LE BARON GROS A M. REED
lettre suivante pour couper court à une polémique sans issue, mais qui avait révélé une situation que n'avait pas soupçonnée notre Plénipotentiaire :
LE BARON GROS A M. REED, lO MAI 1 858
A bord de V Audacieuse, rade du Peï-ho, le lo mai i858.
Monsieur le Minisire,
J*ai reçu la lettre que V. E. m*a fait Thonneur de m'écrire pour répondre à celle que je lui avais adressée le 7 de ce mois et V. E. veut bien me dire en finissant qu'EUe apprendrait avec plaisir que par suite de l'exposé qu'Elle venait de faire de ses intentions et de ses actes elle avait écarté de mon esprit toute impression fâcheuse. Rien ne m'est plus facile, M. le Ministre, et j'assure à V. E. qu'il ne me faut pour cela que lui écrire ce que je pense et lui exprimer ce que je sens.
J'espère, de mon côté, que ce léger incident qui, du reste, me fait connaître une situation dont je n'avais aucune idée, je l'avoue franchement, ne laissera pas plus de traces dans l'esprit de V. E. qu'il n'en laisse dans le mien ; je ne voudrais pas, cependant, qu'Elle pût croire qu'il se trouve un reproche dans ma lettre, ainsi qu'Elle veut bien me le dire ; ce n'est qu'un regret que j'ai voulu y exprimer.
Je recevrai toujours avec plaisir les communications queV.E. veut bien m'annoncer et je désire bien, sans toutefois oser l'espérer, que les négociations pacifiques puissent bientôt commencer.
J'ai l'honneur, etc.
(Sig.) Baron G^os.
La démarche isolée de M. Reed pouvait d'ailleurs servir à "éclairer la situation et à faire connaître aux autres Plénipotentiaires les véritables intentions des Commissaires chinois.
D'autre part le ministre américain qui agissait avec l'inexpérience d'un homme ignorant et les habitudes de la diplomatie et les affaires de Chine, s'aperçut dès sa seconde entrevue le 10 mai avec les Commissaires impériaux que ceux-ci ne voulaient lui faire que d'insignifiantes concessions et qu'ils étaient résolus à tout refuser aux Plénipotentiaires de France et d'Angleterre.
LETTRE DE M. REED AU BARON GROS, II MAI l858
Légation des Etats-Unis, A bord de VAntilope, ii mai i858.
Monsieur le Baron, .
J*ai l'honneur de vous annoncer que j'ai eu hier une nouvelle conférence avec les Commissaires Impériaux Chinois, et j'ai le regret de vous dire que le résultat a été bien loin d'être satisfaisant. Lors de ma première entrevue, je leur avais promis de me rencontrer de nouveau avec eux, à l'expiration du délai de cinq jours que je leur accordais pour me montrer une copie, tirée des Archives de Pe-King, de la dépêche que j'avais adressée le lo février dernier au Conseil Suprême de l'État. Une copie de cette dépêche m'a été remise samedi dernier, 8 mai.
Le but que je voulais atteindre en voyant les Commissaires était, outre la volonté de remplir mes engagements, i° de ni'efforcer de les persuader par la chaleureuse et loyale expression de mes désirs et par ma conviction des graves conséquences qu'aurait un refus, d'accéder à la demande de V. E. et à celle de Lord Elgin relativement à la production de pleins pouvoirs semblables à ceux qui avaient été donnés à Ki-Ying et à I-li-pou en 1842, à Ki-Ying en i844.
J'ai le regret de vous dire que mes paroles n'ont fait aucune impression sur leur esprit, et que je suis certain ou qu'un refus formel vous sera adressé, ou que le délai accordé se passera sans qu'aucune réponse soit faite à la demande de V. E. Le Haut Commissaire a répété tout ce qu'il avait déjà dit et écrit sur la proximité de sa Cour, et sur ce qu'il y avait de contradiction entre une telle délégation de pouvoir et les lois de l'Empire, ajoutant en terminant cette singulière réflexion, de la véracité de laquelle vous jugerez tout comme moi, que, si Ki-Ying avait produit de tels pouvoirs, il avait dû les fabriquer lui-même, et qu'il avait été dégradé pour sa conduite en cette circonstance. Je n'ai garde de rechercher la fausseté de cette assertion, car de récentes révélations ne me permettent pas d'avoir plus de confiance dans la bonne foi de Ki-Ying que dans celle de son successeur. Mais, ce qui est certain, c'est que le Commissaire T'an m'adonne clairement à entendre que l'on ne ferait point droit à la demande des Plénipotentiaires de France et d'Angleterre, et que ses collègues et lui étaient résolus à subir toutes les conséquences de ce refus.