lettre de leurs instructions. Les mesures que le baron Gros et lord Elgin prendraient auraient pour objet d'intercepter les arrivages de milliers de jonques qui se préparaient à porter du riz dans la capitale de l'Empire. On en comptait plus de dix-huit cents dans le seul port de Chang-Haï qui n'attendaient que le revirement de mousson^ au moment de s'opérer, pour remonter vers le Nord. »
Au moment de l'arrivée des quatre Plénipotentiaires à Chang-Haï, le Tao-taï leur avait fait demander l'heure et le jour où il pourrait leur rendre la visite d'honneur, qui d'après les usages chinois est due à toute personne d'un rang supérieur au sien, qui passe ou vient s'établir dans la ville. Lord Elgin et M. Reed ne crurent pas devoir le recevoir, mais le baron Gros ne suivit pas l'exemple de ses collègues parce que le Tao-taï était en très bons termes avec notre consul, M. de Montigny, et parce qu'il ne voyait aucune raison pour répondre d'une manière presque blessante à la première autorité d'une grande ville lorsqu'elle lui donnait une preuve de sa déférence pour le caractère dont il était revêtu. Le comte Poutiatine, d'ailleurs, reçut également le Tao-taï à son bord et le salua de son artillerie.
Lord Derby, chef du nouveau cabinet anglais, ne voulait modifier en rien les instructions emportées par lord Elgin dont la conduite était pleinement approuvée, mais il souhaitait que les résultats des démarches de l'envoyé anglais pussent être atteints prochainement ; il l'approuverait de se préoccuper particulièrement du succès des demandes principales qu'il était chargé de présenter, sans s'arrêter au besoin à celles qui n'ayant qu'une importance secondaire viendraient, sans utilité bien constatée, compliquer et ralentir la marche des négociations.